Candid.e.s 17 : Candid.e.s : Arrivée de Candid.e.s et de son ami Cacambo au beau pays de Nongria

dans Le feuilleton

Quand ils furent au large des côtes de la Nongria : « Vous voyez, dit Cacambo à Candid.e.s, les îles ne valent pas mieux que le Persisistan et cette Ile des Cités était ma foi bien inhospitalière. Je crains les pires déboires dans l’île de Nongria. Croyez-moi, retournons en Macronie par le plus court chemin. -Comment y retourner répondit Candid.e.s, je risque la mort partout où je suis passé. Mais comment me résoudre à quitter la partie du monde où vit Mademoiselle Lou ? -Tournons le navire vers la Corsica où vivent encore quelques macroniens. Ils pourront nous aider. La Sacro-Sainte Diversité aura peut-être pitié de nous. »

Rédaction NSP
DOCTEUR HEINRICH

Il n’était pas facile d’aller à Corsica ; ils savaient bien à peu près la direction qu’il fallait prendre et le navire marchait bon train, mais des montagnes, des précipices, des sauvages, des fleuves, des brigands leur interdisaient l’accès à l’île et de fiers douaniers, à la vue de leur casquette géante, les menacèrent de leur pétoire au cri de «  dehors les blédards ! ». « Hélas ! sanglotait Candid.e.s, ces gens nous prennent pour des blédards et nous voilà une fois de plus rejetés à la mer. Voguons donc vers la Nongria puisque tel est notre destin. »

Cacambo qui donnait toujours d’aussi bons conseils que la vieille, dit à Candid.e.s : «  voguons, camarade, voguons . Voici les côtes de la Nongria, j’aperçois un canot vide sur le rivage à l’estuaire d’une petite rivière, jetons notre casquette géante dans les abysses, nageons vers cette petite barque, laissons-nous aller au courant de la rivière . Une rivière mène toujours vers quelque endroit habité. Si nous ne trouvons pas de choses agréables en Nongria, nous y trouverons au moins des choses nouvelles.

– Allons-y dit Candide et que la Sacro-Sainte Diversité nous garde ! »

Ils voguèrent quelques lieues entre des rives tantôt arides, tantôt fleuries, tantôt escarpées. La rivière s’élargissait toujours et grondait de plus en plus à flanc de montagne. Les deux voyageurs eurent la hardiesse de se laisser emporter par le flot tumultueux et leur barque se fracassa sur les rochers, les abandonnant sur une grève de sable fin. Ils découvrirent un horizon immense de terres cultivées à l’infini. Le pays était cultivé aussi bien pour le plaisir que pour le besoin et partout régnait la beauté. Les routes impeccables étaient ornées de véhicules rutilants et silencieux qui transportaient des hommes et des femmes d’une beauté singulière, tous blonds aux yeux bleus et richement vêtus. Ils arrivèrent à un village riant et merveilleusement fleuri. L’emblème de la Nongria, le grand drapeau bleu horizon à la croix musquée, flottait sur tous les bâtiments baignés d’un soleil radieux. Des enfants aux cheveux d’or jouaient avec de petits panzers en or et menaient grand et joyeux tapage. Les bambins s’enfuirent en apercevant les deux étrangers, abandonnant leurs luxueux jouets .

« Courons, dit Candid.e.s, trouvons les parents de ces charmants enfants et rendons-leur ces jouetsabandonnés car ils ont sans doute une grande valeur. » Un habitant du village surgit soudain et se dirigea vers nos deux amis. Ses yeux bleu acier luisaient d’un éclat merveilleux et ses cheveux blonds cendrés dépassaient à peine de sa casquette de cuir bleu. Il portait un uniforme de la meilleure coupe orné de la fameuse croix musquée et s’adressa à nos deux voyageurs en ces termes : «  Laissez tout cela, ce ne sont que peccadilles et brimborions et tous les enfants d’ici en ont ».

Cacambo était aussi surpris que Candid.e.s . Ils approchèrent d’une autre maison du village ; elle était bâtie comme un palais antique aux lignes droites et pures. Une foule de gens se pressait à la porte et l’on entendait de grands rires. « Ce doit être un cabaret, dit Cacambo, entrons et observons. » En effet, il s’agissait d’une charmante auberge où se faisait entendre une musique très agréable et où se répandait la délicieuse odeur du cochon grillé. Des villageois vêtus du même uniforme impeccable chantaient joyeusement l’hymne de la Nongria sur un rythme martial et formait une ronde fort virile sur des chaises soulevées en cadence. Aussitôt, un garçon et une fille de l’hôtellerie, vêtus l’un de culottes de peau et l’autre d’une très seyante robe à bretelles qui laissait entrevoir un décolleté avantageux, se précipitent vers les deux jeunes gens et les invitent à prendre place. On leur sert aussitôt d’immenses chopes de bière, des flots de choucroute et de monstrueux jarrets de cochon dégoulinants de sauce au miel, le tout dans la plus belle faïence blanche aux armes de la Nongria.

Quand le repas fut fini, les deux convives voulurent payer leur écot. L’hôte et l’hôtesse se tinrent longtemps les côtes de rire en découvrant cela. Enfin ils se remirent : «  Messieurs, nous voyons bien que vous êtes des étrangers, nous ne sommes pas accoutumés à en voir d’où notre hilarité que vous voudrez bien nous pardonner. Il n’est pas nécessaire d’avoir de la monnaie pour se nourrir dans notre beau pays de Nongria car tout y pousse en abondance. Toutes les hôtelleries sont établies pour la commodité des habitants par notre gouvernement, c’est-à-dire par notre tout puissant Flambeau Léon Orbanuscu , sage parmi les sages, et protecteur de notre race et de notre nation. Partout ici vous serez reçus de la même façon pour peu que vous ne soyez ni un blédard, ni un persisistanais, ni un membre du peuple élu ni un sectateur de la Sacro-Sainte diversité qui représente pour nous le mal absolu. »

« Quel est donc ce curieux pays, se demandait Candid.e.s, pourtant séduit par l’ordre qui y régnait, la beauté des blonds habitants et l’abondance des nourritures offertes à tous. C’est probablement le pays où tout va bien dont m’a parlé le Dr Mélonche mais pourtant, la Sacro-Sainte Diversité ne semble pas y être la bienvenue, ce qui contredit grandement l’enseignement du cher homme. Peut-être avait-il tort car je me suis tout de même aperçu qu’en Macronie, tout allait assez mal. »

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