Aux origines maçonniques du néo paganisme

dans Franc-Maçonnerie

Dans les milieux dits « nationalistes », l’opposition entre les chrétiens et les néo païens est incontestablement une des origines de la division et profite naturellement à l’ennemi principal, à savoir la république universelle. Ce néo paganisme né à la fin du XVIIIème siècle semble bien n’être qu’une construction destinée à diviser les Européens pour mieux les dominer.


Klara Von Kustniz
Klara Von Kustniz

Le néo paganisme, concept récent, est né à la fin du XVIIIème siècle lorsque les nations européennes ont cherché à redécouvrir leurs mythes fondateurs et au début du XIXème avec la fascination des romantiques pour le monde médiéval et le mouvement Sturm und Drang (Tempête et Passion) initié par Herder ou Goethe (tous deux francs-maçons). Ce mouvement essentiellement littéraire fait la part belle à une ébauche de néo paganisme, en particulier dans l’oeuvre de Goethe, Les souffrances du jeune Werther et la fascination de son héros pour , tout d’abord la littérature gréco-latine puis pour l’oeuvre d’Ossian, barde écossais du IIIème siècle. Ce mouvement se caractérise par un refus des contraintes sociétales de l’époque et un grand désir de liberté au-delà de tout ordre moral. Herder, quant à lui, réhabilitera les chants populaires dans son ouvrage La voix des peuples dans leurs chants. Naturellement, le Sturm und Drang prend racine dans l’oeuvre de Jean-Jacques Rousseau dont on connaît la fascination pour la démocratie et le rôle déplorable dans la destruction de l’Ancien Régime.
Les cultes des néo païens, qui ne reposent quasiment sur aucun fondement réel puisque le peu qui nous soit parvenu des cultes de leurs glorieux ancêtres est essentiellement constitué des témoignages et recueils écrits au Moyen-Age en vieux norrois ou en latin par des auteurs chrétiens à partir du XIIème siècle  (Ex: Edda poétique, Codex Regius, XIIIème siècle) – les peuples du Nord transmettant leurs mythes de manière orale – font référence à des divinités pré chrétiennes. On y retrouve en vrac une conception panthéiste proche de l’écologie, du chamanisme et de la Wicca. Au delà du fondement ethnique de ces cultes réinventés, il s’agit surtout d’un choix politique destiné à contrer un modèle de société matérialiste et libérale. Le néo paganisme prend dans les thèses historiques, les fêtes médiévales et autres reconstitutions les bribes de ce qui l’arrange, ce qui relève du plus parfait « bricolage » comme le définit Lévi-Strauss, avec une référence supposée à un héritage commun indo-européen totalement fantasmé puisque les cultes étaient aussi multiples que les tribus. De là à en arriver à un ésotérisme loufoque mâtiné de vague sorcellerie, voilà qui a de quoi fasciner l’homme moderne, coupé de ses racines chrétiennes par la Révolution et en manque de sacré, ce qu’a parfaitement défini Roger Caillois dans son livre L’homme et le Sacré. D’après les néo païens, leur culte se serait transmis par delà le temps et l’espace comme disent les francs-maçons dans une vaste Chaîne d’Union et ce, malgré les innombrables prétendues persécutions. Il est à noter que le discours est exactement le même dans la maçonnerie qui se revendique de la transmission de la Tradition depuis les pyramides ou les mystères d’Eleusis, le tout en passant par les Templiers, ce qui relève de la plus vaste fumisterie. Le néo paganisme n’était plus le fait que de quelques excités au fin fond de la Bretagne jusqu’à ce qu’Alain de Benoît et le mouvement de La Nouvelle Droite  le remettent au goût du jour dans les années 70 pour justifier l’idée d’une société éminemment élitiste et fustiger un christianisme considéré comme universaliste et trop égalitaire, ignorant ainsi superbement la différence entre Universel, mouvement transcendant qui élève l’homme et Universalisme, mouvement rampant visant à laminer les civilisations européennes. Dans les dernières tendances vont se regrouper le New Age, la Wicca- -pseudo sorcellerie de bazar – , le néo chamanisme ou les élucubrations d’un Carlos Castaneda et d’un Adlous Huxley sous substances hallucinogènes sous prétexte de renaissance des mouvements traditionnels amérindiens. Un véritable fourre-tout dans lequel s’engouffrent aussi bien les mouvements d’extrême-droite que ceux d’extrême-gauche sous prétexte de contre-culture et en particulier de contre-culture chrétienne.

A qui profite le crime ?

