Claude Lanzmann : « l’homme qui a inventé la shoah »

dans Réflexions & Histoire

A peine les portes du panthéon s’étaient-elles refermées sur les dépouilles du couple Veil que les rédactions vrombirent d’une si importante nouvelle que même la coupe du monde de football s’en est trouvée un instant éclipsée : la mort de Claude Lanzmann !

Rédaction NSP
Claude Timmerman

Issue de familles juives immigrées en France à la fin du XIX ème siècle, Claude Lanzmann est d’origine biélorusse et lettone du côté paternel et de Bessarabie du côté maternel (Grobermann).
Son père est mobilisé dans l’infanterie durant la guerre et sera gazé à Ypres.
Ses parents deviennent antiquaires-brocanteurs et se spécialisent dans la fourniture des accessoires pour les studios du cinéma américain, industrie en plein essor dans l’après-guerre
Claude naît en 1925 à Bois-Colombe, mais à la suite du divorce de ses parents en 1934, il part avec son père, son frère Jacques et sa sœur Evelyne à Brioude jusqu’en 1938, d’où la famille revient à Paris temporairement.
(Sa mère a quitté sa famille par amour pour le poète serbe Monny de Boully et sera sauvée avec lui des griffes de la Gestapo en 1943 par le poète et commissaire de police résistant Jean Rousselot.)
En octobre 1939, le père étant mobilisé comme « affecté spécial » de la défense nationale à Brioude, la famille Lanzmann retourne donc en Auvergne. Claude y poursuit ses études et sera admis comme interne en hypokhâgne au Lycée Blaise Pascal de Clermont-Ferrand à la rentrée 1943.

Un trimestre de Résistance …

Bercé par le marxisme, il devient rapidement membre des Jeunesses communistes et, enrôlé dans la résistance, il participera l’été 44 à diverses opérations locales dont les combats du Mont Mouchet face à des bataillons azéris des Légions de l’Est (volontaires supplétifs de l’armée allemande originaires de territoires occupés par les soviétiques). Une résistance qui aura duré à peine plus d’un trimestre.
Après la Libération, Claude Lanzmann revient vivre à Paris où il retrouve sa mère et Monny de Boully, et est admis en janvier 1945 en khâgne au lycée Louis-le-Grand. Il y encontre Jean Cau, avec qui il se noue d’amitié. Ayant échoué au concours d’entrée à l’École normale supérieure, il s’inscrira en licence de philosophie à la Sorbonne.

Sur les conseils de Michel Tournier, il ira étudier la philosophie à l’université Eberhard Karl de Tübingen, et en 1948, il obtiendra un poste de lecteur à l’université libre de Berlin, en secteur américain, ce qui n’est pas du moins paradoxal pour un stalinien déjà fanatique…
Fasciné par l’ouvrage de Sartre « Réflexions sur la question juive » dont il estime que « les conclusions doivent être dépassées », il s’enflamme pour le sionisme et pour Israël. Il fonde un « séminaire sur l’antisémitisme » et pour dénoncer la « faiblesse de la dénazification » au sein de l’université allemande, il publie en 1949 deux articles dans le Berliner Zeitung (journal de la RDA!) ce qui lui vaut aussitôt de se faire renvoyer de l’université …
Rentré en France il devient pigiste pour France Dimanche, Elle et France – Soir, et finit par publier en 1951 dans Le Monde une série d’articles à la gloire de la RDA, articles qui lui avaient été refusés partout : « L’Allemagne derrière le rideau de fer ».

Ces articles sont remarqués par Jean-Paul Sartre qui le fait entrer  sa revue Les Temps Modernes  qu’il a cofondé en 1945 avec Simone de Beauvoir … Celle-ci, se remettant mal alors d’une première rupture avec l’écrivain juif américain Nelson Ahlgren Abraham – qui restera le grand amour de sa vie quoi qu’en disent ceux qui parlent encore du « couple mythique Sartre/Beauvoir » 1  – jouant à la cougar avant que ce ne soit la mode, se consolera temporairement dans les bras de Claude Lanzmann : « La présence de Lanzmann auprès de moi me délivra de mon âge ».
Cela durera  durant six ans et il sera le seul homme avec lequel elle aura durablement cohabité … Après la mort de Simone de Beauvoir en 1986, Lanzmann reprendra la direction des  Temps Modernes

  1. Nelson Alhgren – qui entretint une relation torride avec Simone de Beauvoir, rencontrée en 1947, durant plus de quinze ans – ne supportait pas le ménage à trois avec Sartre… Apparemment il fut plus accommodant avec Lanzmann… Bien que violemment hostile au mariage, la grande féministe Simone de Beauvoir ne quittera jamais l’anneau d’argent aux motifs incas qu’Alhgren lui avait symboliquement passé au doigt lors de leur première rencontre, et elle se fit enterrer avec … aux côtés de Jean Paul Sartre !
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