Candid.e.s 18: Ce qu’ils virent dans le beau pays de Nongria

dans Le feuilleton

Cacambo témoigna à son hôte toute sa curiosité ; l’hôte lui dit : «  je suis fort ignorant et je m’en trouve bien mais je peux vous mener chez le plus grand savant du pays et le plus communicatif. Il est le conseiller personnel de notre Flambeau et pourra sans aucun doute vous renseigner sur toutes les idéologies qui ont permis notre grand bonheur. » Aussitôt, il mène Cacambo et Candid.e.s chez le Docteur Grobbels. Ils entrèrent dans une maison fort simple où régnait une grande austérité. Tout y respirait l’étude et la philosophie. L’antichambre était à la vérité lambrissée de plaques d’or et d’argent mais l’ordre dans lequel tout y était arrangé lui donnait l’air de la plus grande simplicité.

Rédaction NSP
DOCTEUR HEINRICH

Le Docteur Grobbels reçut les deux étrangers sur un sofa matelassé de cuir noir, très confortable mais sans faiblesse aucune. On s’y tenait très droit et l’esprit en alerte. On leur servit un alcool local à base de plantes médicinales, destiné à leur ouvrir l’intelligence. Après quoi, le Docteur daigna satisfaire leur curiosité.

«  J’ai cent douze ans et j’ai appris de feu mon père le Grand Connétable Grobbels les étonnantes révolutions de la Nongria dont il fut le témoin. Notre terre était jadis aux mains du peuple des Mercantilis, vil et intéressé dont la seule religion était le profit et nos habitants étaient asservis. Le peuple mercantile les obligeait à travailler, leur faisait croire au bonheur par la possession de choses inutiles qu’il leur vendait à crédit à grands renforts de publicité sur les chaînes de télévision aux mains de leurs sectateurs.

Cette triste époque se nomme dans nos livres d’histoire l’ère de la consommation et nos petits écoliers en ont gardé une sainte terreur et remercie chaque jour notre Flambeau de nous en avoir sauvé. Les Mercantilis usaient de toutes sortes de stratagèmes pour conserver leur domination ; les salaires étaient terriblement bas et le prix des choses vendues terriblement élevés, réduisant presque les Nongriens en esclavage ne serait-ce que pour se procurer le nécessaire. Ce peuple dominateur et arrogant était fort laid, les yeux sombres et chassieux,les cheveux noirs et crépus, les ongles plats, les oreilles allongées comme celles d’un âne mais aussi fort imbu de sa personne.

Notre pauvre nation pensait sincèrement que la laideur était blonde et que les yeux bleus étaient une marque d’infamie et le commerce des perruques et des lentilles foncées allait bon train, enrichissant encore nos oppresseurs. Ces mêmes oppresseurs laissaient notre terre être envahie par des tribus de congoïdes et des blédards affamés qui violaient nos femmes et exploitaient nos enfants. La propagande Mercantili les présentait comme les représentants de, la Sacro-Sainte Diversité dont nous avions tant besoin, d’après eux, pour notre bonheur.

Pourtant, dans les caves, les intellectuels de notre sang se réunissaient clandestinement et fomentaient la Révolution Nationale afin de chasser l’envahisseur Mercantili. Grâce au courage, à l’intelligence, à l’opiniâtreté de notre Flambeau Léon Orbanescu, un grand parti vit le jour, le parti Nongrien-Salutaire et à force de travail, il s’empara du pouvoir par la voie légale, non sans quelques échauffourées et quelques litres de notre beau sang versé. Aussitôt, la Nongria entra en liesse. On secoua le joug des Mercantilis qui furent chassés hors du pays. Les impôts disparurent, la télévision fut interdite, les choses inutiles détruites dans de grands auto dafés , l’histoire nongrienne restaurée, les perruques et lentilles jetées au feu, la Sacro-Sainte Diversité interdite , les congoïdes et les blédards renvoyés chez eux et notre peuple se mit au travail pour retrouver sa fierté et sa dignité.

