Candid.e.s 20 : ce qui arriva sur les routes à Candid.e.s et à Roger

dans Le feuilleton

Le vieux savant, qui s’appelait Roger, suivit donc Candid.e.s dans ses aventures. L’un et l’autre avaient beaucoup vu et beaucoup souffert ; ils décidèrent de se rendre à Pedzouille la capitale de la Macronie afin de s’y fondre dans la foule des pedzouillais et d’y attendre plus commodément le retour de Cacambo et de Mademoiselle Lou. Ils auraient de quoi s’entretenir de l’humanisme, de la Sacro-Sainte Diversité et du Fascisme pendant tout le voyage.

Rédaction NSP
DOCTEUR HEINRICH

Cependant, Candid.e.s avait un grand avantage sur Roger, c’est qu’il espérait toujours revoir Mademoiselle Lou, et que Roger n’avait rien à espérer. De plus il avait encore les poches pleines d’or de la Nongria et la belle berline noire pour voyager. Cependant, lorsqu’il réfléchissait à ce qu’il lui restait en regard de ce que le Flambeau de Nongria lui avait donné, et quand il songeait à Mademoiselle Lou, et qu’il arrivait à la fin d’un repas fort arrosé, il lui arrivait encore de penser avec émotion au système du Dr Mélonche.

« Mais vous, cher monsieur Roger, dit-il au vieil historien, que pensez-vous de l’humanisme ?

Monsieur Candid.e.s, répondit Roger, les humanistes m’ont accusé de fascisme et les fascistes m’ont accusé d’humanisme. Mais la vérité est que je suis simplement véritérianiste.

– Vous vous moquez de moi, il n’y a plus de véritérianiste depuis longtemps et nul n’envisage encore de chercher la vérité.

– Il y a moi, dit Roger, je suis peut-être seul au monde mais que voulez-vous, je ne peux pas faire autrement.

–  Il faut que vous ayez le diable au corps pour chercher à ce point la vérité.

–  Sachez, mon jeune ami, que le diable se mêle de tout et qu’il pourrait bien être dans mon corps ou partout ailleurs. Mais je vous avoue que quand je regarde le monde, je pense que Dieu a abandonné ce pays depuis des lustres à quelque être malfaisant ; j’en excepte toujours naturellement la Nongria car pour l’avoir visitée, je n’y ai point vu de famille désirant exterminer la famille voisine, ni de politiciens véreux s’enrichissant sur le dos du peuple, ni de blédards assoiffés de sang et de sexe et encore moins de persisistanais fanatiques adeptes de la lapidation d’autrui.
Partout ailleurs, les puissants, politiques, Mercantilis et autres richissimes personnages exploitent le peuple ; les pauvres les ont en exécration car ces puissants les traitent comme des moutons dont on tond la laine. Des millions d’assassins enrégimentés par les fanatiques persisistanais et installés par les Mercantilis parcourent nos terres, exercent le meurtre et le brigandage avec discipline et ne sont jamais inquiétés. Pire, le mensonge universel affirmé par les puissants assigne au tribunal ceux qui osent se défendre et la vindicte populaire s’abat sur eux car si les pauvres sont des moutons à tondre, ils sont surtout des moutons mentaux.

– Mais qu’est-ce donc que ce mensonge universel, demanda Candid.e.s ?

– C’est l’humanisme dont vous me parliez tout à l’heure, murmura le vieil historien avec tristesse. Au nom de cette malfaisante doctrine, les puissants dirigent les naïfs, les réduisent en esclavage et se vautrent dans les trésors volés au peuple.

– Il y a pourtant du bon dans l’humanisme, disait Candid.e.s en songeant au Dr Mélonche et à son enseignement, quel mal peut-il y avoir à aimer son prochain et à l’accueillir ?

– Il y a peut-être du bon, répondit Roger, mais je ne l’ai jamais trouvé. L’humanisme ne sert qu’à vous plumer mon jeune ami et à vous empêcher de vous exprimer. Avez-vous remarqué que dès que vous déviez de cette merveilleuse doctrine, les ennuis s’accumulent comme nuages d’ouragan ? Et vos voyages ne vous ont-ils pas vacciné contre cette horrible philosophie ? N’avez-vous pas vu ces effets atroces partout dans le monde ?

– Certes, répondit Candid.e.s, et j’ai vu les bienfaits du refus de l’humanisme dans le beau pays de Nongria mais mon amour pour Mademoiselle Lou reste le plus fort et je ne saurais la contrarier car elle est une star de l’humanisme .

– Mon pauvre ami, votre Mademoiselle Lou pense à l’envers et je gage qu’elle vous a définitivement oublié au profit de la Sacro-Sainte Diversité.

Sur ces paroles, ils arrivèrent en vue des portes de Pedzouille.

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