Candid.e.s 27: voyage de Candide, Roger et Cacambo vers la Flandria

dans Le feuilleton

Le fidèle Cacambo, toujours travesti en congoïde, avait obtenu de son bienfaiteur humaniste de se rendre en Flandria pour rejoindre un campement de persisitanais et autres africaniens qui représentaient admirablement la diversité si pourvoyeuse de bienfaits en Macronie. Roger et Candide, revêtus d’oripeaux crasseux, avaient été présentés comme de gentils antifas bien décidés à fraterniser avec tous les congoïdes de la terre au nom des Immortels Principes. Le bienfaiteur humaniste les autorisa donc à monter dans son camion brinquebalant et tous prirent le chemin de la Flandria.


Candide disait à Roger et à Cacambo :
« Pour moi j’ai eu le bonheur de souper avec cinq monaches bien infortunés mais il n’y a pas de bonheur plus grand que de retrouver mademoiselle Lou et je suis bien plus riche de cet amour que tous les mamamouchis de la terre. Mais Cacambo ! Parle-moi de mademoiselle Lou ? Pourquoi est-elle en Flandria ? Qu’y fait-elle ? Est-elle toujours un prodige de beauté ? Ne se nourrit-elle toujours que de carottes ? A-t-elle toujours ces subtiles flatulences qui faisaient tout son talent d’artiste ? Enfin, m’aime-t-elle encore ?

– Mon cher ami, répondit Cacambo, mademoiselle Lou torche les fesses des congoïdes et ramasse leurs détritus avant de remédier à leur misère affective car elle a décidé, pour parfaire sa carrière, d’aller au charbon. Hélas ! Elle fut vite oubliée et évincée des écrans par d’autres donzelles fort avenantes et encore plus humanistes qu’elle et qui présentaient l’avantage non négligeable d’appartenir au peuple élu  ce qui avait tapé dans l’oeil de son cher producteur . Depuis, elle a cessé de manger des carottes, se nourrit de viande exotique couverte de mouches et est devenue fort grasse et fort laide.

– Mais, s’étonna Candide, comment en est-elle réduite à un état si abject ? N’as-tu pas réussi à lui donner un peu de l’or que je t’avais confié pour la ramener.
– Hélas ! Cher Candide, cet or m’a été dérobé lors de mon passage en Brittanie et lorsque je suis arrivé dans la capitale, mademoiselle Lou était déjà en route vers les campements de Flandria. J’ai eu toutes les peines du monde à regagner la Macronie et à retrouver sa trace.
– Que de calamités ! s’exclama Candide, mais qu’importe qu’elle soit devenue si laide, mon devoir est de l’aimer jusqu’à la mort et je n’y faillirai pas. »

Au passage de la frontière macronienne, en pleine montagne, nos deux amis aperçurent une horde de congoïdes qui s’apprêtaient à la franchir d’un bond. Malheureusement, certains étaient moins agiles que d’autres et les Mercantilis qui les menaient, après les avoir délestés de leurs économies, étaient obligés de leur fustiger le postérieur à l’aide de grands nerfs de bœuf claquant au vent. Le paradis humaniste était à ce prix mais une fois atteint, plus besoin d’économies, plus de nerfs de bœuf, le gîte et le couvert les attendaient, assurés par d’accortes jeunes filles en culottes à prouts, représentantes des meilleures institutions humanistes de Macronie.
Le bonheur était pour eux au bout du nerf de bœuf !
Cependant, l’un d’entre eux rechignait considérablement et Candide, par un mouvement naturel, le regarda plus attentivement. Quelques traits de son visage lui paraissaient ressembler à ceux de son cher Mélonche.
Cette vue l’attrista. « A la vérité, dit-il, si je n’avais pas vu pendre mon pauvre Mélonche au Persisistan au nom des coutumes locales éminemment respectables, je jurerais bien que c’est lui. »

Au nom de Mélonche, le misérable poussa un grand cri et arrêta net son ascension. Le Mercantili redoubla aussitôt de nerfs de bœuf.
« Arrêtez ! Arrêtez ! cria Candide, je vous donnerai de l’argent.
– Quoi ! Mais c’est Candid.e.s disait le congoïde.
– Non, c’est Candide, répondit notre jeune ami, mais que vois-je, est-ce bien vous, maître Mélonche dans ce curieux accoutrement ? D’où sortez-vous donc ? Et comment avez-vous échappé à la pendaison persisistanaise ?
– C’est moi-même, c’est moi-même, balbutiait Mélonche.
-Quoi, c’est donc là ce grand philosophe ? disait Roger, tout dépité. »

Candide déversa de l’or sur le Mercantili et celui-ci retourna à ses affaires avec empressement. Mélonche pleurait de joie dans les bras de Candide et celui-ci l’embrassa cent fois. Candide lui présenta Roger et Cacambo, ils parlaient et sanglotaient tous en même temps tandis que le camion reprenait le chemin vers la Flandria pour récupérer mademoiselle Lou.