« Catho-sionisme » : l’avatar final du « judéo-christianisme » ?

dans Réflexions & Histoire

Dans un article déjà ancien, de 2012, réactualisé – et republié le 14 juin 2018 grâce à l’obligeance de nos amis de « Nous Sommes Partout » – nous attirions l’attention des lecteurs sur la dérive judéo-sioniste du journal « France catholique ».


Rédaction NSP
Claude Timmerman

Nous y soulignions notamment : A deux reprises, nous y avons vu Dominique Decherf s’interroger sur l’élaboration d’une « théologie catholique de l’état d’Israël » (sic !). Et même plaider pour « une nouvelle théologie catholique du sionisme » (resic!)
Nous aurions tort  tort de croire que cette déviance était propre à ce média, voire au progressisme de l’Eglise-qui-se-dit-en-France…
L’hallucinant article qui suit, qui vient d’être publié sur le site britannique de réflexion juive « Mosaic », est signé d’un théologien catholique, universitaire éminent, très proche de l’Eglise Catholique d’Angleterre.
Il nous montre à quel point le sionisme, après avoir complètement investi le monde des églises protestantes, notamment la mouvance évangélique, est en train – à la faveur de certains idéologues dits « catholiques », idolâtrant le judaïsme et Nostra Aetate – de pervertir totalement la catholicité romaine, avec la complicité active de ses papes depuis cinquante ans !
On comprend que l’auteur, qui confond ici analyse et interprétation, ait préféré le publier sur un site juif, ce qui lui a permis aussitôt de bénéficier d’une diffusion qu’il n’aurait certainement jamais eu autrement…
Le contenu par instant s’apparente en effet beaucoup plus à de l’apologétique juive, de la pure propagande sioniste et à un plaidoyer politique pro-israélien, qu’à une analyse proprement théologique, revendiquée catholique de surcroît… Et elle sombre par instant dans la plus pure dialectique talmudique !
La traduction, comme les quelques notes ajoutées, ont été rédigées par nos soins.
Souhaitons seulement que la catholicité se reprenne et que le magistère finisse par donner tort à ces inquiétantes supputations qui doivent être connues de tous!


Traduction


Le nouveau sionisme catholique

Le sionisme évangélique protestant a un pedigree vieux de plusieurs siècles.  Le sionisme catholique, qui a évolué au cours des cinquante dernières années, pourrait-il devenir un enseignement officiel de l’Église?
Malgré la chute du taux d’affiliation et de pratique religieuse dans les pays occidentaux – et malgré les affirmations des laïcs qui prétendent que la religion a causé suffisamment de problèmes dans le monde et qu’il vaille mieux ne pas en tenir compte ou la confiner à la sphère privée- la foi religieuse en elle-même refuse obstinément de disparaître.
Non seulement la population mondiale a continué d’être profondément religieuse, si ce n’est de plus en plus, et non seulement la laïcité, pour sa part, a cumulé les sujets de honte en termes de tyrannie, de persécution et de fanatisme, mais les convictions profondes dues à la foi religieuse ont inspiré nombre d’accomplissements les plus nobles de l’histoire pour l’amélioration de l’humanité.
Dans ce qui suit, je souhaite développer des idées encore peu connues, en particulier de la pensée catholique moderne, capables de rendre un service tout à fait positif.
Le développement en question évoque en résumé l’idée d’émergence salutaire du sionisme catholique : un courant de pensée susceptible d’influencer positivement les attitudes à l’égard de l’État d’Israël tenues par des milliards de croyants du monde entier.
Il est plus facile d’exposer son histoire en la scindant en plusieurs parties.

