“Ambre” : chronique d’un amour torride sous une vraie pandémie au XVIIème siècle

dans Arts & Lettres & Chansons

Il y a près de 80 ans, Ambre (titre original américain : « Forever Amber »)  roman historique de Kathleen Winsor, paraissait en 1944. L’héroïne, Ambre, jeune paysanne britannique, est en fait de naissance noble mais n’en aura jamais les privilèges ni sociaux ni financiers : elle est née en 1644, pendant la guerre civile qui opposa les partisans du roi Charles Ier, les « cavaliers » et les parlementaires partisans de Cromwell, les « têtes rondes ».


Rédaction NSP
Claude Timmerman

Enceinte, la mère d’Ambre, de petite noblesse, avait fui Londres  et ses troubles politiques et s’était réfugiée dans un village où elle allait mourir en couches. Ambre est adoptée par des roturiers qui lui donneront ce nom en raison de la couleur de ses yeux…
Seize ans plus tard, le jeune Lord Bruce Carlton passe dans ce village et la séduit: elle part avec lui à Londres et y entamera une nouvelle vie dans le grand monde, dans l’ombre de son amant. Nous sommes en 1660.  Ambre entreprend dans la capitale une lente ascension sociale, usant de sa beauté et de sa finesse d’esprit, seules armes qu’elle possède.
Ambre est toujours amoureuse de Lord Carlton, avec lequel elle a eu un fils, Bruce, puis une fille, Suzanne. Le couple se retrouve, se quitte, au fil des péripéties de l’intrigue, même lorsque Carlton s’installe finalement en Virginie et y épouse Corinne. Cette passion désespérée pour Bruce Carlton trouble la vie d’Ambre et l’empêche de jouir pleinement des privilèges qu’elle a conquis auprès du roi Charles II après tant de difficultés. (D’une très grande érudition historique, Kathleen Windsor évoque dans ce roman la restauration après le séisme Cromwell, le retour sur le trône de Charles II et la vie de sa cour dont elle va brosser un tableau très riche.)
Lord Carlton revenu en Angleterre retombe sous le charme d’Ambre mais il repartira finalement pour l’Amérique en compagnie de Corinne. Des membres de la Cour, excédés par Ambre, lui font alors croire que Corinne est morte pendant le voyage. Aussi notre héroïne abandonne tout et s’embarque précipitamment pour la Virginie pour y retrouver l’homme de sa vie… C’est là que se clôt le livre, laissant le lecteur imaginer la déconvenue d’Ambre parvenue en Amérique découvrant que l’homme qu’elle a toujours aimé y coule des jours heureux avec Corinne, et la façon dont elle devra rebondir face à cette situation.
Une histoire sans « happy end » donc, mais une fresque historique exceptionnelle !
Un livre précurseur de deux grandes sagas construites sur le même thème, parues dans les dix années suivantes, et qui connurent aussi un succès planétaire : « Autant en emporte le vent » et « Angélique »
Ambre fut un succès de librairie immense dès sa sortie (à l’époque, 100 000 exemplaires vendus dès la première semaine !) d’autant que la passion d’Ambre pour lord Carlton suggérée à travers des scènes amoureuses, jugées torrides bien que non décrites à proprement parler, valurent à l’époque à l’ouvrage les foudres des ligues de vertu et de certaines autorités fédérales: quatorze États américains interdirent l’œuvre, la jugeant pornographique (sic). Elle le sera aussi en Australie !
Sa dernière réédition française date de 2003, année précisément de la mort de Kathleen Winsor.
Lors de ses funérailles, fin mai, on rappellera d’ailleurs le véritable réquisitoire prononcé à l’époque de la sortie d’Ambre par le procureur général du Massachusetts, scandalisé, citant dans l’ouvrage: « 70 références à l’acte sexuel, 39 grossesses hors mariage, 7 avortements et 10 descriptions de femmes se déshabillant devant des hommes » ! (sic !)
Les temps ont bien changé…
« Ambre », nom initialement inconnu est aujourd’hui devenu un prénom féminin recherché.
Mais pourquoi donc évoquer en ce moment ce roman, bien injustement oublié, malgré l’excellent film « Ambre» d’Otto Preminger, tourné dès 1947, qui en est tiré ?
Parce qu’au début de leur histoire  londonienne, Ambre et son amant vont traverser la grande peste de 1665…
Les pages qui décrivent la pandémie et la vie des gens en quarantaine enfermés dans des maisons aux ouvertures clouées, ravitaillés et assistés par des « volontaires » qui tuent allègrement les malades les plus atteints et pillent les affaires des autres, sont saisissantes…
C’est la dernière grande épidémie britannique qui ne s’achèvera qu’avec le grand incendie de 1666…
Les chroniques du temps racontent que tout le cœur de la ville fut alors réduit en cendres, de Marble Arch à Temple Bar…
Il y a peu de chance que les touristes londoniens, qui visitent ces sites aujourd’hui, imaginent un instant qu’ils bornent le périmètre de la pire tragédie pandémique britannique : la peste bubonique y fit entre 75 000 et 100 000 morts !
Nous ne sommes pas près de voir notre Corona Minus en faire autant !
C’est sans doute la raison pour laquelle le gouvernement britannique vient de déclasser le Covid 19 de la liste des agents épidémiques majeurs !
Ce n’est certes pas le cas en France.
On n’a pas encore prévu d’incendier Paris, mais les confinés à perpétuité français vont apprécier le régime auquel ils sont soumis désormais : une heure maximum de sortie par jour, couvre-feu dans plus de 100 villes, caméras, drones et 100 000 gendarmes et policiers mobilisés, rien que pour les surveiller !
On rapatrie même maintenant les soldats stationnés en Irak, au cas où les veaux décideraient brusquement de faire preuve d’indépendance.
Pendant ce temps-là, la délinquance peut fleurir…

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