Grand Oral du Bac : la fabrique de néant !

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Les modalités du Grand Oral du Bac 2021 viennent d’être publiées au B.O. Et sur le site de l’Education nationale et le moins qu’on puisse dire est que ce « grand oral » relève de la plus pure fumisterie.


Rédaction NSP
Klara Von Kustniz

Jamais à cours d’idées farfelues, les pédagogogues du Ministère de la Déséducation Nationale ont inventé un « Grand Oral » censé couronner l’année de terminale et apporter une plue-value à un examen du baccalauréat déjà aussi épais qu’un sandwich SNCF.
Le Bac est réduit à un contrôle continu et à cinq épreuves finales dont ce fameux « Grand Oral » dont une charmante jeune fille très représentative de la communauté scolaire française fait la promotion sur le site officiel du ministère. En quoi consiste cette « épreuve » ?
L’élève aura préparé en avance tout au long de l’année, avec ses professeurs ou d’autres élèves (sic), deux questions portant sur ses deux spécialités, une seule ou les deux en même temps – c’est la manie du transversal qui fait étudier la SVT en même temps que l’Histoire – et sera interrogé sur une de ces questions pendant 5 minutes, debout et sans notes.
Ciel, que cela a l’air stressant ! Deux questions de 5 minutes qui seront évidemment apprises par cœur par l’élève consciencieux qui n’aura rien d’autre à faire que recracher un pensum digne d’une classe de sixième (celle d’avant, quand on apprenait à lire). Aucune réflexion, aucune argumentation réelle, rien que du « recrachat » durant lequel l’élève explique pourquoi il a travaillé sur cette question, développe et répond, le tout en 5 minutes chrono.

Support … non évalué !

Le candidat aura quand même 20 minutes de préparation dans cette joyeuse affaire afin d’ajouter à son discours un document – pardon, un « support » en langage pédagogogue – de son crû, graphique, carte, ticket de cantine, petit Mickey, ce qui l’arrange. Mais, comme le dit le ministère « Rassurez-vous, ce support ne sera pas évalué ». On croit rêver. Lors de l’ examen, le jury fera donc faire – sans vergogne – un travail « non évalué ». Autant jeter le support directement aux toilettes, cela sera plus rapide et plus efficace et on gâchera moins de papier.
On imagine bien les questions merveilleusement bien pensantes que les professeurs à la solde du système feront travailler à leurs disciples : «  Pourquoi j’ai été ému par le voyage à Auchouisse ? » (spécialité Histoire) ou «  De la théorie du genre facteur d’égalité » (spécialité SVT) ou « 2+2 =4, prouvez-le » (spécialité Maths) ou encore «  Du bien-fondé de la transition énergétique » (spécialité Physique). On s’en lèche d’avance les babines. Mais pas d’inquiétude pour le candidat, il ne s’agit pas réellement d’évaluer ses connaissances, il s’agit d’ « apprendre à prendre la parole en public de manière claire et convaincante » et si le jury « fera attention aux connaissances », ce ne sera pas le plus important. Il peut bien raconter n’importe quoi, le gamin, il s’agira avant tout de juger sa capacité au baratin et au politiquement correct.
Cette « terrible épreuve » se déroulera « debout et à l’ordre » comme en Loge maçonnique avant que le candidat, épuisé par ses 5 minutes d’une rare intensité intellectuelle, s’effondre sur une chaise pour un temps d’ « échange » avec le jury, de dix longues minutes où les professeurs vérifieront vaguement que tout ce qu’il a dit n’était pas trop du par cœur et qu’il a la capacité de répondre à deux ou trois questions convenues sur le programme si il n’a pas séché les cours ou dormi toute l’année près du radiateur. Le jury évalue son « argumentation et sa capacité oratoire », surtout pas ses connaissances. L’épreuve de baratin continue avec les 5 dernières minutes où il s’agit de préciser son projet professionnel et de vérifier que la question travaillée est bien en rapport avec ce projet. Il ne faudrait tout de même pas gâcher un temps précieux à étudier des trucs inutiles comme le latin ou le grec qui ne servent à rien pour être smicard à Prisunic et esclave d’un petit chef de bureau hargneux.

Bienveillance …

Tout cela est formidable et les deux professeurs du jury – l’un dans la spécialité et l’autre…on ne sait pas – ne manqueront pas de noter avec « bienveillance » la baratin des petits ânes répétant bêtement la doxa officielle.
Une seule chose est sûre dans tout ce néant et ce verbiage pédagogogique, ce type d’épreuve n’est rien d’autre qu’un mensonge éhonté pour l’élève à qui on fait croire que le bac est encore une chose sérieuse et utile, pour les parents qui vont penser naïvement que leur gamin a réussi un truc vachement difficile et les professeurs qui, après avoir enseigné toute l’année avec passion et rigueur vont « interroger » sur le néant.
Mais la déséducation nationale, depuis les années 60, est passée maître dans l’art de brasser du vent et d’offrir aux élèves des heures de rien tout en leur supprimant les indispensables fondamentaux. Il existe de joyeux drilles au ministère qui trouvent judicieux de coller nos enfants qui ont choisi les spécialités littéraires et ne font plus de mathématiques du tout, en Accompagnement Personnalisé « Algorythmes » deux heures par semaine, c’est-à-dire sur une matière et un thème dont ils n’ont jamais entendu parler. L’art de l’occupationnel dans toute sa splendeur.
Avec ce « Grand Oral », nos enfants sauront peut-être « argumenter » sur n’importe quoi, mais ne seront que de petits sophistes incultes. La forme ne remplace pas le fond. Mais finalement, pour être esclave du système, consommateur béat ou homme politique, cela suffira amplement.

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