I- Les deux visages du sionisme chrétien

La plupart des gens, s’ils sont invités à réfléchir sur l’état des relations entre les chrétiens et Israël, mentionneront instinctivement les sentiments ardemment pro-israéliens et pro-sionistes non pas de catholiques mais de protestants évangéliques: sentiments qui, à plusieurs reprises, ont contribué à façonner la politique britannique et américaine.
Et les gens auraient raison de le faire. Ainsi, lorsqu’on lui a demandé dans une enquête à Pew, réalisée en 2013, portant sur les attitudes religieuses américaines concernant le fait que Dieu ait donné Israël au peuple juif, plus de chrétiens évangéliques blancs (55%) que de juifs (40%) ont répondu par l’affirmative. Sur ce même groupe d’évangéliques, 72% se sont rangés exclusivement aux côtés d’Israël dans le différend israélo-palestinien, contre 49% de l’opinion publique américaine.
Ces opinions solidement pro-israéliennes reflètent un phénomène fondé sur la Bible qui a un long historique et qui a été appelé simplement, le « sionisme chrétien ».
Dans sa version britannique, il est historiquement associé à des personnalités «restauratrices» telles que le comte de Shaftesbury au début du XIXeme siècle, le secrétaire aux Affaires étrangères Arthur Balfour et le Premier ministre David Lloyd George à la deuxième décennie du XXeme siècle. En 1917, cette impulsion profonde a joué un rôle dans la publication de la déclaration Balfour selon laquelle, sans « porter atteinte aux droits civils et religieux » des communautés non juives du pays, le gouvernement britannique a promis de soutenir « l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif».
Aux États-Unis, l’enthousiasme des chrétiens évangéliques pour le retour des Juifs en Terre sainte connut un regain national lorsque, en 1891, le ministre méthodiste William Blackstone présenta au président Benjamin Harrison un « mémorial»  demandant instamment au soutien américain officiel du projet de restauration; le document était accompagné des signatures non seulement de centaines de dirigeants chrétiens, mais également de personnalités publiques comme John D. Rockefeller et JP Morgan, de sénateurs, membres du Congrès et du président de la Cour suprême. Une deuxième version mise à jour du « Mémorial de Blackstone » a ensuite été remise, par le truchement des bons offices du juge Louis D. Brandeis 1 – au président Woodrow Wilson, qui a ensuite approuvé la déclaration Balfour.
Au cours des dernières décennies, le soutien évangélique américain à l’État juif est devenu un arbre à plusieurs branches, peu maniable. Certaines branches pensent que la création d’Israël en 1948 et le «rassemblement des exilés» ont rempli la prophétie biblique concernant les « derniers jours ».
Pour certains, cela présage Armageddon, c’est-à-dire une ultime bataille cataclysmique entre les forces de la lumière et des ténèbres (l’islam remplaçant parfois ces dernières), aboutissant à la seconde venue de Jésus. Peu de branches pensent que la fin rédemptrice sera accompagnée de la conversion volontaire de Juifs (certains, beaucoup ou tous) au christianisme.
Cela ne tient pas compte des contre-tendances plus récentes, particulièrement chez les jeunes évangéliques américains, vers la désaffection ou même de l’hostilité envers l’État juif : un développement inquiétant en soi, mais qui n’est pas notre préoccupation ici.
Le développement du sionisme catholique devrait présenter un intérêt profond non seulement pour Israël et ses partisans dans le monde entier, mais aussi pour tous ceux qui s’intéressent à la religion et à la politique.
Si c’est une face du sionisme chrétien – la face protestante – le sionisme catholique que je vais décrire en est une autre face. Elle considère également la fondation d’Israël en 1948 comme faisant partie de la promesse biblique de la terre donnée au peuple élu de Dieu, et considère la réunion de ce peuple comme un signe de la fidélité de Dieu à ses promesses. Mais les conceptions maximalistes de certaines formes remarquables du sionisme protestant, comme dans leur vision de la fin des temps et leur recrutement de juifs et d ‘«Israël» en tant qu’instruments permettant de réaliser cette vision, sont rejetées dans la conception catholique.
On peut se demander sur quelle base je pourrai prétendre que l’Église se dirige effectivement vers une forme de sionisme aussi spécifiquement catholique? Je le soutiens à partir de preuves concourantes, allant à l’encontre de la longue histoire d’anti-judéité catholique.
J’affirme également que cette évolution revêt une grande importance et devrait présenter un intérêt profond non seulement pour l’État d’Israël et ses partisans du monde entier, juifs et gentils, mais également pour tous les individus et tous les gouvernements attentifs aux tendances de l’opinion publique en matière de religion et de politique.
En outre, dans une Europe menacée – hantée – par le retour de l’antisémitisme, elle n’est rien de moins que de la contre-culture au sens le plus favorable du terme. En dépit de la tourmente indéniable qui sévit aujourd’hui dans la catholicité, l’Église compte toujours plus d’un milliard d’âmes et ce qu’elle pense ou dit a de l’importance.
La gestation de cette nouvelle approche commence en 1965 et a fait l’objet d’une avancée particulière en 1980.
Depuis lors, le processus, qui n’a pas atteint son plein épanouissement, continue de gagner du terrain. Les preuves à l’appui se trouvent éparpillées dans des documents officiels de l’Église que peu de gens lisent, moins nombreux que les théologiens professionnels tels que moi, qui sont en mesure de les replacer dans leur contexte ou d’en évaluer l’impact.  Les preuves sont à la fois remarquables et indéniables pour le développement théologique dont elles témoignent, et cela est, à mon avis, imparable.

