Chapitre 4 : Comment Candid.e.s rencontra son ancien maître de science politique, le docteur Mélonche, et ce qu ‘il en advint.

dans Le feuilleton

Candid.e.s, plus ému de compassion que d’horreur, donna au misérable gueux le peu d’argent que lui avait donné le bon Fasciste. Le fantôme le regarda fixement en versant des larmes et sauta à son cou. Candid.e.s recule, effrayé ! « Hélas ! dit le misérable, ne reconnaissez-vous point votre cher Mélonche? -Qu’entends-je ? Vous mon cher Maître ! Dans ce état horrible ! Que vous est-il donc arrivé ?  Pourquoi n’êtes-vous plus dans la plus admirable Scène Nationale du monde ? Qu’est devenue Mademoiselle Lou, chef-d’oeuvre de la nature et de la bien-pensance ? »

Rédaction NSP
Docteur Heinrich

« Elle est morte, dit Mélonche. » Candid.e.s s’évanouit à ce mot. Son ami rappela ses sens avec quelques torgnoles bien placées .
Candid.e.s rouvre les yeux : « Comment ! Morte ! Ah ! Admirable Scène Nationale, où es-tu ? Merveilleusement bien-pensante bobospère, qu’es-tu devenue ? Lou, morte ! Mais de quoi est-elle morte ? Ne serait-ce pas de chagrin après m’avoir vu chassé de la plus admirable Scène Nationale du monde ? 
– Non, dit Mélonche, elle a été éventrée par des mahométans non sans avoir été violée autant que l’on peut par ces mêmes guerriers de l’antiracisme ; ils ont cassé la tête à Monsieur le Directeur et découpé en morceaux Madame la Directrice. Quant à la Scène Nationale, elle existe toujours mais elle a été transformée en madrassa, ce qui finalement ne constitue pas un bien grand changement. »

A ces mots, Candid.e.s s’évanouit de nouveau. Revenu à lui, il s’enquit de la raison de l’état lamentable du docteur Mélonche.
« Hélas ! C’est l’amour : l’amour, le consolateur du genre humain, le conservateur de l’univers, l’âme de tous les êtres sensibles, le tendre amour qui est la cause de mon état.
– Hélas, dit Candide, je l’ai connu cet amour, ce soleil des âmes et il ne m’a valu qu’un coup de pied au cul. Comment cette belle cause a-t-elle pu produire chez vous un effet si abominable ? »

Mélonche répondit en ces termes :
«  Ah mon cher Candid.e.s. Vous avez connu la jeune secrétaire de Monsieur le Directeur . J’ai connu dans ces bras les délices du paradis qui ont produit chez moi les tourments infernaux de la petite vérole. Elle en était infectée. Elle la tenait naturellement de Monsieur le Directeur qui l’avait eue d’une attachée au ministère de la culture qui la tenait d’un chanteur membre du peuple élu qui la tenait lui-même d’une ex-épouse de Sérénissime Président qui l’avait eue d’un rappeur de banlieue qui l’avait lui-même attrapée auprès d’un célèbre magnat de la presse pédéraste qui l’avait obtenue du fondateur d’une association humanitaire. Pour moi, je ne la donnerai à personne car je me meurs.
– Ô Mélonche ! Que voilà une étrange généalogie ! N’est-ce pas le diable qui en fut la souche ?

– Point du tout, répliqua le grand homme. C’était une chose indispensable dans l’admirable monde de la diversité car l’existence de cette maladie démontre parfaitement le bien-fondé du vivre-ensemble puisqu’elle se partage très facilement et en toute fraternité dans tous les milieux. La petite vérole, c’est la fin de la lutte des classes !

-Voilà qui est admirable ! dit Candide, mais il faut vous guérir.

Et comment le puis-je ? Je n’ai pas un radis et notre admirable Sécurité Sociale si favorable à l’étranger est bien loin de ce pays. Comme vous le savez, en Hollande, on ne peut prendre un lavement ou un vomitif sans payer son écot à la privatisation.

Ce dernier discours détermina Candid.e.s. Il alla se jeter aux pieds du bon Jo le Fasciste et le supplia d’aider le misérable docteur. Jo le Fasciste, ému par la peinture si touchante de tant de malheurs, recueillit le pauvre Mélonche, et bien que celui-ci ne soit qu’un gauchiste, il le fit soigner à ses dépens et, comme le malheureux était fort savant, il en fit son agent de voyage car il avait l’intention de quitter la Batave humaniste pour se rendre en Nongria. Mélonche lui expliqua que ce déménagement serait une erreur et qu’il n’en retirerait aucun profit. Jo le Fasciste n’était point de cet avis. Il démontra à Mélonche et Candid.e.s que la Nongria était un pays extraordinaire où la diversité n’existait pas et où le vivre-ensemble consistait , pour l’étranger, à avoir plus de devoirs que de droits. Horrifié, mais cependant curieux et désireux de démontrer à Jo le Fasciste qu’il avait tort et que la Nongria était pire que l’enfer, Mélonche organisa le voyage.

Ils embarquèrent donc dans le premier train pour Budarapest, capitale de la Nongria. A peine étaient-ils installés dans un confortable wagon qu’un groupe de messieurs fort amènes, barbus et vêtus de robes blanches prirent possession du couloir pour y réciter des incantations à leur dieu.

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