Bruxelles blues …

dans Editos/Résister

Bruxelles, qu’elles sont loin « les plates-bandes d’amarante jusqu’à l’agréable palais de Jupiter », « les calmes maisons, les anciennes passions », « la charmante station de chemin de fer, au cœur d’un mont, comme au cœur d’un verger où mille diables bleus dansent dans l’air »… 1
Bruxelles, ville aux armes de l’archange Saint Michel, ville très catholique où reposent des reliques de Saint Géry de Cambrai, lieu saint où un ange rallumait la lanterne de Sainte Gudule lorsque le diable l’éteignait sur le chemin de l’église Saint Sauveur, à deux lieues de sa maison de Moorsel, Bruxelles, que t’est-il arrivé ? Le démon a éteint ta lanterne et tu t’es égarée sur les chemins de la damnation.
Tu n’es plus que l’ombre de ta splendeur et un voile noir s’est étendu sur tes boulevards pavés et tes bâtisses art déco. Où que se porte le regard, dans tes rues parfumées de gaufres et de friture, errent des fantômes enturbannés, des filles soumises et des spectres de femmes traînant derrière elles des hordes de marmaille dépenaillée, petits garçons triomphants ou petites filles aux yeux déjà baissés.


Rédaction NSP
Rédaction NSP

Qu’as-tu fait de ta chrétienté, Bruxelles ? Qu’as-tu fait de tes 80 églises ? Songes-tu qu’à chaque fois qu’une chapelle est désacralisée, un minaret surgit ? Ils sont déjà 77 …
Souvent, nous allions à Bruxelles respirer le parfum de la belgitude, chiner au marché des Sablons, grignoter des frites le nez en l’air, extasiés par les splendeurs de la Grand-Place, goûter les montagnes de chocolat, rire au Manneken-Pis et à ses cohortes de touristes chinois plus fluides que des bancs de sardines. La nuit pleine de douceur du Jardin Botanique accueillait les émois des amoureux et le fier héron survolait la Senne comme au temps des romains qui fondèrent Brocella la belle.

Nous n’irons plus jamais à Bruxelles dont les rues si familières à nos pas appelaient le bonheur et le dépaysement si proche. J’ai vu Bruxelles hier pour la dernière fois.

Nous y étions en reportage pour le concert de Laibach, car Brocella est une ville d’art et de musique. Le chemin de la place Rogier à l’Ilot sacré, si joyeux d’habitude, si poussé par la perspective d’agapes fabuleuses : gyros d’Apollon, homard aux yeux bleus des mers du Nord, véritable paella ibérique avec des frites ou glace gargantuesque aux improbables parfums, ne fut plus qu’un long calvaire, un chemin de croix vers l’enfer du grand remplacement. Dans la Rue Neuve, les mendiants roumains ont fait leur nid de crasse et d’ordures et gémissent en tendant des enfants sales vers les passants rapides et frileux, des jeunes gens au regard fuyant qui auraient pu avoir la grâce des bergers de l’Atlas mais qui sourient comme sourient les gargouilles démoniaques des cathédrales vendent de l’herbe qui fait rire à quelques européens déchus et suppliants, des flaques d’urine coulent des poubelles débordantes vers le centre du pavé gris, mêlant leur odeur à celui des gaufres servies par la diversité heureuse. Aventurez-vous dans une boutique populeuse où la minette traque le chemisier pas cher et le parfum bon marché ; la minette a cédé la place à un fantôme voilé. La rue semble avoir envahi la boutique.

Partout, l’islam triomphe et ses sectateurs circulent en maîtres

Pourtant, au milieu des voiles, des rescapés de la colonisation congolaise, des partisans sinueux des moeurs napolitaines, une église surgit, presque en ruines mais ouverte quand même et sur son parvis, une vieille dame, ni venue de Roumanie, ni pourvoyeuse de paradis artificiels, ni victime de Léopold II dont l’allogène a souillé la statue d’un vengeur « Assassin » à la peinture rouge, une vieille dame belge sans aucun doute, pauvre comme on est pauvre dans son propre pays envahi, une pauvresse de souche qui tend sa sébile pour manger. Quel courage et quelle faim tyrannique a-t-il fallu à cette vieille européenne pour affronter la rue et la honte alors que tant d’autres ont fait de la mendicité un commerce et un esclavage pour leurs enfants ?
Bruxelles est toute dans cette malheureuse frigorifiée et affamée, abandonnée de son peuple et de ses édiles qui ont remplacé le culte du Christ Roi par la Fraternité Universelle, la Croix par le triangle et l’amour du Prochain par l’amour de l’Autre. La plupart de tes bourgmestres sont, depuis l’indépendance de la Belgique, des Fils de la Lumière et le dernier, Philippe Close, ne déroge ni à la règle ni à l’équerre…en digne diplômé en droit de l’Université Libre de Bruxelles fondée grâce aux souscriptions lancées par le Grand Orient de Belgique et la loge des Amis Philanthropes, et ancien vice-président du très maçonnique Cercle du Libre examen.

Eloignons-nous du centre-ville vers le luxueux quartier des ambassades

A chaque croisement, un malheureux difforme et boîteux se traîne sur une béquille de fortune et grapille quelques sous aux automobilistes. Parfois, un autre arrive, assurant la relève de la mendicité organisée ; un autre, frais et rose, courant la béquille à la main mais tout soudain goîtreux et bossu lorsqu’il prend son service. La cour des miracles ressuscitée, le Coquillard du troisième millénaire, vrai Malingreux, Piètre de compétition et Franc-Mitou au service du Grand Coësre Roumain qui vient relever les compteurs à l’approche du crépuscule.
Bruxelles n’est plus que cette cour des miracles mais ici point de La Reynie et de médecins hygiénistes au service de la sécurité et du progrès. Rien que la diversité triomphante dans laquelle se noie la belgitude : un tiers de la population bruxelloise est étrangère et ce n’est qu’un début. La place de Brouckère sera bientôt rebaptisée la Place de la Moukère et Bruxelles subira le sort d’Anvers dont la population allogène a désormais dépassé la population indigène.
Nous n’irons plus jamais à Bruxelles, fleuron félon des paradis maçonniques minant notre Europe. Nous nous contenterons de structurer nos places fortes avec un esprit constant de reconquête.
Le temps presse.


  1. Arthur Rimbaud, Bruxelles.

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