Exclusivité bidon : le Docteur Lévy-Ben Diafoirus, Conseiller spécial COVID-19 du Gouvernement s’exprime !

dans Entretiens

L’excellent docteur Lévy-Ben Diafoirus nous a fait l’honneur d’une interview exclusive. Il nous reçoit dans son château, à Maison-Laffitte, confortablement assis dans un immense fauteuil en peau de pangolin, sous le portrait de ses ancêtres, tous médecins de père en fils et de ses cousins, tous apothicaires célèbres et propriétaires d’immenses usines à pharmacie. Tout vêtu de noir, des bésicles dorées à l’or fin posées sur son grand nez, le docteur Lévy-Ben Diafoirus a le regard vif et l’oreille velue sous une tignasse encore bouclée et fort brune malgré son âge avancé. Il allume un énorme cigare et cligne ses petits yeux enfoncés vers votre serviteur, assis très bas sur un tabouret face à lui, tout en frottant l’une contre l’autre ses fines mains d’homme de l’art.


Rédaction NSP
PROPOS RECUEILLIS PAR KLARA VON KUSTNITZ

NSP : docteur Diafoirus, vous êtes depuis des décennies le conseiller spécial du gouvernement français et vous avez toujours été à la pointe des plus grandes découvertes : le pansement noir pour peau noire, l’utilisation de l’eau chaude dans les cas graves d’hypothermie et tout récemment l’incroyable traitement à l’urine de chameau contre la fistule anale. Cher grand médecin, quel est votre parcours ?
Diafoirus :
Moi, grand médecin ? Je suis prêt à faire tout ce qu’il vous plaira mais pour faire le grand médecin, je suis assez votre serviteur pour n’en rien faire du tout. Et par quel bout m’y prendre, bon Dieu ? Ma foi, vous vous moquez de moi !

NSP : Cependant, cher grand homme, vous êtes grassement rémunéré par le Président et son parlement, en tant que spécialiste es spécialités…
Diafoirus : Naturellement, et pour dix pistoles, je ne dis pas que je sois médecin et je vous réponds que je ferai aussi bien mourir une personne qu’aucun médecin qui soit dans la ville, comme je l’ai dit au Président qui est un homme simple, grossier et qui se laisse, hélas, facilement tromper par des discours. On dit un proverbe d ‘ordinaire : Après la mort, le médecin. Mais vous verrez qu’avec moi on dira : Avec le médecin, gare à la mort !S’il faut parler philosophie, mathématiques, laissez-moi faire.

NSP : Comment êtes-vous arrivé au service de notre cher Président ?
Diafoirus : grâce à l’habit d’un vieux médecin qui avait été laissé en gage au lieu où je l’ai pris ; il m’en a coûté de l’argent pour l’avoir. Mais savez-vous, Monsieur, que cet habit m’a mis en considération ? Que je suis salué partout où je passe et qu’on me vient consulter ainsi qu’un habile homme ?

NSP : Je n’en doute pas, docteur. Et pourquoi n’auriez-vous pas les privilèges que tous les autres médecins ont?
Diafoirus : les autres médecins ne font rien que recevoir la gloire des heureux succès, et je peux profiter comme eux du bonheur des malades et voir attribuer à mes remèdes tout ce qui peut venir du hasard, ou des forces de la nature.

NSP : Cher sectateur d’Hippocrate, la France est actuellement confrontée à une terrible crise sanitaire. Quelle politique médicale avez-vous préconisé à notre cher Président ?
Diafoirus : Lorsque je fus nommé au conseil scientifique, et bien que je fus un enfant difficile qui, à neuf ans, ne connaissait pas encore ses lettres, je me dis en moi-même : les arbres tardifs portent les plus beaux fruits et cette lenteur d’esprit, cette pesanteur d’imagination était la marque d’un bon jugement à venir. Je me raidis dans les difficultés, et depuis deux ans que j’y suis, il n’y a pas de candidat qui ait fait plus de bruit que moi dans toutes les disputes de notre conseil scientifique et il ne se passe point d’acte que je n’aille argumenter à outrance la proposition contraire ! Je suis ferme dans la dispute, fort comme un turc dans mes principes, je ne démords jamais de mon opinion et je poursuis un raisonnement jusque dans les derniers recoins de la logique. Mais sur toute chose, ce qui plaît le plus en moi au conseil scientifique, c’est que je m’attache aveuglément aux opinions de nos financiers et que jamais je n’ai voulu comprendre ni écouter les raisons des prétendues découvertes de notre siècle, touchant la pilule miracle anti-palu, et autres propositions farfelues de même farine.

NSP : Mais cependant, cher carabin, les grands hommes qui nous gouvernent si sagement envisageaient sérieusement l’utilisation de cette pilule miracle et…
Diafoirus : A vous parler franchement, mon métier auprès des grands ne m’a jamais paru agréable. Ce qu’il y a de fâcheux auprès des grands, c’est que quand ils viennent à être malades, ils veulent absolument que leurs médecins les guérissent. Or vous n’êtes point auprès d’eux pour cela. Vous êtes là pour recevoir des pensions et leur ordonner des remèdes. C’est à eux de guérir s’ils peuvent !

