Candid.e.s 28 : Ce qui arriva à Candid.e.s, Cagambo, Mélenche, Cunégonde, Monsieur le Directeur de la Scène Nationale etc.

dans Le feuilleton

A peine montés dans le camion qui les conduisait en Flandria, Candide, Cagambo et Mélénche, tout à leurs effusions, n’entendirent pas tout d’abord une petite voix fluette qui semblait venir du fin fond de la remorque : « Ciel ! Est-il possible ? Candide ? Le bon et savant docteur Mélenche ? Par pitié, donnez-moi la main ! » Ce fut le docteur Mélenche qui souleva une bâche crasseuse et découvrit un gueux encore plus sale que lui, recroquevillé derrière un carton et qui pleurait à chaudes larmes en les regardant de ses grands yeux tristes. S’approchant du misérable, Mélenche s’écria : « Ah ! Sacro Sainte Diversité ! Monsieur le Directeur de la Scène Nationale ! Est-ce bien vous que je vois dans cet état lamentable ? Vous n’êtes donc pas mort, la tête cassée par les guerriers de l’antiracisme ? »


Rédaction NSP
DOCTEUR HEINRICH

Candide, en larmes, tout heureux d’avoir retrouvé le cher parent 1 de sa chère Mademoiselle Lou dit au pauvre hère : «  Pardon, mon cher Monsieur le Directeur de la Scène Nationale, pardon de vous avoir cru mort et de ne pas vous avoir sauvé des hordes de Mahométans  bien que vous m’ayez chassé à grands coups de pompe dans le derrière de la si douce bobosphère pour avoir tenté de former un couple blanc cisgenre avec votre divine fille.
– N’en parlons plus, dit le Directeur de la Scène Nationale d’une voix suraiguë, j’avoue que je fus un peu vif, mais si vous voulez savoir par quel hasard je me retrouve dans ce véhicule et dans l’état effroyable où vous me voyez , sachez qu’après avoir été ramassé, soigné et guéri par un charitable salamiste barbu, je me convertis tout naturellement à la religion de paix et d’amour et je fus envoyé servir le grand Barbu de Macronie. Il n’y avait pas huit jours que j’étais en fonction que je me trouvais, par le plus grand des hasards, en compagnie d’un des fils très bien-fait de sa personne de cet estimable dignitaire. Il faisait extrêmement chaud et le jeune homme voulut se baigner. Je pris cette occasion pour me baigner aussi et nous nous livrâmes à diverses ablutions et attouchements que n’aurait pas renié la communauté LGBTQ etc. Je ne savais pas que ce fût un crime capital pour un mahométan de se trouver tout nu en compagnie d’une jeune garçon à peine pubère lorsqu’on n’en est pas le père. Je fus pris et on me fit donner cent coups de bâton avant de me menacer de me défenestrer. Imaginez ma surprise, moi qui pensais sincèrement que leur religion n’était qu’amour, paix et tolérance. Quelle douleur plus grande encore que les tortures subies que de se dire que les immondes fascistes avaient peut-être eu raison au sujet de ce genre d’affaire. On me donna le choix entre la pendaison par les pieds du haut d’un immeuble de cent étages suivi d’un lâcher létal et la possibilité de sauver ma vie en perdant une partie de moi-même. La mort dans l’âme, je choisis la seconde solution et c’est pourquoi je ne peux désormais m’exprimer qu’avec la voix suraigüe que vous entendez maintenant . Je ne crois pas qu’il y eût plus horrible injustice. Mais je voudrais bien savoir pourquoi ma fille, la merveilleuse Mademoiselle Lou, s’est exilée en Flandria, aux portes de la Brittanie.
– Mais vous, mon cher Mélenche, demanda Candide, comment se fait-il que je vous revoie ?
– Il est vrai, dit Mélenche, que vous m’avez vu pendre. Je devais ensuite être brûlé mais il se mit à pleuvoir à verses quand on allait me cuire et j’eus ainsi la vie sauve. Je m’enfuis le plus vite possible et n’eus d’autre secours que de me réfugier dans une mosquée. Il y avait justement là une jeune dévote qui y faisait ses salamalecs. Son voile étant fort défait et tout glissé sur ses reins, j’entrepris de lui rendre service en le lui remontant avec un empressement très-respectueux. La jeune dévote était fort jolie et nous entreprîmes le même genre de conversation philosophique que je tenais régulièrement avec les secrétaires de Monsieur le Directeur de la Scène Nationale du temps de notre bonheur. Un vieil imam qui passait par là et qui n’entendait rien à la métaphysique en prit ombrage et entreprit de me poursuivre avec un grand couteau fort aiguisé qu’il réservait d’habitude à l’édification des infidèles. Je n’eus d’autres ressources que de plonger la tête la première dans une cave à charbon afin de m’y dissimuler et d’échapper à mon sacrificateur. J’en ressortis à la nuit tombée, tout couvert de suie et fort noir de peau, ce qui me permit de me joindre à la horde de congoïdes menée par les Mercantilis et de tenter, malgré les coups de nerf de bœuf, de gagner notre chère Macronie.
– Eh bien, mon cher Mélénche ! lui dit Candide, après avoir été pendu, à demi brûlé, battu, presque égorgé et finalement transformé en congoïde, pensez-vous toujours qu’il n’y a de dieu que la république, que le vivre-ensemble est toujours la plus admirable façon de vivre au monde et que la Sacro Sainte Diversité est une bien belle chose ?
– Je suis toujours de mon premier sentiment répondit Mélenche, car enfin, je suis philosophe et il ne me convient pas de me dédire, la république ne pouvant pas avoir tort et les choses étant ce qu’elles sont. »

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