II- Les origines du sionisme catholique

La nouvelle orientation de la pensée catholique sur les juifs et le judaïsme est apparue au début des années 1960 lors du Concile Vatican II à Rome, conçu et convoqué par le pape Jean XXIII. Comme le premier concile du Vatican, tenu un siècle plus tôt, celui-ci constituait un forum faisant autorité pour les enseignements catholiques modernes sur divers sujets. Au cours de ses nombreuses sessions, les évêques ont discuté de la nature de l’Église catholique, du statut d’autres groupes chrétiens, de la signification des religions du monde, des questions d’athéisme et de laïcité, ainsi que de l’importance de la liberté de religion. Les résultats de ces délibérations ont été intégrés à de nombreux documents pédagogiques. Pour ce qui concerne le peuple juif, le document clé est Nostra Aetate (1965) et la section clé porte le numéro 4.
La proposition qui allait devenir la section 4 de Nostra Aetate rencontrait une vive hostilité avant même que le projet de discussion n’en soit communiqué au Concile. (Signe certain de sa contestation, sa substance a été divulguée au New York Times alors que tous les membres du Concile avaient prêté un serment solennel de confidentialité.) Inévitablement, les déclarations positives contenues dans le texte, qui précisaient qu’elles ne visaient que « la religion. ”- c’est-à-dire le judaïsme – ont été interprétées comme soutien à l’État d’Israël. La plupart des gouvernements du Moyen-Orient, ainsi que les dirigeants des communautés chrétiennes de ces pays, ont rapidement exprimé leur opposition au projet.
Les évêques américains sont venus à la rescousse du projet de proposition et le pape Paul VI (qui avait succédé à Jean XXIII en 1963) ont proposé une solution: rien dans le document ne devait concerner la politique, et chaque fois que quelque chose était dit dans la section 4 de Nostra Aetate à propos de la religion juive, il fallait que quelque chose soit dit propos de l’islam dans la section 3 (beaucoup plus petite).
Cela laissait encore beaucoup à débattre, et ce n’est rien moins qu’un miracle si le texte a finalement pu être arrêté et ensuite mis en avant dans le cadre de l’enseignement officiel de l’Église catholique.
Plus important encore, Nostra Aetate a officiellement renoncé à l’accusation de déicide portée contre l’ensemble du peuple juif, qu’il ait été en vie au moment de la crucifixion de Jésus ou depuis.
Cette accusation avait conduit à une histoire émaillée d’épisodes sanglants. Dans la culture catholique populaire, le peuple juif, reconnu coupable pour avoir tué Dieu, méritait ainsi éternellement un châtiment en nature: un châtiment imposé historiquement aux communautés juives par des foules enflammées. En revanche, selon la révision influente de saint Augustin (354-430), bien que les Juifs aient effectivement perdu leur statut de peuple élu de Dieu et qu’ils aient été condamnés à la perte de leur patrie, ils devaient spécifiquement être conservés en vie, afin d’errer sur la terre en tant que témoins de la vérité du christianisme.
On peut dire que la théologie d’Augustin a, à sa manière, jeté un pont involontaire au nouvel enseignement de Vatican II, lui-même basé sur un texte du Nouveau Testament. En écrivant aux Romains, l’apôtre Paul affirme que le peuple juif dans son ensemble, dont Paul lui-même était, est et reste élu, «car les dons de Dieu et son appel sont irrévocables» (Romains 11:29). Ce verset jouerait un rôle clé dans le tournant radical pour le meilleur dans les relations entre catholiques et juifs à partir de la publication de Nostra Aetate en 1965.
Si la masse des Juifs n’était pas coupable de déicide et si les promesses que Dieu leur avait faites étaient irrévocables, cela n’impliquait-il pas un nouveau statut pour le peuple juif?
Le problème cependant était que Nostra Aetate semblait avoir fait du peuple juif une relique de musée – associée dans le texte du Concile au judaïsme des périodes bibliques et chrétiennes primitives, et non à un judaïsme vivant plus tardif ou plus moderne 2. Cependant, si, premièrement, les Juifs dans leur globalité n’étaient pas coupables de déicide, et si, deuxièmement, les dons et les promesses que Dieu leur avait faits étaient irrévocables, cela n’impliquait-il pas un nouveau statut pour le peuple juif, non seulement dans l’Antiquité, mais pour tous les temps ultérieurs?
Cette question a fait l’objet de nombreux débats dans les années qui ont suivi le Concile.  Et même durant le Concile, comme je l’ai déjà indiqué, les avancées de Nostra Aetate n’étaient guère affranchies de l’opposition des minorités. Son enseignement sur le peuple juif est l’une des nombreuses raisons pour lesquelles un groupe restreint mais influent de catholiques a quitté l’Eglise pour protester. Les rebelles étaient dirigés par Mgr Marcel Lefebvre, fondateur de la Société schismatique Saint-Pie X. Affirmant que l’Église était tombée dans l’erreur dans ses nouveaux enseignements sur le peuple juif, Lefebvre déclara invalide non seulement le concile, mais également tout pape considéré par ses enseignements comme faisant autorité, c’est-à-dire l’ensemble des papes depuis 1965.
Les fragments et les échos de cette scission restent en place aujourd’hui; en effet, la position radicale anti-Vatican II, bien que minuscule, continue d’attirer de nouveaux adhérents et sympathisants. Cela seul peut aider à expliquer pourquoi quinze ans s’écouleront à partir du Concile avant que le lien implicite mais manquant – sous la forme de ce nouveau statut nécessaire pour le peuple juif aujourd’hui, et non des moindres pour les Juifs en terre d’Israël – ne soit forgé officiellement.
Cette étape majeure a été inaugurée par le pape Jean-Paul II à Mayence, en Allemagne, le 17 novembre 1980.

