De plus en plus de banquiers millionnaires

dans Tour d'horizon

Si le quidam moyen craint pour son épargne et peine à dénicher des placements susceptibles, après prélèvements sociaux et impôts, d’au moins préserver ses économies voire de lui laisser une maigre plus-value, la banque ne fait pourtant pas que des perdants. Connait-on beaucoup de professions dans lesquelles le nombre de millionnaires a crû de 41,7% en moins de dix ans ? Sans doute pas, mais c’est pourtant le cas des banquiers dont l’Autorité bancaire européenne mentionne qu’ils sont aujourd’hui 4 859 à dépasser le million d’euros de revenu annuel.


Rédaction NSP
Arnaud Raffard de Brienne

Rien qu’entre 2016 et 2017, leur nombre a augmenté de 5,7%. Sur la première marche du podium, sans surprise, le Royaume-Uni, avec 3 567 dirigeants bancaires millionnaires, devance très largement l’Allemagne et la France qui n’en comptent respectivement « que » 390 et 233. La banque britannique HSBC compte à elle seule 376 banquiers dépassant annuellement le million. De quoi sans doute faire rêver Hervé Falciani, le courageux lanceur d’alerte, ex-informaticien de HSBC Suisse, marginalisé, traqué, arrêté, harcelé judiciairement et ruiné pour avoir été à l’origine du scandale des Swissleaks dénonçant l’énorme système d’évasion fiscale européen piloté par HSBC Genève. Sinon, rien que pour la BNP, la Société générale et Natixis, ce ne sont pas moins d’une centaine de dirigeants qui émargent à plus d’un million d’euros par an.

Le monde bancaire avait d’ailleurs bénéficié des attentions du tout nouveau président de la république, en 2017, lorsque Emmanuel Macron s’était empressé, dès son élection, de supprimer la taxe portant sur la dernière tranche des salaires des banquiers et assureurs. Il s’agissait alors de favoriser l’exode des banquiers de la City vers la France, conséquence inévitable imaginait-on en haut lieu du Brexit. Mais l’exode n’eut pas lieu et le Royaume-Uni, nonobstant les conjectures alarmistes des gardiens de l’orthodoxie européiste, semble bien loin de connaître la catastrophe annoncée.

La grande fragilité du système bancaire

Cette génération spontanée de dirigeants de banque millionnaires peut paraitre paradoxale si l’on a en mémoire le renflouement massif des banques par l’argent public après la crise financière de 2007 et, pour demeurer dans l’actualité, la problématique perte de rentabilité des banques de détail affectées par les taux bas imposés par la Banque centrale européenne, l’inexorable érosion de l’épargne des classes moyennes et la fragilité du système bancaire tout entier à la merci, au moindre mouvement de panique, de retraits massifs de liquidités des déposants.

Sans parler des dizaines de milliers de suppression d’emplois en cours et à venir, conséquence directe d’une digitalisation accélérée du secteur.


Article publié initialement dans le journal Présent.