François Bousquet : « Le Quartier latin est une zone à reprendre, à réinvestir, à réoccuper »

dans Entretiens

Rédacteur en chef de la revue Eléments et directeur de la Nouvelle Librairie, François Bousquet a subi les foudres de l’ultra-gauche dès l’ouverture d’un lieu culturel dédié à la vraie liberté de pensée et située au cœur du quartier Latin, zone parisienne gauchiste devant l’éternel …  Pour autant, il ne lâche rien et entend bien faire de ces lieux une ZAR, une zone à reprendre, à réinvestir, à réoccuper afin d’y mettre de la Lumière !


 

Rédaction NSP
Par Clotaire de La Rue

Articles caricaturaux dans la presse bien-pensante, attaques des hordes décérébrées de petits bourgeois antifascistes, menaces sur vos dédicaces, quelque chose peut-il encore vous faire peur ?
François Bousquet :
Que le ciel nous tombe sur la tête, comme dit ce bon vieux Abraracourcix, mais nous avons pris soin de placer la librairie sous les auspices d’une magnifique hure de sanglier, l’animal totémique des Gaulois, qui vous accueille en entrant rue Médicis. Augurons qu’elle nous protégera ! Notre force, c’est que la Nouvelle Librairie est une aventure collective, associative, amicale, militante. On fait bloc ensemble, comme la phalange hoplitique. Nul ne tient un front tout seul, sinon il est aussitôt enfoncé. Paradoxalement, la peur est le prélude au commencement de toute chose, elle est mère du courage, ce courage civique et politique qui nous fait tant défaut aujourd’hui. La peur, s’il y en a une, c’est de perdre la bataille décisive, faute d’avoir combattu. La peur, c’est de ne pas avoir suffisamment de courage, qui est définitivement la seule vertu cardinale des âges post-démocratiques.
Vous avez déclaré que le quartier latin était une ZAR (Zone à Reprendre). Ne pensez-vous pas que c’est tout le domaine culturel qui est à reprendre par la droite nationale ?
F.B :
Je voulais dire par là que le Quartier latin n’est pas pour nous une ZAD, une Zone à Défendre. Cela fait 50 ans qu’on l’a déserté, tant et si bien qu’il est devenu, depuis 1968, la propriété exclusive du gauchisme culturel. Il est donc pour nous une ZAR, une zone à reprendre, à réinvestir, à réoccuper. Si on veut que nos idées pèsent, et c’est notre objectif, il faut réinvestir l’espace public. Cessons de penser que nos idées sont des maladies honteuses qui n’ont vocation qu’à circuler sous le manteau. De la lumière ! Il faut en finir avec les stratégies d’invisibilité imposées par nos adversaires et que nous avons intériorisées. S’affirmer, c’est s’afficher en défiant le gauchisme culturel sur son territoire. Car on a beau se proclamer sous ces latitudes « No border », on n’en tient pas moins aux frontières, pour peu qu’on les contrôle. Le glacis idéologique du dernier demi-siècle prend l’eau de toute part. Ici aussi, c’est la fonte des glaces. L’ère glaciaire s’achève dans un climat d’hystérisation caractéristique des changements d’époque et des liquidations générales, fussent-elles intellectuelles. La société civile, au sens que Gramsci lui a donné, contrôlée dans sa quasi-totalité par les libéraux-libertaires, se crispe et se rigidifie. Les rares paroles dissidentes n’y sont tolérées qu’au titre de caution d’un pluralisme fictif, un peu comme les quotas de personnes handicapées dans les entreprises, à ceci près que le législateur n’a rien prévu pour nous. Une nouveauté cependant a considérablement changé la donne : Internet et les réseaux sociaux. Pour la première fois depuis une éternité, le Système n’a plus le monopole de l’offre en matière d’information. Toutes les révolutions, autrement dit tous les changements de paradigme idéologique, ont été portées par un nouveau médium. Les thèses de Luther se sont diffusées grâce à l’imprimerie, les idées des Lumières grâce aux salons, clubs de lecture et autres gazettes, les idées de la Révolution grâce aux clubs et aux sociétés de pensée. Franchement, on a de beaux jours devant nous.
Les agitateurs de gauche qui achètent leur matériel de propagande sur le site La Horde derrière lequel on retrouve le directeur artistique du journal Le Monde vous dénient le droit fondamental à la liberté d’expression. Finalement, les fascistes, ce sont eux ?
F.B : 