Vous en voyez l’admirable résultat, chacun mange à sa faim, l’abondance règne, l’ordre est rétabli et plus personne n’a honte d’être blond aux yeux bleus. Il reste bien quelques irréductibles crétins obtus vêtus de culottes à prouts et coiffés de dreadlocks crasseuses qui manifestent de temps en temps leur amour de la diversité au cri de « No Pasaran ». Nous les connaissons bien et nous savons qu’ils complotent avec les Antifas d’autres pays mais notre Flambeau, dans sa grande magnanimité, les laisse s’égosiller en vain car plus personne ne les écoute. Simplement, les lieux de restauration et d’hébergement leur sont interdits. Ils vivent dans les caniveaux, comme des rats et disparaîtront bientôt d’eux-mêmes. »

Après cette longue explication, le Dr Grobbels fit préparer une berline d’un noir profond ornée d’oriflammes bleus à la croix musquée et invita nos amis à visiter la ville et à se rendre jusqu’au palais du Flambeau Léon Orbanescu. La berline vola littéralement jusqu’au palais car les routes étaient en parfait état et l’on arriva très vite au but.

Le palais présentait un immense portail de marbre bleu gravé de croix musquées. De gigantesques drapeaux déroulaient jusqu’à terre l’emblème de la Nongria et des militaires d’une propreté irréprochable manoeuvraient impeccablement devant le palais. Vingt belles filles de la garde, aux longues tresses blondes et au casque à cornes traditionnel nongrien accueillirent les voyageurs et les menèrent au bain de vapeur, avant de les vêtir décemment d’un costume de cuir noir dont les épaulettes s’ornaient gracieusement de l’emblème à la croix musquée. De fines bottes de cuir leur furent octroyées afin qu’ils puissent saluer réglementairement le Flambeau en en claquant les talons de façon virile.

Elles les conduisirent ensuite au bureau du Grand Flambeau et leur indiquèrent la manière adéquate de saluer : « L’usage est de claquer les talons martialement en levant le bras droit très haut et en criant Gloire à toi Flambeau. » Aussitôt dit aussitôt fait. Nos deux voyageurs ne se firent pas prier pour lever le bras. Le Flambeau, petit homme moustachu au regard vif, les salua très cordialement et parut enchanté de leur visite. Il les convia illico à dîner en compagnie du Dr Grobbels .

En attendant, on leur fit voir la ville, les fabuleux monuments de marbre bleu, les musées chargés d’histoire, les statues des héros de la Révolution Nationale et enfin le sanctuaire des sanctuaires, la salle qui abritait la charte du parti Nongrien-Salutaire qui avait rendu Liberté et Dignité à tout un peuple. Fort émus, nos deux amis étaient très pressés de dîner avec le Flambeau et d’en apprendre davantage sur ses méthodes.

Le dîner fut très cordial. On revint sur les dures années de l’ère de la consommation et sur la méchanceté infâme du peuple des Mercantilis. Candid.e.s s’étonna que la politique du pays n’ait pas envisagé leur pure et simple extermination. « Pourquoi donc, dit le Flambeau, il suffisait de leur couper les vivres pour s’en débarrasser. Plus de consommation, plus d’argent à gagner, plus de Mercantilis . Ils ont été chassés naturellement par leur propre cupidité. Pourquoi verser le sang ? »

Candid.e.s et Cacambo ne cachaient pas leur admiration pour ce grand esprit si clément et si protecteur de son peuple. Cependant, ils cherchaient encore le secret de la Nongria. Enfin, Le Flambeau les regarda dans les yeux et leur murmura : « Il n’y a qu’un secret : le fascisme. Là est tout notre bonheur. »Candid.e.s se souvint alors de la bonté de son ami Jo Le Fasciste mort dans les griffes du mal et il pleura à chaudes larmes avant de se précipiter dans les bras du Flambeau en sanglotant et en regrettant sa bêtise et toutes les stupidités sur la Sacro-Sainte Diversité que lui avait apprises le Dr Mélonche.

« Chers amis, dit le Flambeau, portez la bonne parole du fascisme en dehors de la Nongria. Expliquez aux autres peuples que là seul réside le bonheur et luttez de toutes vos forces contre les calomnies que les Mercantilis répandent encore sur notre belle nation. »

Aussitôt, on offre une berline noire aux voyageurs, on les couvre d’or et de victuailles et on les amène à la frontière, richement vêtus et parés pour les plus longs voyages. Tout le peuple nongrien se presse pour les saluer et les bras tendus accompagnent les larmes de nos deux amis, conscients de la grave mission qui vient de leur être confiée et du combat qui les attend.

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