23 janvier : anniversaire d’un génocide et devoir de mémoire !

dans Réflexions & Histoire

Pas un de nos dignitaires républicains ne se retrouvera à Gonnord dans le Maine-et-Loire pour commémorer le massacre des Vendéens le 23 janvier 1794 par les Colonnes infernales de Cordelier et Croizat aux ordres de Turreau.


Klara Von Kustniz
Klara Von Kustniz

Gonnord n’existe plus, rayé de la carte comme fut rayé le village des Lucs-sur-Boulogne où les colonnes infernales incendièrent l’église après y avoir enfermé la population. Les hommes encerclent le village de Gonnord et massacrent froidement près de 200 personnes, hommes, femmes, enfants et vieillards. L’Anjou a payé un lourd tribut lors du génocide vendéen et elle est une des régions de France que la Révolution a le plus ensanglantée. La convention institua la Commission Militaire d’Angers afin d’aller plus vite en besogne que la guillotine. On décida donc le génocide par balles et on régla par la même occasion le problème du typhus dans les prisons. A partir d’octobre 1793, les exécutions vont se succéder, par centaines : des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards dont les râles d’agonie se font entendre du fond des fosses où on a jeté leurs corps. Pas de procès, pas de témoins : « on a fusillé en trois jours 800 brigands aux Ponts-de-Cé et jeté leurs cadavres dans la Loire », déclare Félix, président de la Commission militaire et égorgeur de première catégorie. Les condamnés sont rangés au bord d’immenses fosses creusées à leur intention. La troupe tire. Ceux qui ne sont que blessés sont achevés au sabre et à la baïonnette. Lassés de ces massacres injustifiés, les dénombrements de l’armée catholique et royale se rallient et s’insurgent une seconde fois. Les représailles seront terribles et le 23 janvier 1794 en est un exemple parmi tant d’autres.
Tuer, toujours tuer, par la guillotine, par balles, par noyades mais rien de cela ne va assez vite.

Le gaz contre la Vendée ?

On envisage alors d’utiliser l’arme chimique, un genre de gaz. Selon Simone Loidreau, un pharmacien d’Angers, les révolutionnaires songeaient à employer un gaz à base d’arsenic et d’eau de vie pour infester toute la Vendée. Le chimiste Fourcroy est dépêché sur place pour étudier une solution finale car « par les mines, les fumigations ou autres moyens, on pourrait détruire, endormir et asphyxier l’armée ennemie. » Le but est de faire de la Vendée un « cimetière de la France ». Barrère, en juillet 1793, va plus loin et propose un plan de destruction totale : « L’inexplicable Vendée existe encore…(…) Détruisez la Vendée ! Et Lyon ne résistera plus, Toulon s’insurgera contre les Espagnols et les Anglais et l’esprit de Marseille se relèvera à la hauteur de la révolution républicaine… » Il sera envoyé des matières combustibles de toute espèce pour incendier les bois, les taillis, les moulins, les églises, les villages. Les forêts seront abattues, les récoltes spoliées, les bestiaux saisis. Tuer et affamer. La Vendée devient un camp d’extermination à ciel ouvert. « La Vendée doit être un cimetière national », hurle Turreau à la convention. Santerre réclame du ministre de la guerre le 22 août 1793 : « Des mines ! Des mines à force ! Des fumées soporatives et empoisonnées ! »
« L’inexplicable Vendée existe toujours ».
Le lieu du massacre du 23 janvier 1794 existe toujours ; on y a dressé une « croix des martyrs ». La chapelle du Petit-Luc a été érigée sur le lieu du massacre par les flammes de la population du village des Lucs-sur-Boulogne, enfermée dans l’église. A quelques pas, se dresse le Mémorial de Vendée, inauguré en 2006 et qui se veut le point de départ d’un « chemin de mémoire » de ce qui fut un véritable holocauste.


Sources :
Le génocide franco-français, Reynald Secher, Puf Histoires.
La terreur mode d’emploi, 1792-1794, François Brigneau, publication F.B.