Épuisement de la terre et progressisme

dans Réflexions & Histoire/Une

Le WWF 1 nous a annoncé en cet été 2019 que l’humanité avait épuisé les ressources annuelles de la terre à la date 29 juillet. En d’autres termes, nous dit-on, l’humanité vit le reste de l’année, cinq mois, « à crédit », ce qui n’est qu’une sotte métaphore, puisqu’à ce train-là les consommateurs sont par nature (c’est le cas de le dire) insolvables. J’ignore quelles sont les méthodes de calcul de cette organisation non gouvernementale, mais on peut admettre la vraisemblance de la chose. La même fondation constate l’extinction de nombreuses espèces animales, les économies modernes sous l’égide du libéralisme ravageant la biodiversité – même si le WWF oublie à tort la menace sur la biodiversité humaine, sujet devenu tabou au nom de l’antiracisme, véritable gangrène de l’esprit …


Rédaction NSP
Eric Delcroix

Et alors que faire ?
La métaphysique de l’illimité sous la démesure de laquelle nous vivons et le dogme de la croissance en économie sont l’évidente cause de cette destruction irrémédiable de notre environnement. Même la notion de « développement durable » n’est le plus souvent, à la démesure de l’échelle de l’humanité pléthorique, qu’un oxymore. On ne peut pas, évidence devenue inaudible, croître infiniment dans un monde fini.

La folie progressiste s’oppose par nature à tout palliatif

Le progressisme, qui semble presque faire une unanimité universelle crépusculaire, postule arbitrairement l’existence d’un lien entre le progrès matériel et le progrès moral de l’humanité. L’une des conséquences en est le productivisme effréné que le libéralisme triomphant répand, sans mesure ni frontière, semant ainsi la désolation sur toute la planète. La chimification de l’agriculture, par exemple, en est l’une des conséquences, l’agriculture ne pouvant ainsi plus être pensée comme étant au service des ruralités nationales, des équilibres humains et ethniques. Les paysans n’étant plus légitimés par une agriculture familiale et vivrière, sont déportés vers les villes et banlieues, dans la laideur des falaises de béton armé et le chaos ethnique. La prohibition de toute mesure protectionniste, imposée par le dogme libéral, interdit les solutions de bon sens aux problèmes de santé publique posés par des poisons tels que glyphosate. L’Union européenne, castratrice des nations européennes s’y oppose et nous enferme dans une nouvelle prison des peuples.
N’en déplaise aux militants du WWF ou aux clercs du GIEC  2, la croissance démographique du tiers-monde et singulièrement celle de l’Afrique, est beaucoup plus inquiétante pour l’avenir de ce siècle que celle du gaz carbonique. Mais il ne faut pas le dire : la police de la pensée antiraciste nous l’interdit ; les droits de l’homme nous l’interdisent ; les Églises et le pape François nous l’interdisent.
L’écologisme politique nous exhorte à plus de frugalité, avec toutes sortes de recettes à l’usage des bobos en trottinette qui, engoncées dans la bien-pensance humanitaire, ne sont que cautères sur jambe en fibre de carbone… Il faudrait s’attaquer à la vraie cause ; il faudrait poser la question de l’idéologie progressiste, qui a fait passer notre civilisation dominante de l’empire aryen de Prométhée à l’avidité punique promue par les États-Unis. A cet égard, Jean-Claude Michéa a pu observer que seule « la civilisation libérale contemporaine encourage officiellement [souligné par lui] la cupidité, la trahison ou le cynisme. 3   »
Les nouveaux apprentis sorciers n’ont plus de maître pour pallier les catastrophes prévisibles et les désordres imprévisibles. La technique n’est plus au service des nations, des peuples, des familles et des hommes, mais ceux-ci lui sont assujettis et sommés de se démanteler.

La faute des vainqueurs de 1945

Les 8 et 94mai 1945 que célèbrent avec emphase la Russie, maintenant la tradition soviétique, et la France5du mythe résistancialiste, marquent la victoire du progressisme, la victoire des États-Unis et de l’Union soviétique (la France étant hors jeu depuis 1940 et représentée à titre subsidiaire, De Gaulle ayant obtenu un accessit). Au-delà des discours convenus de la police de la pensée antifasciste, ce fut la victoire sans partage des deux grandes puissances progressistes mondiales et, par conséquent la victoire du productivisme à l’échelle de la planète. Dès lors, l’idéologie dominante devint celle de l’impératif de la croissance, considérée en soi comme annonçant la félicité du monde et l’avènement du Bien. Cela signifie l’adulation du quantifiable, donc de l’économisme et par conséquent, la mise de l’homme au service de l’économie.
Maurice Bardèche (1907-1998), avait exposé, dans un raccourci saisissant, l’essentiel de la question dans les Temps modernes (1956). D’abord, à l’instar de George Orwell avec son roman 1984 (1948) Bardèche écrivait : « Il était donc important que l’on fit de nos âmes finalement, non seulement quelque chose qui ne nous appartenait plus, mais quelque chose qui appartînt véritablement à d’autres et cette nécessité fit du lavage des consciences [souligné par lui] une des premières industries modernes (…) Et l’on s’aperçut qu’il était très facile, ô mais prodigieusement facile, de créer des consciences. A l’intérieur de chacun de nous est maintenant vissé un homuncule de fabrication moderne qui dirige nos réactions. [note] Les Temps modernes, 1956, p. 164 et 165. [/note]» Et d’ajouter quant à cet occident qui l’emportera finalement sans combat contre l’URSS : « La liberté dans laquelle nous vivons est essentiellement la liberté d’action de l’argent et pour les idéologies, c’est à dire la liberté de détruire la nation. 6 » Et tout cela pour « Vendre, toujours vendre. 7» De nos jours, il n’aurait plus à mettre idéologie au pluriel : vu d’occident, il n’y en a plus qu’une.
La maîtrise des consciences nécessaire au triomphe du progressisme passe aujourd’hui par la morale, héritée du puritanisme américain, la morale anti-discriminatoire (antiracisme au sens extensif du terme) qui s’est répandue depuis qu’elle fut imaginée comme ingénierie sociale par l’économiste américain Gary Becker en 1957 8  et qui deviendra la loi d’airain 9 de l’occident décadent. Cette morale totalement nouvelle et totalement subversive a fait de l’État de droit et des droits de l’homme l’assomption des seuls individus, qui soumis aux techniques ne sont plus que zombies narcissiques sans race, sans nation, sans famille et sans personnalité. Zombies consommateurs compulsifs qui permettent de produire toujours plus pour vendre toujours plus. Aussi la planète ne saurait leur suffire et, appuyés sur la morale subversive nouvelle, ils ne promettent que la ruine et la destruction. Le troupeau, gavé d’idéologie, de chansons afro-américaines (american soft power) est sourd et aveugle …


 

 

 

 

 

 

  1. World Wildlife Fund, organisation non gouvernementale sise en Suisse. 
  2. GIEC : Groupe international d’experts en climatologie, organisme de l’ONU dont l’intitulé original en anglais, plus sincère, ne contient pas le mot d’experts … 
  3. Le Complexe d’Orphée, Climats, 2011, p. 89.
  4. La capitulation allemande fut le 9 mai pour les les soviétiques, pour une simple question de décalage horaire.
  5. Dans un éclair de bon sens, le président Giscard d’Estaing avait supprimé de la liste des jours férié ce 8 mai.
  6. Idem, p. 180.
  7. Idem, p. 169.
  8. The Economics of discrimination.
  9. Ce qui renvoie, en France aux lois Pleven (1972) ou Perben (2004).

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