Fiorina Lignier : “La justice est rapide pour juger les Gilets Jaunes pas les policiers qui mutilent”

dans Arts & Lettres & Chansons

Fiorina Lignier, 20 ans, étudiante en philosophie originaire d’Amiens a perdu un œil en participant en décembre 2018 à une manifestation de Gilets Jaunes, à Paris. Dans Tir à vue : la répression selon Macron, paru aux Editions Via Romana, elle livre ici une analyse sans concession des événements des derniers mois, au plus près de ce qu’elle a vécu. Courageuse et lucide, elle invite la jeunesse de France à se lever pour défendre ses valeurs. Le 14 novembre, elle sera présente à La Nouvelle Librairie, à Paris, de 18h à 20h, pour une séance de dédicaces.


Rédaction NSP
Klara Von Kustniz

Le 8 décembre 2018, vous allez manifester avec les Gilets Jaunes (Acte IV) à Paris. C’est votre première manifestation, vous venez d’Amiens (Picardie),  de cette France considérée à juste titre comme périphérique. Quelle était alors votre motivation profonde ?
Fiorina Lignier : Je me devais de me joindre à ce grand mouvement populaire pour demander une baisse de l’imposition en France et une vraie reconnaissance de la valeur travail. Aussi il fallait faire entendre la voix de ceux que l’on entend jamais, dénoncer le pacte de Marrakech (qui allait être signé) et protester contre la politique menée par ce gouvernement en général (notamment contre les retraités).

Le drame arrive, un tir irresponsable qui vous mutile alors que vous ne représentiez aucune menace. Vous avez déposé une plainte. Qu’en est-il à ce jour ?
FL : Mon cas a été signalé dés le 10 décembre à l’IGPN, ma plainte enregistrée le 14 décembre. Un juge d’instruction a été saisi au mois d’août et j’espère enfin avoir accès à mon dossier ce-mois ci. Donc dans les faits, j’attends et il ne s’est rien passé pour le moment. Toujours pas de procès en vue. La justice est réactive pour faire condamner les Gilets Jaunes, mais pas pour condamner les policiers qui mutilent.

Il y a le tir. Il y a la reconstruction, la reconstruction de votre visage. Où en êtes-vous par rapport aux soins et par rapport à la reconnaissance de la violence d’état dont vous avez été victime ?
FL : J’ai subi 4 opérations. La première la suturation de mon œil, puis une seconde pour reconstruire ma face avec pas moins 7 plaques qui ont été vissées sur mon visage ainsi que la pose d’une grille en titane. Mais mon œil me faisait trop souffrir, il a fallu procéder à une énucléation (retirer mon œil) et la mise en place d’une prothèse. Une quatrième opération a du avoir lieu, car l’implantation de la prothèse n’avait pas réussi à 100%. J’attends maintenant une cinquième opération d’ici quelques semaines. Je souffre toujours, ça fait maintenant 10 mois que je suis sous morphine, qui n’a plus d’effet car mon corps s’est habitué. Je ne suis nullement aidée par l’Etat, je me sens comme oubliée de la puissance étatique.

Vous avez subi le déferlement des médias contre vous avec l’inévitable reductio ad hitlerum pour le dessin d’une ado potache, dessin représentant une croix gammée et pris en photo sur une plage. Cela ne ressemble-t-il pas  à un deuxième tir destiné à vous abattre psychologiquement et politiquement ?
FL : Je me suis engagée aux européennes sur une liste contre le Grand Remplacement, le système ne peut accepter de telles idées. Les médias se sont déchaînés pour me faire taire et salir les Gilets Jaunes par la même occasion en tentant de les associer au nazisme. Accusation sans fondement évidement, et comme vous le dites avec le but de m’abattre politiquement. Mais au-delà, il faut bien se rendre compte que pour les médias, un dessin effacé par la marée en 5 minutes est plus important qu’une jeune fille innocente qui perd un œil. Tous les grands médias ont parlé de ce dessin, alors qu’ils se sont montrés bien silencieux pour la perte de mon œil, drôles de priorités…

Vous étiez étudiante en philosophie. Comment gérez-vous maintenant vos études et votre vie quotidienne ?
FL : Et bien depuis le 8 décembre 2018 je ne suis retournée que 3 fois à la fac. J’ai essayé, mais je suis incapable de poursuivre mes études pour le moment. Ma vie est comme sur pause. Bientôt un an après, je ne supporte ni le bruit, ni la lumière, ni la foule, autant vous dire que je ne suis pas prête de retourner à la fac. Avec la fatigue qui s’accumule, et les douleurs qui s’amplifient depuis plusieurs mois maintenant, je me retrouve comme au mois de janvier. Alitée le plus souvent, plongée dans le noir, demandant de l’aide pour cuisiner ou me doucher.

Avez-vous été la cible des mouvements antifas d’Amiens qui, nous le savons, sont très actifs ?
FL : J’ai reçu des menaces comme par exemple le fait qu’on allait “m’arracher l’autre œil”, mais je n’ai pas peur. Ils parlent avec l’anonymat d’internet , mais dans la vie réelle, pour le moment, ils n’ont rien fait.

Parlons du politique. Vous allez sortir un livre le 14 novembre chez Via Romana “Tir à vue” (La répression selon Macron). Pourriez-vous nous dire un peu, sans tout dévoiler, la trame de cet ouvrage ?
FL: Dans ce livre j’explique ce qu’il m’est arrivé, mon parcours, je reviens sur mes doutes et sur ce qui m’a poussé à ne pas baisser les bras. Mon Fiancé, Jacob Maxime, a écrit plusieurs chapitres où il livre une analyse sans concession du mouvement des Gilets Jaunes. Il revient sur la répression terrible qu’ils ont subie, le traitement médiatique, comment l’Etat a voulu “casser” le mouvement, mais aussi qui sur sont ces Gilets Jaunes et ce qu’ils ont apporté.

Au delà de cet ouvrage, pensez-vous mener un combat politique ?
FL: Je serai là où je pourrai me rendre utile, s’il faut s’engager je le ferais.

Avez-vous reçu un soutien dans la famille nationaliste ?
FL: Oui, j’ai été très soutenue par la grande famille de la droite nationale. De Daniel Conversano à Jean-Marie Le Pen, en passant par Le Gallou, Collard… et tant d’autres. Mais aussi des milliers d’anonymes, merci à tous ceux qui se sont mobilisés pour moi, vous m’avez permis de ne pas être oubliée, que mon cas soit connu de tous.


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