Candid.e.s chapitre 21 : Candid.e.s et Roger franchissent les portes de Pedzouille et raisonnent

dans Le feuilleton

On aperçut enfin les portes de Pedzouille. « Avez-vous jamais été à Pedzouille, monsieur Roger ? dit Candid.e.s.
– Oui dit Roger. J’ai vu Pedzouille, c’est un chaos, une bacchanale perpétuelle dans laquelle chacun cherche le plaisir et ne semble jamais l’y trouver, du moins à ce qu’il m’est paru. J’y ai peu séjourné, j’y fus détroussé dans les quartiers périphériques où vivent nos amis blédards ; ayant voulu me défendre pour sauver mes maigres biens, j’y fus bien sûr emprisonné quelques jours ; après quoi, j’y fus écrivain d’occasion et censuré dès mon premier écrit ; je me fis donc correcteur d’imprimerie pour gagner mon pain. Je connus toute la canaille écrivaillante, la canaille artistique et la canaille politique. Cependant, depuis que j’ai vu la Nongria, je ne me soucie guère de revoir Pedzouille. On dit cependant qu’il y a des gens fort polis dans cette ville et je veux bien le croire.

Rédaction NSP
DOCTEUR HEINRICH

-Pour moi, je n’ai nulle curiosité de voir Pedzouille. Je souhaite juste y être tranquille pour attendre Cacambo et Mademoiselle Lou. -Dans ce cas, répondit Roger, poursuivons notre route vers l’Italianie et la bonne ville de Forzaitalia ; nous y serons en sécurité et fort loin des humanistes car on dit qu’un nouveau bourgmestre s’y est installé et qu’il est très ami avec le grand Flambeau de la Nongria. – Quelle merveilleuse idée cher ami , approuva Candid.e.s. Traversons Pedzouille au plus vite et filons vers Forzaitalia. »

La berline noire reprit son chemin tandis que nos deux voyageurs devisaient joyeusement.
« – Pensez-vous, cher vieil historien, dit Candid.e.s, que les hommes aient toujours été aussi criminels, menteurs et cupides ?
– Certes non, mon jeune ami. Il est une période de l’histoire dans laquelle les gouvernants étaient au service du peuple et où la cupidité était sévèrement punie. C’était avant l’ère démocrate et l’amour de Dieu prenait la place de l’amour de la Sacro-Sainte Diversité.
– Comment appelait-on cette ère, demanda Candid.e.s fort étonné d’apprendre tout cela car le Dr Mélonche n’avait jamais mentionné dans ses leçons cette merveilleuse époque .
– Cette période de notre histoire se nommait l’ère monachique, du nom des grands monaches au service du peuple. L’amour de la patrie y était fort prisé et nul n’y était poursuivi pour ses idées. »

Candid.e.s ne cachait plus sa stupéfaction.
Comment était-il donc possible qu’il n’eût jamais entendu mentionné cette ère monachique ?
Pourquoi le Dr Mélonche lui avait-il caché ces faits historiques ?

« C’est très simple, mon jeune disciple, la fin de l’ère monachique correspond à l’arrivée des grandes idées humanistes apportées par les Frères Maçons Grand Orientais et leurs amis Mercantilis. Ceux- ci, à force d’argent et de recrutement d’idiots utiles dans les meilleures couches de la société ont réussi à chasser le grand monache et à imposer l’ère démocrate. Depuis, vos livres d’histoire commence en l’An I de l’ère démocrate et vous savez comme moi qu’on ne mentionne les siècles précédents que pour les nommer « siècles de barbarie » . – En effet, dit Candid.e.s, c’est toujours ainsi que le brave Dr Mélonche nommait le passé, ce qui prouve bien qu’il était un excellent professeur d’une grande science et d’une grande culture. Mais si les hommes se sont tous soumis à ces nouvelles idées, c’est donc qu’ils étaient tous fourbes, cupides, voleurs, profiteurs et prévaricateurs ? – Point du tout, répondit le vieux savant, mais les Mercantilis à grands renforts d’affiches, de journaux et de pièces de théâtre, avaient réussi à faire croire au monde que l’humanisme était une chose merveilleuse et pleine de bonté. Ils avaient caché le véritable but de l’humanisme, c’est-à-dire la domination des peuples par le profit et l’abêtissement par le mélange et l’acculturation. Ils révisèrent les livres d’histoire, falsifièrent les gloires de nos nations et calomnièrent nos grands hommes. Un exemple en est la preuve : un grand monache du passé très religieux et très bon fut accusé par eux de clouer leurs semblables par la langue à un chêne. Ce mensonge éhonté jeta le discrédit sur tous les grands monaches et sur toute l’ère de la monachie au point d’en imposer l’oubli obligatoire. Les professeurs se mirent à distribuer des pilules d’oubli à tous leurs élèves et le peuple se soumit rapidement. – Cependant dit Candid.e.s, le libre arbitre… »
A ce moment fort intéressant du pilpoul, la berline dut s’arrêter pour laisser passer ce qui semblait être le transport d’un quelconque grand vizir de la Macronie.

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