III. Cohéritiers de l’alliance

Comme on le sait, Jean-Paul II a été une force majeure pour faire progresser la relation entre catholiques et juifs. Depuis ses débuts en Pologne, il avait conservé de profondes amitiés personnelles avec les Juifs et connaissait lui-même la profondeur de l’anti-judéité catholique polonaise. À Mayence, devant un auditoire composé du Conseil central des juifs du pays et de la Conférence rabbinique allemande, il a fait le lien qui manquait lors du Concile Vatican II: si les promesses bibliques étaient irrévocables, elles ne s’appliqueraient pas seulement au judaïsme du temps de Jésus mais au judaïsme maintenant.
Ainsi, le pape a parlé explicitement de la relation «entre les églises chrétiennes actuelles et le peuple actuel de l’alliance conclue avec Moïse» (soulignement ajouté): un enseignement qu’il a répété à de nombreuses reprises, de même que ses deux successeurs, le pape Benoît XVI et l’actuel pape François.
L’alliance incassable du peuple juif avec Dieu, proclamée explicitement par Jean-Paul II, serait également réitérée par ses deux successeurs.
Benoît, par exemple, parlant en 2006 à la Grande Synagogue de Rome, a rappelé la relation d’alliance indestructible en ces termes:
« Le peuple d’Israël a été libéré, à maintes reprises des mains de ses ennemis et, en période d’antisémitisme, dans les moments dramatiques de la Shoah, la main du Tout-Puissant l’a soutenu et guidé. La faveur du Dieu de l’alliance l’a toujours accompagné, lui donnant la force de surmonter les épreuves. Votre communauté juive, présente dans la ville de Rome depuis plus de 2 000 ans, peut aussi rendre témoignage à cette attention amoureuse divine. »
En disant cela, le pape Benoît XVI était bien conscient du ravage fait dans la communauté juive romaine par des fascistes italiens, pour la plupart catholiques, pendant la Seconde Guerre mondiale, de concert avec les nazis, qui jouissaient eux-mêmes d’une importante clientèle catholique allemande. Il a également clairement considéré le judaïsme rabbinique et moderne comme une continuité avec le peuple biblique Israël et a affirmé le soutien et la direction de Dieu envers ce peuple si particulier.
Pour sa part, le pape François dans son exhortation apostolique Evangelii Gaudium (2013) loue longuement l’alliance vivante de la communauté juive avec Dieu:
« Nous accordons une attention particulière au peuple juif parce que son alliance avec Dieu n’a jamais été révoquée, car «les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables». L’Église, qui partage avec les Juifs une partie importante de la Sainte Écriture, regarde le peuple de l’alliance et de leur foi comme l’une des racines sacrées de sa propre identité chrétienne. En tant que chrétiens, nous ne pouvons pas considérer le judaïsme comme une religion étrangère. Nous n’incluons pas non plus les Juifs parmi ceux qui sont appelés à se détourner des idoles et à servir le vrai Dieu. Avec eux, nous croyons en l’unique Dieu qui agit dans l’histoire et, avec eux, nous acceptons sa parole révélée. . . . Dieu continue de travailler parmi le peuple de l’Ancienne Alliance et de faire naître des trésors de sagesse qui découlent de sa rencontre avec Sa parole. Pour cette raison, l’Église s’enrichit également lorsqu’elle reçoit les valeurs du judaïsme. »
Parmi les passages d’une signification particulière, l’exemption explicite de François sur les Juifs de la catégorie «ceux qui sont appelés à se détourner des idoles» a signifié pour de nombreux observateurs la fin de l’activité missionnaire catholique chez les Juifs. De toute évidence, le judaïsme ne devait pas être considéré comme une autre «religion» mais comme jouissant, avec le catholicisme en particulier, d’une relation d’alliance active avec «le vrai Dieu».
Lorsque les papes répètent des enseignements, ceux-ci pénètrent lentement dans le sang de l’Église, même s’ils ne sont pas formellement déclarés comme des doctrines contraignantes qui doivent être assumées par tous les catholiques. En ce sens, il ne peut y avoir de retour en arrière. L’Église catholique reconnaît maintenant le peuple juif comme co-héritier de l’alliance à laquelle Dieu reste fidèle.

