Chapitre 16 : ce qui advint aux voyageurs avec deux filles, deux rappeurs et les sauvages nommés Blédards

dans Le feuilleton

Cacambo-bette avait suivi son ami Candid.e.s dans l’aventure et commençait lui aussi à se sentir devenir un homme. Leur navire accosta pour une courte escale dans une île charmante nommée Île des Cités.

Rédaction NSP
DOCTEUR HEINRICH

Cacambo-bette enfin redevenu Cacambo avait pris la précaution d’emmener du vin, du pain et du jambon et il proposa à Candid.e.s de se restaurer. « Hélas, dit le malheureux jeune homme, comment veux-tu que je mange du jambon alors que je viens de tuer le frère de ma chère Mademoiselle Lou et je suis sans doute condamné à ne jamais revoir de ma vie ma chère Mademoiselle Lou. Et d’ailleurs, est-il halal ton jambon ? Car pour bien faire, il ne faudrait pas qu’un malheureux mahométan passant auprès du lieu de notre pique-nique aperçoive par le plus grand des hasards une tranche fatidique et soit choqué au point d’en appeler aux ligues de vertu. Penses-tu à toutes les conséquences de nos actes et à ce qu’en dira la télévision macronienne ? »

En parlant ainsi, il ne laissa pas cependant de manger. Le soir tombait et le soleil flamboyait au-delà des grandes tours construites sur l’île charmante. Une douce odeur de pneu brûlé imprégnait l’atmosphère. Les deux amis entendirent des petits cris qui paraissaient pousser par des gorges de femmes. Il ne savaient pas si ces cris étaient de joie ou de douleur mais ils se levèrent précipitamment avec cette inquiétude qu’inspire tout voyage en terre inconnue. Ces clameurs partaient de deux filles toutes nues qui couraient sur les pelouses pelées au pied des grandes tours poursuivies par deux rappeurs qui tentaient de leur mordre les fesses. Candide fut touché de pitié. Il avait appris à tirer au Persisistan et il aurait abattu un grain de quinoa bio sans toucher un paquet de farine sans gluten au supermarché Biobobo. Il prend son fusil, tire et tue les deux rappeurs.

« Dieu soit loué, mon cher Cacambo, j’ai délivré ces deux pauvres créatures d’un grand péril. Si j’ai commis un bien grand crime en tuant un Grand Imam et un Franc-maçon, je l’ai bien rattrapé en sauvant la vie à deux filles. »

Mais sa langue devint percluse lorsqu’il vit les deux filles embrasser tendrement les deux rappeurs et fondre en larmes sur leurs corps et remplir l’air des cris les plus douloureux. « Je ne m’attendais pas à tant de bonté d’âme et je ne pensais pas que le pas d’amalgame puisse aller à de telles extrémités » dit-il enfin à Cacambo.
Celui répliqua : « Cher ami, vous avez fait là un beau chef-d’oeuvre et vous avez tué les amants de ces demoiselles.
– Leurs amants ? Comment est-ce possible ? Et le moyen de vous croire ?
– Mon cher Candid.e.s, vous êtes toujours étonné de tout . Pourquoi trouvez-vous étrange que dans les Cités, il y ait des rappeurs qui obtiennent les hommages de ces dames ? Ils sont presque des hommes malgré leurs origines congoïdes et portent fort beau avec leurs chaînes en or et leurs casquettes de marque. »
« Hélas ! dit Candid.e.s, je me souviens avoir entendu dire à Maître Mélonche qu’il valait mieux être un rappeur congoïde plutôt qu’un mâle blanc pour obtenir les faveurs des dames mais je prenais cela pour une fable. -Vous devez en être convaincu maintenant, répondit Cacambo et nous devons fuir d’ici au plus vite car il est à craindre que ces dames ameutent toute la Cité de leurs larmes et que l’on nous fasse un mauvais sort. »

