Edouard Dhorme (1881 – 1966)

dans Réflexions & Histoire

Exégète et assyriologue. – Dominicain sous le nom de Paul Dhorme, membre puis directeur de l’École biblique de Jérusalem (1904-1931), réduit à l’état laïc en 1931. – Directeur d’études à l’École pratique des hautes études (1933-1951), professeur au Collège de France (1945-1951), membre de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres (élu en 1946).


Rédaction NSP
                                                                                                       Claude Timmerman

Édouard Dhorme naît à Armentières dans le nord de la France en 1881, fils de Louis Dhorme, artisan menuisier, et de Persévérance Leplus, cabaretière. Orphelin, il est confié au frère de son père, typographe à Armentières, qui lui fait faire ses études au séminaire…
Titulaire du bac il est envoyé en 1899 à Jérusalem au Couvent des Dominicains de Saint Étienne pour étudier à l’École Biblique de Jérusalem récemment créée par les Dominicains (et dirigée par le père Lagrange qui lui enseignera les langues anciennes dont l’hébreu et l’assyrien).
Il est ordonné prêtre en 1904 à Jérusalem (dans l’ordre des Frères Prêcheurs – Dominicains) où il prend en religion le nom de Paul.
Parmi ses premiers travaux effectués sous la direction du père Lagrange, on peut noter la traduction du code d’Hammourabi rédigé en cunéiforme. Pendant cette première partie de carrière, il s’intéressa aux écritures anciennes, à l’histoire de cette région et des religions qui s’y trouvent, enseignant l’assyrien et l’hébreu.
Le père Lagrange – ayant mis à l’honneur la recherche biblique sur la base de la méthode historico-critique – est très sévèrement jugé par le Vatican car plusieurs ordres et instances religieuses s’en émeuvent.

Blâmes

Soupçonné de modernisme et de rationalisme, il reçoit des interdictions de publication et des blâmes, en 1907 puis en 1911.
Il demeurera selon la formule consacrée « humblement soumis » et sa méthode est finalement condamnée par l’encyclique Spiritus Paraclitus du pape Benoît XV en 1920.
Le père Lagrange, relevé de ses fonctions, revient en France et se consacre à ses analyses des évangiles… (Il devra reprendre la direction de l’École en 1931 mais sa santé déficiente l’obligera à revenir en 1935 à Saint-Maximin)
L’Académie des inscriptions et belles-lettres projetant de créer une école archéologique à Jérusalem, constate que l’École biblique a précisément les compétences pour tenir ce nouveau rôle.
L’École devient « École archéologique française » en 1920 et prend le nom d’« École biblique et archéologique française », plus connue classiquement sous le nom de « Ecole biblique de Jérusalem ».
Le Père Paul Dhorme prend la direction de l’École et de la Revue à partir de 1923.
À partir de 1929, date de la découverte des écritures cunéiformes alphabétiques de Ras-Shamra (écriture alors inconnue), il se passionne pour en rechercher le déchiffrement. Engagé dans une course effrénée avec son rival, l’allemand Hans Bauer, il en publiera finalement le premier une traduction aboutie en 1931.
Il se consacrera parallèlement à une traduction littérale rigoureuse de la bible notamment en respectant les divers noms qui y sont donnés à Dieu. Traduction qui sera publiée en 1956.
Dhorme soutient et publie que le terme, « Dieu », est une convention traduisant (mal) le mot Elohim, qui s’écrit אלוהים en hébreu, et qui est… un pluriel, celui de Eloha, en hébreu אלוה !
Ces travaux entraînent, comme au temps de Lagrange, des réactions violentes à Rome, ce qui amène Dhorme à envisager… de quitter les Ordres !
On rapporte qu’il déclara à son cousin le couturier Marcel Dhorme : « que ses motivations de quitter les Ordres étaient d’avoir plus de libertés pour progresser dans sa carrière et dans son travail sur les écritures anciennes, ajoutant qu’il était monté trop haut dans le savoir, et qu’il ne pouvait plus enseigner ce en quoi il ne croyait plus ». Il quitte alors précipitamment l’Ecole biblique de Jérusalem en 1931.

Excommunié

Convoqué par le pape Pie XI, Dhorme ne sera « ni humble ni soumis » et refusera de revenir sur ses thèses, arguant même que « l’état ecclésiastique devenait un handicap pour ses recherches ».
Il sera aussitôt (le temps des procédures) réduit à l’état laïc, puis excommunié… Il continuera pourtant à fréquenter les églises et à assister à la messe jusqu’à sa mort. (Le père Lagrange rappelé en urgence à Jérusalem reprendra momentanément la direction de l’Ecole Biblique, jusqu’en 1935.)
Redevenu monsieur Edouard Dhorme, il épouse en 1932 la riche veuve Maria Françoise Lepoint dite « Mya » (rencontrée en 1930 sur un bateau en allant en Egypte) puis, devenu veuf à la fin de la guerre, il épousera en 1948, en seconde noce la gouvernante de Mya, qui était restée auprès de lui après le décès de sa femme : Jeanne Rolland.
Il enseigne l’histoire des religions, l’hébreu et les langues anciennes du Moyen-Orient, d’abord à Lyon, puis à Paris à la Sorbonne. Il enseigne également à l’École Pratique des Hautes Études de Paris. Il soutiendra une thèse de doctorat en 1937 à la faculté des Lettres de Paris sur « La littérature babylonienne et assyrienne et La religion des Hébreux nomades. » Il est nommé professeur au Collège de France en 1945 à la chaire de Philologie et d’archéologie assyro-babylonienne. Il est reçu Membre de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres en 1946. Il prend sa retraite en 1951. Il meurt en 1966. Jeanne Dhorme décèdera en 1991.

Oeuvre considérable

Il laisse une œuvre considérable sur l’archéologie assyro-biblique qui fait autorité.  Son commentaire du livre de Job reste inégalé. Sa traduction de la bible – aujourd’hui publiée même dans la Pléiade – est source des imprécations les plus vives des « Chrétiens Sionistes », de certains protestants, des Evangéliques, comme des Témoins de Jéhovah, qui la jugent « trop précise » ! Un comble… « J’ai visé à être objectif avant tout » écrivait-il déjà en préambule de ses premiers travaux en 1907… Dhorme est un précurseur : c’est le premier chercheur à illustrer à ce niveau le conflit intellectuel, porté par lui à son paroxysme jusqu’à dégénérer en incompatibilité, lié à l’analyse biblique historico-critique, entre une interprétation théologique induite et la réalité archéologique observée …

Il faudra attendre en 1943 l’encyclique Divino afflante Spiritu de Pie XII, pour voir enfin avalisée l’utilisation de la méthode historico-critique au service d’une lecture théologique de la Bible.

 

 

 

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