Candid.e.s 22 : ce qui arriva dans Pedzouille à Candid.e.s et à Roger

dans Le feuilleton

Arrêtés à un carrefour par un agent de la Macronie, Candid.e.s et Roger attendaient patiemment le passage du convoi officiel, se demandant qui pouvait bien être ce grand personnage qui recréait pour son bon plaisir les grands embarras de Pedzouille. Las d’attendre, ils rangèrent la berline et avisèrent un cabaret aux allures confortables où le vin et la bière tromperaient aisément leur attente. De nombreux voyageurs, attendant la libération de Pedzouille, étaient attablés dans l’établissement et Candid.e.s, toujours curieux, se mêla très vite aux conversations animées. Un joli jeune homme qui portait une tenue arc en ciel fort seyante s’assit aussitôt au plus près de nos voyageurs et se fit fort caressant en échange de quelques renseignements sur les derniers événements pedzouillais.


Rédaction NSP
DOCTEUR HEINRICH

«  Vous vous demandez sans doute pourquoi la circulation pedzouillaise est ainsi interrompue et pourquoi nous devons patienter dans les cabarets environnants. Sachez que nous attendons le convoi de la grande bourgmestre de Pedzouille, Madame Razagogo. Je suis sûr que vous ne manquerez pas de venir avec nous l’acclamer et chanter l’hymne de la Macronie sur son passage.

– Je ne connais pas cette dame, répondit Candid.e.s et n’ai donc aucune raison de l’acclamer.

– Comment, hurla le joli jeune homme d’une voix stridente, vous osez mépriser notre grande bourgmestre Madame Razagogo, modèle de nos élites, parangon d’humanisme et adepte intégrale de la Sacro-Sainte Diversité ? Seriez-vous un de ces ignobles voyous que l’on nomme fascistes ? »

La voix perçante du joli jeune homme avait couvert toutes les conversations des voyageurs et le silence s’était fait dans l’estaminet ; au mot de « fasciste », cent paires d’yeux dévisagèrent nos deux voyageurs et un brouhaha réprobateur se mit à enfler.
Sentant venir le danger, Roger dans toute sa sagesse, fit signe à Candid.e.s de se taire : «  Mon jeune ami, tenez votre langue et laissez-moi faire. Je pratique depuis longtemps l’argutie humaniste et saurai nous tirer de ce mauvais pas. »

S’adressant ensuite à Candid.e.s d’une voix forte : « Vraiment, mon neveu, tu es impayable ! Tes plaisanteries sont hilarantes ! Tu disais hier encore à ton cher parent comme tu idôlatrais Madame Razagogo et à quel point tu rêvais de la rencontrer pour en savoir plus sur son humanisme triomphant. »
Aussitôt, le brouhaha réprobateur s’apaisa et le joli garçon en tenue arc en ciel se serra davantage contre notre jeune voyageur : « S’il est vrai que tu aimes tant Madame Razagogo, sache que je suis assez proche de son aide de camp car je lui fournis les boas en plumes mauves destinés aux soirées d’apparat au grand palais bourgmestriel et si tu le désires, je peux te mener jusqu’à elle. Tu pourras alors lui témoigner toute ta gratitude . Ton cher oncle sera aussi le bienvenu, à condition qu’il quitte sa triste mine et revête une tenue à paillettes. Madame Razagogo est une égérie de la mode macronienne et il ne faut pas la décevoir. »