Je n’ose le dire de peur d’irriter nos amis Italiens, mais j’en viens parfois à penser qu’un bon antifa, c’est un apprenti nazillon en troisième cycle à Tolbiac. Dans quelques années, il fera un bon journaliste à l’AFP. Mais laissons le fascisme de côté, c’est une expérience spécifiquement italienne, qui séduit encore quantité de jeunes gens en Italie. Il suffit de regarder le succès de la CasaPound. Et de rappeler les mots du dernier Pasolini qui avouait éprouver un « regret scandaleux » pour le monde d’avant, il voulait parler de l’Italie fasciste au grand dam des bien-pensants. On peut voir les antifascistes comme les gardes-chiourme d’un Système aux abois, qui les tolère (les médias) ou qui les encourage (l’Université). À l’instar des chiens de Pavlov, leurs glandes salivaires s’activent à l’énoncé des mêmes mots : extrême droite, fascisme… Ils agissent comme s’ils détenaient le monopole de la violence physique dans les rues. Pour n’importe quelle autre organisation, on parlerait de milice paramilitaire ! Ici, non ! La mansuétude des médias centraux leur est acquise. Mais là aussi, le cycle de l’antifascisme se referme.
FUn plumitif de la presse sous perfusion vous a reproché de vendre des ouvrages d’Henry Coston. Ce journaliste est pourtant une référence historique et a produit une œuvre qui mériterait d’être connue du grand public. Comment expliquez-vous que la république veuille diaboliser Coston afin de le maintenir dans l’enfer des bibliothèques ?
F.B :
Tout ce qui n’est pas interdit devrait être permis ! Apparemment, ce n’est pas le cas. Aujourd’hui c’est plutôt : tout ce qui n’est pas interdit est obligatoire, et inversement. Cela fait penser au mot de Churchill. « En Angleterre, tout est permis, sauf ce qui est interdit. En Allemagne, tout est interdit, sauf ce qui est permis. En France, tout est permis, même ce qui est interdit. En URSS, tout est interdit, même ce qui est permis ». Il semblerait qu’on soit tous désormais au régime soviétique. Péguy disait des anciennes censures – de l’ostracisme grec à l’Index des livres interdits – qu’elles n’étaient pas tendres certes, mais qu’elles « atteignaient beaucoup moins gravement et définitivement les libertés intellectuelles que ne les atteint le savant boycottage organisé dans le monde moderne ». Grâce à quoi, l’ordre règne à Paris comme il régnait en 1830 à Varsovie. Merci à Emmanuel Macron. Mais arrête-t-on le printemps du peuple
L’avenir vous sourit malgré l’adversité. Quels sont vos projets pour assurer le rayonnement de votre librairie ?
F.B :
Poursuivre sur notre lancée, attirer les étudiants, leur passer le relais, être la plaque tournante du renouveau intellectuel, à tout le moins une caisse de résonnance et un avant-poste de la reconquête en territoire de moins en moins hostile. C’est quoi, historiquement, une librairie ? Un coproducteur d’idées. Ce qu’étaient les libraires au XIXe siècle, lesquels vendaient et éditaient des livres. La Nouvelle Librairie veut renouer avec cette tradition laissée en jachère, être un comptoir du livre, une agora, faire bon accueil au vent rafraîchissant que les nouvelles générations apportent, les réaffilier dans une chaîne du savoir et de la transmission. Raison pour laquelle nous avons fait le choix, outre celui d’offrir le plus de nouveautés possibles, d’ouvrir un vaste rayon de vieux livres indémodables. Partant que l’économie du livre ne s’inscrit pas dans cette économie de l’obsolescence programmée, que le livre, au contraire, déprogramme l’obsolescence, qu’il est ce qui perdure, la parole granitique qui traverse les siècles. Prochaine étape : lancer un ambitieux programme de réédition de « classiques » sous la houlette de jeunes et brillants universitaires. Haut les cœurs !
Enfin, « winter is coming » comme on dit en Brittanie, quelques recommandations de lecture afin que les lecteurs de Nous Sommes Partout aient toujours l’esprit ouvert ?
F.B :
Elles ressembleraient à un inventaire à la Prévert. Il faut venir sur place, si vous me permettez. La Nouvelle Librairie a été conçue comme une bibliothèque idéale et une école de formation par l’imprimé. Une sorte d’équipement de la pensée et de carrefour des idées alternatives, non-conformistes et dissidentes. Nous sommes convaincus que ces idées sont majoritaires dans l’opinion. Or, elles n’ont que très rarement droit de citer dans les médias centraux, sinon sous un mode caricatural. À nous de les imposer !

Crédit Photo : Patrick Lusinchi.

 

 

Derniers articles Entretiens

Haut De Page