IV. Un sionisme catholique à part entière

Et ceci nous ramène au cœur du sujet actuel: l’endroit où la théologie, la politique et l’histoire sont inextricablement et inextricablement mêlées. Qu’est-ce que l’histoire que je raconte ici signifie pour le sionisme, c’est-à-dire la promesse faite par Dieu à son peuple concernant le pays d’Israël? Si l’Eglise enseigne maintenant que les Juifs ont une alliance valide, qu’en est-il de cette partie cruciale de cette même alliance?
Cette question recevait une réponse très claire. Le récit le plus ancien peut être vu dans une conversation rapportée entre le pape Pie X et Theodore Herzl en 1904, peu de temps avant la mort prématurée de Herzl.
Pour Pie X, le retour des Juifs sur leur terre n’aurait aucune signification théologique. En réponse à la demande de Herzl de soutenir les aspirations sionistes du Vatican, Pie X répondit: «Nous ne pouvons pas approuver ce mouvement. . . . En tant que chef de l’Église, je ne peux rien vous dire d’autre. Les Juifs n’ont pas reconnu notre Seigneur, nous ne pouvons donc pas reconnaître le peuple juif. »
Lorsque Herzl a évoqué des considérations humanitaires, soulignant que «la détresse des Juifs [européens]» était un projet religieux ou politique plutôt que le sionisme, Pie X a répondu en résumant le point de vue catholique: « Soit les Juifs s’accrochent à leur foi et continuent d’attendre le messie qui, pour nous, est déjà apparu, dans ce cas, ils nieront la divinité de Jésus et nous ne pouvons pas les aider.  Soit ils iront là-bas [en Palestine] sans aucune religion et nous ne pourrons alors que leur être encore moins favorables. . . . La religion juive était le fondement de la nôtre; mais elle a été remplacée par les enseignements du Christ et nous ne pouvons plus lui concéder la moindre validité. »
En bref, le judaïsme était invalide en tant que religion et le sionisme non religieux était invalide en raison de sa laïcité. Je cite les commentaires de Pie X parce que, comme nous l’avons vu, la théologie qui les sous-tend, la théologie résumée dans l’expression «supersessionisme» ou «théologie de remplacement», est elle-même devenue officiellement invalide.
Mais la suppression des présupposés de Pie X et la restauration dans les esprits catholiques d’un statut spécial pour le judaïsme et le peuple juif conduisent-elles à une vision différente de la terre et du sionisme ?
La réponse courte est: pas encore. Les obstacles sur le chemin, externes et internes, sont nombreux.
De nombreux chrétiens du Moyen-Orient continuent de croire que le peuple juif n’est plus «élu» et que les chrétiens ont désormais le statut de «nouvel Israël».
D’une part, la plupart des chrétiens du Moyen-Orient sont hostiles à toute revendication théologique affirmant le don biblique d’Israël et ses devoirs vis-à-vis de la terre. Certains chrétiens arabes palestiniens ont fait valoir qu’accepter une telle demande signifierait que le déplacement et le statut de réfugié d’un grand nombre de leurs propres citoyens pourraient ainsi être considérés comme ayant été voulus par Dieu. Un autre facteur est la conscience aiguë parmi beaucoup de personnes de ce que, si elles exprimaient une telle théologie, leur propre sécurité et celle de leurs communautés vivant parmi les majorités musulmanes seraient encore plus menacées.
Et puis il y a l’impact, encore puissant dans cette partie du monde, de près de deux millénaires d’antisémitisme théologique: en résumé, de nombreux chrétiens du Moyen-Orient croient que le peuple juif, ayant rejeté Jésus, n’est plus «choisi» et que les chrétiens détiennent maintenant le statut de «nouvel Israël», de «peuple de Dieu».
Bien que ce soit l’opinion officiellement condamnée par le Vatican dans Nostra Aetate (1965), l’essentiel du christianisme du Moyen-Orient, comme l’ a écrit Samuel Tadros dans Mosaïque , “A fermement rejeté Nostra Aetate.
Pour sa part, le Vatican cherche toujours à maintenir une pleine communion avec les églises du Moyen-Orient, dont la plupart ne sont ni catholiques ni protestantes, mais qui représentent a contrario certaines des plus anciennes communautés chrétiennes du monde, parmi elles (encore dans les mots de Tadros) : les dizaines d’églises orthodoxes qui ont rompu avec le christianisme européen à la suite des débats théologiques du Veme siècle ou du grand schisme Est-Ouest de 1054“.
Un problème plus difficile, moins reconnu et toujours persistant se situe au sein de l’Église catholique elle-même, sous la forme de ses propres traditions théologiques profondément antijuives. Quel que soit l’enseignement officiel contraire, les idées et les attitudes ayant un long pedigree historique changent rarement du jour au lendemain. Ni en ce qui concerne les promesses de la Bible hébraïque à Israël spécifiquement en ce qui concerne la terre, l’Eglise catholique occidentale n’est elle-même que d’un seul avis. Et pourtant, si les obstacles sont là et ne peuvent pas être espérés, il est essentiel de ne pas perdre de vue les avantages que procurerait un sionisme catholique à part entière.
Avant tout, en articulant et en enseignant son soutien à Israël, l’Église serait fidèle à la vérité qu’elle a reçue – cette fidélité étant, après tout, sa raison d’être , et une raison suffisante en soi. Ensuite, et conformément à cela, 1,313 milliard de catholiques (statistiques de 2017) apprendraient maintenant à leurs chefs spirituels non seulement à reconnaître le statut juridique et diplomatique d’Israël vis-à-vis de l’Église – formalisé dans l’Accord fondamental de 1993 établissant des relations diplomatiques entre Jérusalem et le Saint-Siège – mais chérir Israël dans le cadre du plan de Dieu. En effet, bien que l’accord de 1993 ne soit pas un petit pas, il n’est pas fondé sur une logique théologique, qui est ou devrait être le cœur palpitant de l’Église catholique.
Ce n’est pas tout. Le sionisme catholique gagnerait également pour Israël un allié transnational sans aucun intérêt politique ou commercial dans la région, mis à part la paix et la justice – ainsi que, naturellement, le souci de la sécurité des communautés chrétiennes. À l’heure actuelle, en ce qui concerne la sécurité des communautés chrétiennes au Moyen-Orient, des résultats remarquablement favorables ont été compilés par l’État d’Israël.
Un enseignement explicite signalerait la présence d’un nouveau courtier pour la paix dans la région: un courtier ayant une influence dans une région du monde, y compris en Afrique, où l’influence et la portée de l’Église se développent et un avantage supplémentaire, dans ce contexte, d’avoir constamment défendu les droits des Palestiniens et soutenu juridiquement et diplomatiquement un État palestinien. Un enseignement explicite louant l’existence d’Israël soulignerait ainsi, pour chaque communauté, le souci de l’Église de défendre les intérêts de chacun.
On ignore si les Juifs et l’État d’Israël accepteront un tel développement.
En revanche, la réaction immédiate des Palestiniens et des autres communautés arabes est probablement plus prévisible. Néanmoins, il convient de garder à l’esprit que le soutien jadis automatique des États arabes à la direction palestinienne n’est plus ce qu’il était, ni le degré de soutien populaire palestinien à l’Autorité palestinienne elle-même, sans parler du Hamas. La démographie économique et celle du pouvoir évolue, et elle évolue dans une direction favorable aux perspectives de paix dans la région.
En outre, quels que soient les obstacles empêchant un sionisme catholique de devenir un enseignement explicite et officiel, de manière informelle et implicite, il est déjà sur la voie de cette fin.