Peu enthousiastes mais contraints à la plus grande dissimulation, nos deux voyageurs emboîtèrent le pas au joli jeune homme qui leur intima l’ordre de trémousser du postérieur de la même manière que lui afin de passer inaperçus auprès de l’aide de camp de la grande bourgmestre. Celui-ci les accueillit dans l’antichambre du palais et leur prêta les tenues adéquates : un string en cuir noir, une chemise à paillettes et des bottes dorées assorties d’un boa mauve.
Voilà qui rappelait beaucoup à Candid.e.s son initiation avec Cacambo qui se faisait alors appeler Cacambo-bette dans la Loge Grand Orientaise et notre malheureux ami craignait déjà pour son délicat postérieur.
L’aide de camp les guida à travers les couloirs du palais bourgmestriel ; les murs étaient ornés des plus belles œuvres d’art de la Macronie et les couleurs vives et les formes inattendues chatoyaient autour de nos voyageurs. Une œuvre attira particulièrement leur attention ; il s’agissait d’une statue en résine des îles, fort réaliste et qui représentait une petite fille blonde subissant les assauts d’un vieillard libidineux et nu. Candid.e.s ne put s’empêcher de frémir et l’aide de camp de Madame Razagogo, se méprenant sur sa réaction  s’écria : « Quelle merveille n’est-ce-pas ! Cette sculpture est l’oeuvre du plasticien préféré de Madame Razagogo Anton Pedofilevitch et lui a été achetée pour la modique somme de deux milliards . Naturellement, les pedzouillais ont subi une augmentation d’impôt à cette occasion mais qu’importe ! L’art prime sur tout. -En effet, dit Candid.e.s en réprimant une légère nausée que l’aide de camp prit pour un râle d’admiration. » Roger le suppliait des yeux de ne pas montrer sa désapprobation car partout en Macronie , le danger planait pour les dissidents de l’humanisme.

Enfin, nos deux amis guidés par le sémillant aide de camp furent introduits auprès de Madame Razagogo. Celle-ci siégeait sur une estrade, entourée de congoïdes fort élégamment vêtus de bottes en peau de nongriens et de filets de pêche dont la transparence laissait entrevoir la majestueuse virilité. La grande bourgmestre, habillée de plumes mauves à la dernière mode macronienne, tenait dans ses mains l’emblème de la Macronie, un phallus en caoutchouc or dont les génitoires dorés à l’or fin étaient couverts de pierreries. Elle salua fort aimablement nos deux voyageurs et Candid.e.s, poussé par le bon et subtil Roger, s’agenouilla à ses pieds pour lui rendre hommage tandis qu’un des congoïdes s’introduisait délicatement entre ses fesses selon les us et coutumes de la Macronie. Nos deux amis subirent ces hommages sans mot dire, conscients de la nécessité de ne pas se rebeller.

Madame Razagogo leur offrit ensuite un siège fort bas , bien en dessous de son estrade et de ses amis congoïdes et leur demanda civilement le but de leur visite.

Roger prit la parole avec subtilité : « Chère grande bourgmestre, nous sommes venus de lointaines contrées afin de connaître vos méthodes humanistes qui apportent tant de bonheurs aux citoyens macroniens. Veuillez nous éclairer de votre science, ô grande bourgmestre. – C’est très simple, répondit Madame Razagogo, j’apporte le bonheur en peignant les routes aux couleurs de l’arc-en-ciel, en installant des pissotières pourpres sur tous les vilains monuments rescapés des siècles de barbarie, en organisant des raouts LGBT etc dans tous les lieux de culte périmés et en permettant à tous les congoïdes et blédards des périphéries de vivre pleinement leur liberté au nom de la Sacro-Sainte Diversité. Avec moi, l’alcool et la drogue coulent à flots  et chacun peut vivre son genre librement. Je protège les amoureux des enfants et des animaux, j’organise des élevages de rongeurs et des chasses aux fascistes. Bref, avec moi, Pedzouille vit dans une bacchanale perpétuelle et tout le monde est heureux. »

Candid.e.s et Roger produisirent de grands dithyrambes extatiques, remercièrent avec force courbettes et s’empressèrent de quitter les lieux avant de trahir leur opinion profonde.
A peine sortis du palais de la grande bourgmestre , Candid.e.s prit la parole : « Cher vieil ami, je suis atterré. Courons voir de nos propres yeux la réalité des méthodes de Madame Razagogo. Je ne puis croire que les pedzouillais soient heureux d’avoir des pissotières pourpres !
– Mon jeune disciple, répondit Roger, avec votre désir de voir la réalité, vous êtes en passe de devenir le deuxième véritérianiste au monde après moi. Sachez que vous vous engagez sur une pente savonneuse et fort dangereuse. – Peu me chaut, cria Candid.e.s, la vérité toute nue ou rien. »

Et ils s’enfoncèrent dans les sombres ruelles de Pedzouille…

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