Le néo paganisme et la maçonnerie ont énormément de points communs : la célébration des solstices, les passages initiatiques propres à toutes les religions anciennes, la glorification de la nature, les principes masculins et féminins personnifiés par le Soleil et la Lune, la recherche d’un héritage commun au prix de circonvolutions historiques absconses, les rituels des voyages par les quatre éléments (eau, air, terre, feu) ou le rite du sang. Il semble que les deux mouvements aient poussé parallèlement puisque les premières réunions de la maçonnerie naissante se tinrent à l’auberge de L’oie et du Gril à Londres le 24 juin 1717, jour de la saint Jean et du solstice d’été, tandis que la première réunion des néo druides (Druid Order) eut lieu, toujours à Londres, à l’auberge du Pommier, le 22 septembre de la même année. Les deux groupes se prévalaient chacun d’une tradition ancestrale transmise secrètement malgré les persécutions, ce qui relève, dans les deux cas, du plus pur fantasme historique. Le fondateur du Druid Order, John Toland, libre-penseur fondamentalement matérialiste, avait d’ailleurs été qualifié de précurseur de la franc-maçonnerie dans le titre d‘un ouvrage d’Albert Lantoine paru en 1927.
Dans la tradition du Druid Order, les premiers rituels initiatiques transmis aux francs-maçons furent inspirés de rituels druidiques occultés par un langage hermétique biblique par Elias Ashmole, médecin et alchimiste connu pour avoir été le premier à relater dans son journal son appartenance à la franc-maçonnerie alors opérative. Ashmole fréquentait assidument le « Bosquet » d’Oxford Mount Haemus, « Bosquet » ou assemblée prétendument fondée par le barde Philip Bryddod en 1245 et dont prétendaient descendre les néo-druides. Que ce « bosquet » soit authentique ou non et rien ne le prouve d’un point de vue historique, il n’en reste pas moins que le néo paganisme et sa forme druidique sont intimement liés à la franc-maçonnerie. En 1670, John Aubrey, prédécesseur de John Toland, fonda un « néo bosquet » du mont Haemus, près d’Oxford.
Un autre groupe, the Ancient Order of Druids, fut créé à Londres en 1781 par Henry Hurle en tant que société ésotérique inspirée des concepts maçonniques. Une scission intervint au début du XIXème siècle entre les mystiques et ceux qui ne souhaitaient qu’une société amicale et fraternelle plus laïque. Winston Churchill sera d’ailleurs initié en 1908 dans l’Albion Lodge of the Ancient Order of Druids prétendant descendre directement du « bosquet » du mont Haemus recréé de toutes pièces par John Aubrey.
Finalement, tout ce fatras ésotérique ne sera que le creuset et l’instrument d’un anti christianisme primaire qui se révélera dans toute sa fureur sanglante pendant la révolution française dans laquelle le rôle de la franc-maçonnerie n’est plus à démontrer. « Les francs-maçons sont les druides contemporains » écrivait Albert Churchward, un franc-maçon du 33ème degré, dans son livre Origin and Antiquity of Freemasonry (Londres 1898) alors que William Hutchinson, dans The Spirit of Masonry, qui est l’un des derniers textes anglais maçonniques du dix-huitième siècle nous livre des affirmations que peu de maçons ou de néo païens seraient prêts à accepter : « la franc-maçonnerie a emprunté plus de doctrines et de cérémonies des druides qu’elle en a pris ailleurs. »
Le mouvement néo païen ne se limite bien sûr pas au néo druidisme et, à la suite de Goethe, les frères Grimm – autres francs-maçons notoires – remettront au goût du jour les légendes germaniques que Richard Wagner mettra magnifiquement en musique. « Dans les forêts ténébreuses, au cours du long hiver, dans la chaleur du feu sur le foyer de la chambre du château perchée haut dans les airs, il s’abandonne longtemps dans les mémoires de ses aïeux, il transmute ses mythes domestiques des dieux en légendes multiformes et inépuisables. » (Qu’est-ce qui est allemand ? Richard Wagner). Goethe de son côté, dans son poème dialogué Première Nuit de Walpurgis, qui se passe sur le mont Brocken la veille de mai évoque les sacrifices à Wotan. La cérémonie se termine par un hymne glorifiant la Nature, la Lumière et le Soleil dans un style où l’on reconnaît le Goethe des Lumières, le Goethe franc-maçon.
Le néo paganisme semble n’être que le premier avatar d’une religion universelle que définira Kenneth Grahame en 1904 dans ses Pagan Papers. Lui-même se définissait comme un « fidèle païen » perpétuant l’ancienne religion et ayant la vision d’une nouvelle religion : « Une religion si splendide et globalisante que la hiérarchie à laquelle elle donnerait naissance unifierait en son sein l’artiste et le prêtre, et supplanterait et détruirait totalement notre âge du commerce ».En effet, dans les cérémonies néo païennes actuelles, il est fait référence à cette religion universelle de la Nature, d’Odin à Pachamama, une religion écologique, polythéiste et vénérant la Nature, comme dans la Franc-Maçonnerie des Bois ou l’ordre des Carbonari qui se vante d’avoir conservé l’antique connaissance de l’aspect sacré des arbres. D’ailleurs en Loge, il est de coutume de considérer Yggdrasil comme le pilier du Temple et donc du monde. Après les Carbonari, le grand mouvement anti catholique néo païen  sera inspiré par Arturo Reghini, franc-maçon de haut rang et fondateur des revues Atanor et Ignis, assidument lues en Loge et couvrant des sujets tels que l’ésotérisme, le pythagorisme, le yoga ou le cabalisme hébreu. Un groupe d’ésotéristes dont Julius Evola, le Gruppo di Ur, se formera autour de Reghini qui cherchera à imposer la « magia colta » ou magie cultivée, forme de paganisme moderne inspiré de l’hermétisme et du platonisme. Quand on sait que Platon, Hermés Trismégiste et Pythagore sont considérés en maçonnerie comme de Grands Initiés, ce qu’apprend le maçon qui reçoit son salaire de compagnon au 2ème degré lorsqu’il contemple le pentagramme flamboyant symbole de son grade, on ne peut plus s’étonner des liens de la maçonnerie et du néo paganisme. On retrouvera bien sûr le pentagramme dans les symboles de la Wicca et chez les pseudo sorcières modernes adoratrices de la Nature ou dans la néo mythologie scandinave dont se revendiquent nos néo païens avec le Pentagramme de Brisigamen, forgé par les esprits de la terre pour la déesse Freya et censé donner la beauté et le charme à celui ou celle qui le porte. Le pentagramme n’est ni plus ni moins que le symbole de Satan et la maçonnerie des Hauts-Grades, même si les naïfs des Loges bleues ne s’en rendent pas encore compte, est bien la synagogue de Satan.