Ils s’enfuirent aussitôt pour se cacher en quelque cave sombre des grandes tours de l’île des Cités et , épuisés, s’endormirent sur le sol en béton. A leur réveil ils sentirent qu’ils ne pouvaient remuer. La raison en était que les dames les avaient dénoncés aux autres rappeurs de la Cité et que ceux-ci les avaient proprement garrottés avec des fils électriques. Ils étaient entourés d’une cinquantaine de Blédards, vêtus de survêtements mous qui laissaient apparaître leurs caleçons griffés et de casquettes gigantesques portées à l’envers. Les uns entassaient des pneus et d’autres apportaient des bouteilles d’essence et tous criaient : « Ce sont des francs-maçons, ce sont des francs-maçons, ce n’est pas haram, brûlons-les ! »

« Je vous l’avais bien dit, disait tristement Cacambo, que ces deux filles nous joueraient un mauvais tour. » « Nous allons certainement être brûlés vifs au nom du Grand Prophète, répondit Candid.e.s ! A que dirait Maître Mélonche s’il voyait de quelle nature est faite la diversité ? » «  Il dirait que c’est de notre faute car nous avons choqué les pratiques culturelles de ces braves blédards et en cela, cher ami, votre merveilleux Maître Mélonche serait le dernier des imbéciles. »  Candid.e.s, outré d’entendre son Maître Mélonche insulté de la sorte ouvrit la bouche pour parler mais Cacambo prit la parole : « Taisez-vous et lâchez-nous avec votre stupide diversité. Je vais leur parler, laissez-moi faire. »

«  Messieurs, dit Cacambo en s’adressant aux Blédards, vous allez donc nous brûler vifs. Rien n’est plus juste que de faire subir un tel sort à ses ennemis.  En effet, le droit naturel nous enseigne à tuer notre prochain et c’est ainsi qu’on en use sur toute la terre. Mais messieurs, vous ne voudriez pas brûler vifs vos amis. Vous croyez mettre un franc-maçon au bûcher et c’est votre défenseur, l’ennemi de vos ennemis que vous allez rôtir. Car l’essence même de la franc-maçonnerie est de favoriser votre ascension et la chute de l’homme blanc que vous exécrez tant . Elle n’a de cesse de soutenir vos frères contre l’ordre moral et les vertus nationales. Elle promeut le rap le plus vulgaire au nom de la liberté d’expression. Enfin, elle agrandit vos rangs par l’afflux de nombre de vos coreligionnaires dont elle encourage la venue dans toutes les cités de Macronie. Et vous voudriez faire rôtir les plus sûrs de vos amis ? Soyons tous frères et faisons plutôt griller des merguez halal sur ce joli feu de joie que vous avez préparé et dégustons-les ensemble avant d’honorer d’une bonne tournante les jeunes filles mal voilées que nous vous aiderons à attraper.  Vous connaissez bien les règles du droit dans les cités pour nous faire grâce de la vie. »

Les Blédards trouvèrent ce discours très raisonnable ; ils députèrent deux des leurs qui savaient lire pour aller vérifier dans un journal de Macronie la véracité des dires de Cacambo sur les buts de la Franc-Maçonnerie. Ceux-ci s’acquittèrent de leur mission en gens d’esprit et revinrent bientôt apporter de bonnes nouvelles. Les Blédards délièrent les deux prisonniers, leur firent toutes sortes de civilité, leur offrirent même une casquette géante qu’ils purent porter lors de la tournante organisée en leur honneur. Ils les reconduisirent enfin au port de l’île des Cités où les attendaient leur navire aux cris de « Vive la Franc-Maçonnerie ! ».

Candid.e.s ne se lassait pas d’admirer le sujet de sa délivrance : « Quel peuple ! Quelles moeurs ! Quels hommes ! Quels crétins ! N’importe quel mensonge suffit à leur faire retourner leur survêtement ! »

« Détrompez-vous cher ami, répondit Cacambo, je n’ai menti en rien, j’ai dit la vérité au sujet de la Franc-Maçonnerie. N’oubliez pas que je fus Vénérable Maître. J’ai maintenant reconnu mon erreur mais mes connaissances nous ont sauvé la vie. »

Sur ces belles paroles, le navire s’ébranla vers la Nongria.

Tags:

Derniers articles Le feuilleton

Haut De Page