V. Les plus gros morceaux du puzzle

Cela nous ramène aux preuves de la croissance du sionisme catholique auxquelles j’ai fait allusion au début: des preuves qui résident non seulement dans des discours post-Vatican II et des déclarations papales du type que j’ai citées, mais aussi dans plusieurs documents officiels dont le cumul, la signification doit encore être reconnue et qui, comme les pièces d’un puzzle 3, doivent être assemblées pour que l’image soit plus claire.
Ici, je vais donner quatre exemples.
– Le premier est Notes sur la manière correcte de présenter les juifs et le judaïsme dans la prédication et la catéchèse dans l’Église catholique romaine (1985), travaux de la Commission des relations religieuses avec les juifs du Vatican. Cette commission a été créée en 1974 pour entretenir des relations positives avec le peuple juif et pour diffuser les enseignements de l’Église catholique concernant ces relations.
Reprenant l’enseignement du pape Jean-Paul II de 1980, qui mettait l’accent sur la continuité d’Israël de la biblique à la rabbinique et à la modernité.
Ces Notes contredisent subtilement la tradition augustinienne selon laquelle l’unique but de la diaspora juive était de servir de témoin universel à la vérité chrétienne.
Il a également reconnu, explicitement, la promesse biblique de la terre d’Israël, notant que «l’histoire d’Israël n’a pas pris fin» avec la conquête et la destruction de Jérusalem par les Romains en l’an 70 de notre ère. Selon ces Notes, cette histoire a continué, surtout dans une diaspora importante qui permettait à Israël de porter dans le monde entier un témoignage – souvent héroïque – et sa fidélité au seul Dieu. . . tout en préservant la mémoire de la terre de leurs ancêtres au cœur de leur espoir (Seder de Pâque).
Cette allusion à l’espoir d’un retour à la terre séculaire, jamais abandonné, est pleine de sens pour l’histoire contemporaine. En outre, la mention du Seder reconnaît une tradition biblique partagée et un point de connexion entre juifs et chrétiens, ce qui conduit à un autre enseignement:
Les chrétiens sont invités à comprendre que cet attachement religieux puise ses racines dans la tradition biblique, sans toutefois se faire une interprétation religieuse particulière de cette relation.
Ce dernier point, qui ne niait ni affirmait une lecture catholique positive des textes pertinents de la Bible hébraïque, était crucial, puisqu’à l’époque, il n’y avait pas eu d’enquête formelle de ces textes par le Vatican et qu’il était donc prématuré de se prononcer.
Cette déclaration viendrait plus tard, comme nous le verrons en 1985, la commission devait se contenter de ceci :
« L’existence de l’État d’Israël et ses options politiques doivent être envisagées non pas dans une perspective en soi religieuse, mais dans leur référence aux principes communs du droit international. »
C’est-à-dire qu’Israël avait légalement le droit d’exister, garanti par le droit international et, en ce sens, était soutenu par l’Église catholique. En apparence, une telle formule semblerait prêter peu, voire pas du tout, à une forme quelconque de sionisme catholique. Mais je dirais que nous avons ici une autre étape dans un enseignement catholique en évolution selon lequel «l’État et ses options politiques» devaient être distingués du «peuple juif et de la terre».
Affirmer théologiquement, «l’État» se serait heurté à deux objections, l’une réelle, l’autre fausse.
Le vrai était que l’Église catholique avait bien du mal à accepter un État «théologiquement», ce qui compromettrait sa neutralité politique inscrite dans le Traité de Latran de 1929. Ou, pour le dire plus familier, endosser un ordre séculier précis irait à l’encontre de l’enseignement de Jésus selon lequel «rendre à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu» (Matthieu 22: 21), c’est-à-dire séparer la politique de religion.
L’objection la plus artificielle de 1985 était qu’affirmer que l’État juif appuierait non seulement le gouvernement israélien siégeant à l’époque, mais également les futurs gouvernements et leurs «options politiques». En tant qu’expression de la prudence catholique, l’inquiétude est peut-être compréhensible, mais l’objection est finalement faible. D’une part, très peu de Juifs eux-mêmes, et peut-être même moins de citoyens juifs d’Israël, accepteraient un tel chèque en blanc. Pour un autre point fort, le peuple juif et la terre d’Israël ne pourraient pas être unis sans une forme de gouvernance, qui aurait pu être reconnue en principe sans l’approbation de décisions prudentielles prises par cette gouvernance.
Mais en 1985, le fait même que le Vatican n’ait toujours pas de relations diplomatiques formelles avec Israël rendait une telle distinction presque impossible.
Plus important encore, en ce qui concerne mon argument en faveur d’un sionisme catholique naissant, cette section des notes de la commission de 1985 indiquait clairement que le maintien du peuple juif dans le pays faisait partie du «dessein de Dieu»; ainsi était répudiée la tradition augustinienne selon laquelle les Juifs ont été punis par dispersion pour servir des buts chrétiens, et (implicitement indiqué) que la dispersion permanente ne faisait pas partie du dessein de Dieu:
La permanence d’Israël (alors que tant d’anciens peuples ont disparu sans laisser de trace) est un fait historique et un signe à interpréter selon le dessein de Dieu. Nous devons en tout cas nous débarrasser de l’idée traditionnelle d’un peuple puni, préservé comme un argument vivant pour l’apologétique chrétienne. Il reste un peuple élu.
