Affaire Alstom : corruption, petits arrangements entre amis et licenciements

dans Tour d'horizon

La plainte déposée par Anticor contre X pour corruption et détournement de fonds public devrait, si aucune instance supérieure ne vient entraver le déroulement de l’enquête, révéler, en partie tout au moins, les dessous peu ragoûtants des manigances qui ont abouti à soustraire à la France l’un de ses plus précieux fleurons industriels au profit du groupe américain General Electric qui promettait en échange la création d’un millier d’emplois. Promesse démagogique et surtout stratégique, bien entendu non tenue, lancée en 2015 au moment du rachat. On devrait mieux comprendre, à l’issue de cette enquête, comment la branche énergie du groupe Alstom, spécialisée dans les turbines à vapeur équipant l’ensemble de nos centrales nucléaires, secteur sensible s’il en est, a pu passer dans le giron américain et quels ont été les complices et bénéficiaires d’un tel forfait.


Rédaction NSP
Arnaud Raffard de Brienne

C’est la saga d’une cession lamentable dans laquelle l’État a perdu, sciemment selon l’association Anticor, environ 500 millions d’euros alors qu’existaient des solutions pour redynamiser le groupe et garantir le maintien dans le giron national de cette entreprise de très haute technologie. Arnaud Montebourg, alors ministre de l’Économie, avait proposé des mesures de sauvegarde sérieuses et chiffrées prévoyant notamment le rachat des 20% d’actions détenues par le groupe Bouygues, ce qui aurait immanquablement provoqué la hausse de l’action et l’amorce d’un cercle vertueux qui en aurait résulté avec, notamment, un impact favorable pour les contribuables, ce qui n’a rien de négligeable. Curieusement, cette option n’ayant pas été retenue, l’option d’achat n’a pu être levée, pour le plus grand bonheur du groupe Bouygues et de son PDG Martin Bouygues, un proche d’Emmanuel Macron.
Un Macron, alors ministre de l’Économie, qui s’était farouchement opposé à toute forme d’intervention de l’État dans cette affaire. D’ailleurs l’histoire d’amour entre le groupe Bouygues et notre président de la république ne s’arrête pas là puisqu’en janvier 2017, le Directeur général-adjoint de Bouygues Telecom rejoignait le président Macron pour travailler à son programme sur les thèmes régaliens.
Cette catastrophe économique et sociale aura aussi profité à Hugh Balley, conseiller du ministre de l’Économie Emmanuel Macron pour les affaires industrielles, après avoir été l’un de ses professeurs à Sciences Po, qui se retrouva propulsé Directeur général de General Electric France en avril dernier.

A qui profite le crime ?

Plus anecdotique sans doute mais marque d’une solidarité appuyée dans l’épreuve, Martin Bouygues et son frère Olivier avaient été parmi les premiers à annoncer une participation de dix millions d’euros aux frais de reconstruction de Notre-Dame de Paris, ravagée par le très suspect incendie du 15 avril dernier. On notera aussi la délicate attention de General Electric ayant attendu les élections européennes pour annoncer un plan social prévoyant la suppression de 1 050 postes. Et que penser de l’impudente attribution par Emmanuel Macron, le 14 juillet dernier, de la Légion d’honneur à Corinne de Bilbao, directrice générale de General Electric France de 2016 à 2019 ? Inconscience ? arrogance jouissive ou tout simplement superbe bras d’honneur à l’attention de nos compatriotes ?
Ces échanges de faux bons procédés ne sont encore rien face aux accusations récurrentes de corruption qui avaient, déjà en 2014, valu au groupe Alstom l’amende record de 772 millions de dollars infligée par les Etats-Unis pour corruption dans divers pays. Aujourd’hui, Patrick Kron, ex-PDG d’Alstom et artisan de la vente du groupe à General Electric, se retrouve au centre de tous les soupçons et investigations. Ce fils d’immigrés juifs polonais qui émargeait à près de 2,5 millions d’euros par an avant de prétendre à une généreuse retraite-chapeau, ne peut évidemment rien ignorer des dessous de l’affaire et du système de corruption mis en place. Sera-t-il un jour véritablement inquiété ?
Au final, c’est d’un bilan catastrophique pour l’emploi, notre savoir-faire et notre souveraineté dont peuvent se targuer les principaux acteurs, bénéficiaires et complices de cette transaction pour le moins douteuse. L’enquête en cours a-t-elle quelque chance d’aboutir jusqu’à confondre les principaux responsables et coupables, jusqu’au plus haut niveau de l’État si nécessaire ? Il faut y croire.


Article publié initialement dans le journal Présent.

 

 

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