NSP : en effet, ils sont bien impertinents de vouloir que vous les guérissiez. Mais en ce qui concerne le peuple, avouez, cher et sublime allopathe, qu’il serait bien aise de guérir de cette épouvantable pandémie et qu’il met son espérance en de grands savants comme vous.
Diafoirus : Hippocrate dit, et Galien, par vives raisons, persuade qu’une personne ne se porte pas bien quand elle est malade et le peuple a raison de mettre son espérance en moi ; car je suis le plus grand, le plus docte, le plus habile médecin qui soit dans la faculté minérale, végétale et sensitive. J’ai des talents particuliers, des secrets et par l’altération du teint du Président, je puis connaître la maladie du peuple.

NSP : mais, cher immense empirique, le peuple risque bien de mourir.
Diafoirus : Ah ! Mais qu’il s’en garde bien ! Il ne faut pas qu’il s’amuse à se laisser mourir sans l’ordonnance du médecin !

NSP : cependant, on ne parle depuis quelque temps que d’un vaccin extraordinaire qui serait produit à un prix prohibitif dans un pays qui nous est cher, très cher. Qu’en est-il réellement ?
Diafoirus : Ce pays, qui est incontestablement la lumière du monde va mettre au point ce vaccin, n’en doutez pas, et ses miracles ont converti les plus incrédules.

NSP : Les tests sont-ils en cours ?
Diafoirus : Bien sûr ! Il y avait un homme qui était à l’agonie depuis six jours, on ne savait quoi lui donner, et tous les remèdes ne faisaient rien. On s’avisa à la fin de lui donner le vaccin.

NSP : Il réchappa, n’est-ce pas ?
Diafoirus : Non, il mourut.

NSP : L’effet est admirable…
Diafoirus : Quoi ! Il y avait six jours entiers qu’il ne pouvait mourir et cela le fit mourir tout d’un coup. Voyez-vous rien de plus efficace ?
NSP : Vous avez raison, et surtout rien de plus économique. Vos talents extraordinaires ne peuvent que ramener la confiance et nos gouvernants ont été fort avisés de vous prendre au conseil scientifique. La gestion de la crise est entre vos mains habiles et le peuple ne peut qu’en être rassuré. Cependant, quid des retombées économiques et en particulier des dividendes des laboratoires pharmaceutiques de vos cousins ?
Diafoirus : Vous me prenez donc pour un homme à qui l’argent fait tout faire, pour un homme attaché à l’intérêt, pour une âme mercenaire ?

NSP : ma foi, je me suis mépris, comme vous étiez vêtu comme un médecin, j’ai cru qu’il vous fallait parler d’argent mais si vous n’en voulez point, il n’y a rien de plus aisé que de vous contenter. Qu’est-ce donc qui vous anime, cher docteur Ben-Lévy Diafoirus , si ce n’est l’argent ?
Diafoirus : Que diable, toujours de l’argent ! Il semble que vous n’ayez autre chose à dire, de l’argent, de l’argent, de l’argent! Vous n’avez que ce mot à la bouche, de l’argent ! Toujours parler d’argent ! Mais vous avez le teint jaune et une bien mauvaise mine.

NSP : Moi, docteur ? Vous me faites peur ! Je vous prie, cher praticien, de me dire un peu comment je suis.
Diafoirus : vous êtes diuruscule, caprisant et vous avez le parenchyme splénique, ce qui marque une hydropisie formée et une bonne pneumonie de la poitrine. Prenez donc un lavement, je puis vous le prescrire pour une modique somme.

NSP : Mais, cher guérisseur, je sens bien que je me porte comme un charme. Et j’ai d’ailleurs pris la fameuse pilule miracle anti-palu ; je suis donc guéri d’avance.
Diafoirus : Quoi ! Refuser un lavement du grand docteur Diafoirus ! Eh bien je vous abandonne à votre mauvaise constitution, à l’intempérie de vos entrailles, à la corruption de votre sang, à l’âcreté de votre bile, à la féculence de vos humeurs.

NSP : Agissez-vous de même avec tous vos contradicteurs et en particulier avec un certain autre membre du conseil scientifique partisan de la pilule miracle ?
Diafoirus : Celui-là, je veux qu’avant quatre jours, il soit tombé dans un état incurable, qu’il sombre dans la bradypepsie, de la bradypepsie dans la dyspepsie, de la dyspepsie dans l’apepsie, de l’apepsie dans la lienterie, de la lienterie dans la dysenterie ! Et de la dysenterie dans l’hydropisie et de l’hydropisie dans la privation de la vie, lui et tout le peuple avec, où aura conduit sa folie, au lieu de suivre les excellentes prescriptions de votre serviteur et de l’état qui nous est si cher,très cher, la lumière du monde.

NSP : Diable, la médecine se venge. Ne doutons pas que le bon peuple saura suivre vos excellentissimes conseils, cher maître de la faculté et que la terrible crise du COVID-19 sera bientôt résolue pour le plus grand bien des marchés.
Diafoirus : Faites-moi confiance…


* La plupart des répliques ont été tirées des pièces de Molière, qui s’y connaissait en matière de médecine…

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