Dans les documents catholiques officiels, toute critique d’anciennes traditions théologiques («nous devons en tout cas nous débarrasser de l’idée traditionnelle», etc.) est assez inhabituelle. Il est donc intéressant de noter qu’en 2015, pour célébrer le 50e anniversaire de Nostra Aetate, la même commission produira un document critiquant à nouveau explicitement les traditions qu’elle reconnaît être au cœur de la culture théologique de l’Église: La théorie du remplacement ou supersessionisme a régulièrement gagné en popularité chez de nombreux Pères de l’Église, qui, au moyen âge, ont acquis le fondement du fondement théologique standard de la relation avec le judaïsme.
Venir à critiquer les «pères» et le «moyen âge» n’est peut-être pas si rare dans certains documents protestants; dans les documents catholiques, cela reste encore surprenant – et traduit un autre signe de la force de cette nouvelle tension dans la pensée catholique.
Le deuxième document dans cette même lignée, est une allocution de Jean-Paul II devant un auditoire juif à Brasilia, date de 1991.
Citant Ézéchiel 34:13 sur le rassemblement des exilés, le pape a prié pour le peuple et l’État d’Israël : « Que nos frères et sœurs juifs, conduits «hors des peuples et rassemblés des pays étrangers» et ramenés «dans leur propre pays», dans le pays de leurs ancêtres, puissent y vivre en paix et en sécurité sur les «montagnes d’Israël», gardées par la protection de Dieu, leur vrai berger. »
Les papes ont le pouvoir d’enseigner la vision catholique du monde, et non de ressasser en bons perroquets ce que leurs auditeurs pourraient croire ou souhaiter entendre.
Dans cette déclaration, le pape interprétait un événement historique en 1948 – la création d’un nouvel État – comme un événement théologique, sans en même temps souscrire à ses « options politiques » ou ses actions.
En reconnaissant la signification religieuse du rassemblement du peuple juif sur son territoire, le pape mettait en place un autre morceau du sionisme catholique minimaliste.
Troisième élément: en 1993, comme mentionné précédemment, le Vatican a signé un accord juridique et diplomatique avec Israël, comme il l’a fait avec de nombreux pays avant et après. L’accord de 1993, une sorte de traîté, a immédiatement suivi les accords de paix de 1993 signés à Washington par Yitzḥak Rabin et Yaser Arafat. Le Vatican avait l’intention de conclure un accord similaire avec les Palestiniens, mais l’émergence de l’Autorité palestinienne et la profonde tourmente qui régnait au sein et autour de ses dirigeants ont retardé cette affaire de plusieurs années.
Notez, toutefois, les fondements théologiques discrets du préambule de l’accord de 1993 avec Israël, qui affirme la dimension religieuse englobante des relations entre catholiques et juifs: conscients de la nature unique des relations entre l’Église catholique et le peuple juif et du processus historique de réconciliation et de développement de la compréhension mutuelle et de l’amitié entre catholiques et juifs. . . Un tel langage comme ne se trouve dans aucun autre accord diplomatique du Vatican.
Dans l’édition de Notes de 1985, le Vatican avait voulu séparer « le peuple juif » de « l’État ». Ici, huit ans plus tard seulement, il reconnaissait que cette séparation n’était ni tout à fait possible ni souhaitable. Mgr. Claudio Maria Celli, sous-secrétaire aux affaires étrangères, a fait remarquer dans son discours officiel que l’accord devait être «reconnu comme revêtant une signification religieuse et spirituelle fondamentale – non seulement pour le Saint-Siège et l’État d’Israël, mais également pour des millions de personnes», pour des millions de catholiques et de juifs – «à travers le monde».
Le quatrième morceau du puzzle s’est mis en place avec Les Écritures juives dans la Bible chrétienne, rapport de 2001 de la Commission biblique pontificale.
Cette commission est composée d’experts bibliques et est présidée par le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui était alors cardinal Joseph Ratzinger (futur pape Benoît XVI).
Dans les articles 56 à 57, deux changements cruciaux ont été réalisés. Premièrement, la commission a déclaré que le Nouveau Testament n’invalidait pas les promesses spécifiques faites au peuple juif concernant la terre d’Israël. Il a reconnu que dans certains domaines de la théologie, tels que l’arrivée du messie juif, il existait des différences irréconciliables entre les deux communautés. Mais il était très clair que beaucoup de ces différences découlaient de différents points de départ interprétatifs, et non de la cécité, de l’obstination ou d’autres caractéristiques présumées historiquement imputées au peuple juif.
Deuxièmement, la commission a estimé que les promesses faites sur la terre par la bible hébraïque étaient durables – tout comme la nature de toutes les promesses de Dieu – tout en dépendant du comportement moral et religieux du peuple destiné à devenir une lumière pour les nations. Il a toutefois reconnu que la mise au point de la vocation des gens à l’intérieur du pays prendrait inévitablement du temps et serait semée d’embûches. Comme en témoigne la Bible, cela n’a jamais été un processus immédiat ou linéaire. Enfin, il abordait la question de la stipulation biblique aux Israélites entrant dans le pays pour détruire les ennemis qui y résidaient. Tout en critiquant en principe la violence agressive liée à des objectifs religieux, la commission a lié cet enseignement à son contexte historique.
Le mandat de la Commission biblique était limité à la lecture de textes bibliques. Il n’a pas été demandé d’appliquer ces textes à l’histoire moderne, et surtout pas aux événements de 1948 qui ont entouré l’émergence d’Israël en tant qu’État indépendant. Mais dans les faits, la commission a fourni les bases bibliques qui manquaient dans les perspectives précédentes et qui soutenaient un enseignement sioniste émergeant, et a ainsi donné un poids essentiel à toute position catholique en la matière.