Diviser c’est régner

Le néo paganisme se manifeste actuellement dans des groupes disséminés en Europe se revendiquant pour la plupart de l’extrême-droite, voire du nazisme alors que le régime nazi, en réalité, les persécuta et fit même arrêter en 1936 l’éminent maître des runes Friedrich Bernhard Marby qui passa neuf ans en camp de concentration. En 1941, sur ordre d’Heinrich Himmler, de nombreux groupes ésotériques néo païens furent bannis, au même titre que les loges maçonniques, y compris les fidèles de Rudolf Steiner, les anthroposophistes et les adorateurs de Wotan. Il est donc assez comique de voir les néo païens actuels fascinés par l’idéologie du IIIème Reich.
Les mouvements néo païens cités tout au long de cet article aboutissent finalement à l’idée d’une religion universelle, idée très « New Age » qui nie les contenus révélés de la Foi chrétienne. Le ou les dieux des néo païens sont une force cosmique, une énergie impersonnelle que l’on peut utiliser à son gré ou exploiter. Finalement, le matérialisme que ces nouveaux sectateurs rejettent se retrouve dans toutes les publications, les ventes d’objets ésotériques, les groupes et les stages, les pseudo-initiations, au même titre que la franc-maçonnerie. Sans doute fort naïfs, nos néo païens n’ont pas conscience d’être manipulés depuis plus de deux siècles par des groupes ésotériques fanatiques et occultes, prêts à tout pour détruire l’ordre naturel des choses. En maçonnerie, aucune morale, l’homme est libre au point de se prendre pour Dieu et de régenter la vie et la mort. Les maçons se réjouissent des millions d’avortement dans le monde. Les païens étaient des adeptes des sacrifices humains, en particulier des sacrifices d’enfants. Ce que le christianisme a empêché en remplaçant les sacrifices réels par le sacrifice symbolique de l’Eucharistie, la maçonnerie l’a remis au goût du jour et les néo païens, incroyablement crédules, suivent cette ligne anti chrétienne qui n’a d’autre but que de détruire les peuples occidentaux en les ramenant vers le matérialisme nommé joliment « liberté ». Que de contradictions dans le néo paganisme qui proteste que la Trinité est une notion celte volée par les chrétiens et ne voit pas que le triangle maçonnique n’est rien d’autre que la triade druidique de la communauté des Tuatha :  triade qui explique les trois fonctions mythiques des indo-européens définies par Georges Dumézil : La liberté de penser et d’agir dans le domaine spirituel; l’égalité dans les domaines juridique et politique ; la fraternité dans le domaine économique et social . « Liberté, Egalité, Fraternité », la devise de la république mortifère.
Avec la résurgence du néo paganisme, la franc-maçonnerie a réussi un coup de maître : diviser les européens afin de mieux les asservir. Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

Derniers articles Franc-Maçonnerie

Haut De Page