Candid.e.s  Chapitre 12 : suite de l’histoire de la vieille

dans Le feuilleton

Ravie et étonnée de voir que pour une fois, je ne risquais rien, et non moins surprise des paroles de cet homme, je lui répondis qu’il y avait de plus grands malheurs que celui qu’il me décrivait.Je lui contai ce qui m’était arrivé. Il me consola, me flatta, me dit qu’il n’avait jamais rien vu de plus beau que moi et qu’il regrettait fort de ne pouvoir m’honorer.

Rédaction NSP
Docteur Heinrich

En effet, à l’âge de douze ans, il avait assisté à un spectacle transformiste qui lui avait donné envie de changer de sexe et les quantités d’hormones qu’il avait alors ingurgitées avaient définitivement ruiné sa virilité. Il s’en aperçut après avoir vu à l’âge de dix-sept ans un documentaire sur la Légion Etrangère qui lui avait donné envie de redevenir un homme. Hélas, il était trop tard.

Emu par ma situation, il déclara : « ma mission est faite, je vous aiderai et vous mènerai à l’autre bout de l’île, nous nous épaulerons et ainsi gagnerons à deux, ce qui sera un événement médiatique sans précédent, assurera notre célébrité et me permettra d’avoir assez d’argent pour me faire greffer un pénis de légionnaire en état de marche. »

Je le remerciai avec des larmes d’attendrissement mais au lieu de me mener à la victoire, il me vendit contre un lapin grillé au premier groupe de candidats affamés que nous rencontrâmes. A peine fus-je vendue que je contractais une fièvre épouvantable qui me laissa maigre, exsangue et me fit perdre une de mes prothèses mammaires. Quand les premiers ravages de cette épouvantable fièvre furent passés, il ne me restait qu’une prothèse, ma peau était desquamée, mes extensions capillaires avaient disparu, volées par une candidate pour s’en faire un cache-sexe et j’avais bien triste mine. Je n’en mourus cependant pas et un autre groupe de candidats d’origine persisistane s’empara de moi. Les extrémités où la faim les avaient réduits les avaient contraints de dévorer un de leur coreligionnaire. Cependant, ils craignaient la colère de leur dieu pour ce fait abominable et décidèrent d’un commun accord de m’emmener avec eux et de me garder en vie afin de pouvoir me manger par petits morceaux. C’est ainsi que je perdis ma fesse droite, dévorée par ces immondes cannibales persisistanais. Ils me menèrent cependant jusqu’au bout de l’île et après avoir impitoyablement tué tous les autres candidats, y compris le traître trans-genre, à coup de branche de baobab, le plus fort d’entre eux remporta le prix du Jeu Survivaliste.

La coutume voulait que les perdants fussent moqués, conspués par tout le public et jetés en pâture à la populace. On ne manqua pas à la coutume et toute la presse qui m’avait encensée me déchira, me réduisant à la misère. Les vendeurs de réclame me fuyaient et Marcel Lévy s’était terré en Suisse, désireux de se faire oublier.

Je continuais mes jours dans la misère et dus recourir aux pires expédients pour survivre, vendant le peu de charmes qui me restaient à des vieillards libidineux ou des amateurs de mutilation extrême. C’est ainsi que j’atterris où vous m’avez trouvée, au service d’un producteur de snuff movies qui m’utilisaient de temps en temps dans des productions gérontophilo-scatologiques. C’était l’identité cachée du Grand Imam amoureux de Mademoiselle Lou , celui-ci arrondissait ses fins de mois grâce à cette lucrative activité cinématographique.

Enfin, j’ai de l’expérience et je connais le monde. Engagez donc chaque passager du train à vous conter son histoire et s’il s’en trouve un seul qui n’ait jamais maudit sa vie, qui ne se soit jamais dit à lui-même qu’il était le plus malheureux des hommes, je m’engage à me jeter sous les rails à notre prochaine étape vers la Nongria.