VI. Est-ce que l’Église va le dire à haute voix?

Réunissez ces quatre parties du puzzle et vous obtenez la base du sionisme catholique.
On peut le réunir, et c’est là pour être fait, et cela peut être fait de manière persuasive.
La forme catholique du sionisme sera-t-elle enseignée publiquement par l’Église?
Je pense que ce sera le cas.
Les catholiques doivent examiner leur histoire et se demander s’ils doivent choisir le silence ou plutôt être fidèles à la vérité biblique, aux promesses faites à Israël. La seule question est de savoir quand cela pourrait arriver.
Alors laissez-moi finir sur cette prédiction.
Si le différend israélo-palestinien devait être résolu demain, avec l’accord total des deux parties et avec le soutien international, je pense que le sionisme catholique officiel émergerait assez rapidement.
En 1964-1965, les forces déployées contre le fait que l’Église catholique parle positivement du peuple juif semblaient destinées à empêcher quoi que ce soit comme la rédaction et la promulgtion de Nostra Aetate .
L’Église catholique a trouvé un moyen d’aller de l’avant; elle pourrait le faire encore.
Après tout, les catholiques croient officiellement aux miracles.

 Signature : Gavin D’Costa 4


NDLR : Cet article n’est rien d’autre que l’aboutissement des Infiltrations ennemies dans l’Eglise telles que les décrivaient déjà Henry Coston dans son ouvrage éponyme paru en 1970. En effet, l’article de Léon de Poncins reproduit dans le livre de Henry Coston décrit très précisément les manœuvres du B’naï B’rith et du Congrès juif mondial au sein du Vatican afin d’obtenir « le redressement et la purification de l’enseignement chrétien vis-à-vis du judaïsme » par les personnes de Jules Isaac, Label Katz (président du BB) et Nahum Goldmann (président du Congrès juif mondial). Ces manigances visaient essentiellement à en finir avec les évangélistes et leur prétendu antisémitisme et avec les Pères de l’Eglise saint Augustin et saint Jean Chrysostome en premier lieu et furent couronnées de succès avec le concile Vatican II qui se plia aux exigences d’Isaac et Goldmann au point de modifier la liturgie et de renier les propos de deux des plus grands pères de l’Eglise.
Rappelons les paroles de Joshe Yehouda, un des maîtres de la pensée juive contemporaine qui considère que « notre monothéisme est un faux monothéisme, une imitation bâtarde et falsifiée du seul vrai monothéisme, le monothéisme hébreu » et celles de Benamozegh, autre gloire de la pensée juive contemporaine : « La religion chrétienne est une fausse religion, soi-disant divine. Il n’y a pour elle qu’une voie de salut, revenir à Israël. »Finalement, nous voyons s’accomplir le but ultime de la pensée talmudique pour laquelle la fin des temps interviendra, comme le dit Maïmonide, lorsque « toutes les nations retourneront à la vraie religion » (Mishné Torah, Hilkhot Melakim, chap. 12), c’est-à-dire lorsque tous les peuples se seront convertis au judaïsme. Les protestants ont montré la voie, l’Eglise conciliaire suit le même chemin et finira par rejeter le Christ au profit du Veau d’Or.
Mais que les vrais chrétiens se rassurent et que les ennemis des Evangiles soient inquiets, la Tradition catholique veille.


 Le dessin de la couverture est extrait de la brochure publiée aux Etats-Unis par Militants Servants of our Lady of Fatima.

  1. Le juge Louis Brandeis est le premier juriste juif américain nommé à la Cour Suprême par le président Wilson, à la suite d’un chantage exercé par son ex maîtresse madame Peck qui voulait lui soutirer de l’argent en l’échange de ses lettres qu’elle voulait vendre pour couvrir les déboires financiers de son fils. Elle exigeait 250 000 $, somme dont Wilson ne disposait pas… Mais cette affaire fut miraculeusement réglée par un avocat, maître Untermayer, dépêché tout exprès, qui déclara sans ambages au président Wilson : « Si vous vous arranger pour nommer Louis Brandeis comme juge à la Cour Suprême, je m’arrangerai pour faire régler par des amis à moi cette pénible affaire ». Brandeis nommé en 1916 règnera sur la Cour Suprême jusqu’en février 1939… Son neveu, le professeur de droit Felix Franfurter, sera nommé alors pour le remplacer. L’un comme l’autre, avec le financier Baruch, surveilleront étroitement le nouveau président Franklin Roosevelt tant à travers le New Deal que la nouvelle politique étrangère américaine. Frankfurter était ami intime du juif sioniste britannique Harold Laski marxiste ardent, militant de la décolonisation indienne, inspirateur de Nehru. Stalinien fanatique, Laski jouera un rôle déterminant dans le rapprochement de Churchill avec Staline, tandis que Frankfurter assurait le même rôle auprès de Roosevelt,  – Curtis Dale «Franklin D. Roosevelt –  Comment mon beau père a été manipulé » – Ed.Sigest-2015 – P.189 & P. 98 – 99.
  2. C’est toute la question de la nature actuelle du judaïsme qui est soigneusement éludée, avec une extraordinaire mauvaise foi, par l’auteur. Il est évident que le rabbinisme talmudique tel qu’il s’est construit et tel qu’il est pratiqué aujourd’hui n’a absolument plus rien à voir avec la religion mosaïque évoquée au temps du Christ. C’est l’erreur au Concile que d’avoir laissé planer un « flou artistique » sur cette question, porte ouverte à tous les abus. On ne peut que déplorer les positions extrémistes attribuées ensuite ici à Jean Paul II et Benoît XVI en la matière : la question de fond n’est pas la continuité « judéo-chrétienne » du judaïsme au christianisme, mais bien la continuité intra-judaïque du mosaïsme au talmudisme.
  3. Etrange constatation chez un supposé spécialiste des religions: Samuel Tadros confond – ou mélange à dessin dans une même ignorance, les églises primitives, issues et séparées lors des premiers conciles ( arméniens, coptes, guèzes, chaldéens, syriaques, etc.) et les orthodoxes ! Il avait effectivement déjà commis dans Mosaic un article pour le moins partial concernant les rapports entre Israël et les communautés chrétiennes orientales de Palestine https://mosaicmagazine.com/observation/politics-current-affairs/2018/11/middle-eastern-christians-are-under-threat-how-do-they-feel-about-jews-and-israel/
    Travaillant sur la liberté de religion Tadros est membre du Think tank Hudson Institute, laboratoire d’idées politiques fondé par le futurologue juif Herman Kahn qui inspira – dit-on – à Stanley Kubrick le personnage du Dr Folamour ! (Avec de telles références, on peut s’interroger sur le sérieux de site MosaIc et sur monsieur Tadros !)
  4. Gavin D’Costa est professeur de théologie catholique à l’Université de Bristol (Royaume-Uni). Il est conseiller auprès de la Conférence des évêques catholiques d’Angleterre et du pays de Galles et auprès du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux au Vatican. Son dernier ouvrage, Doctrines catholiques sur le peuple juif après le Concile Vatican II, paraîtra cette année chez Oxford University Press.

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