Grand Orient de France, Grand Révisionniste de l’Histoire de France

dans Franc-Maçonnerie

Chaque 1 er mai, les francs-maçons de France se réunissent au cimetière du Père Lachaise en hommage aux martyrs de la Commune de Paris. C’est l’occasion pour les frères trois-points de se retrouver entre initiés bien-pensants, d’écouter le discours humaniste du Grand Maître du G.O.D.F. avant de partager des agapes fraternelles payées rubis sur l’ongle. Ah ce qu’on est content d’avoir un beau tablier !

Klara Von Kustniz
Klara VON kustniz

Le 1er mai 2018, le discours tant attendu était prononcé par le tout nouveau Grand Maître du G.O.D.F. Philippe Foussier, journaliste indépendant, rédacteur en chef de la revue Communes de France , Fédération Nationale des Elus Socialistes et Républicains, membre du comité de rédaction du trimestriel Humanisme et administrateur de l’Institut d’études et de recherches maçonniques (INDERM). Ce dernier fait aussi partie de la fraternelle parlementaire au titre de journaliste parlementaire. Il est un membre assidu de la Très Respectable Loge République, G.O.D.F., Orient de Paris. C’est dire son indépendance.

Liberté absolue de conscience …

Naturellement, ce fut l’occasion en ce 1er mai de rappeler en quoi consiste l’idéologie maçonnique : « liberté absolue de conscience, tolérance et respect des autres et de soi-même ». Il a surtout ici été question de la lutte contre « les » fanatismes religieux qui « tuent au nom de leur vérité ». Le pluriel est d’importance et produit un déplorable amalgame entre « les » religions, car si des musulmans fanatiques tuent en effet, aucun fanatique chrétien ne tue dans notre monde actuel. Nul n’a jamais vu un catholique traditionaliste attaquer un temple maçonnique avec un goupillon chargé à bord d’une papamobile au cri de « Jésus Marie Joseph, Sainte Mère de Dieu ! ».Visiblement, pour les francs-maçons, le « pas d’amalgame » est à géométrie variable.

Suivra bien sûr une apologie de la merveilleuse république que notre nouvel élu se gardera bien de qualifier de « française », tant pour les francs-maçons, la France passe après la république. L’auditeur y apprend que la maçonnerie se veut « humaniste » et « universaliste », « humaniste » au sens philosophique du terme qui donne la priorité à l’homme sur son Dieu et « universaliste » qui décrit la république comme une et indivisible et affirme l’égalité de tous les citoyens. Que cela est beau dans le merveilleux monde maçonnique où, au nom de l’humanisme universel, on propose d’autoriser l’assassinat des enfants dans le ventre de leur mère et des vieillards sur leur lit d’hôpital.

Certains sont sans doute plus égaux que d’autres

Il faut donc séparer le temporel et le spirituel et suivre l’exemple du Respectable Frère Sade : « Si Dieu n’existe pas, tout est permis ».

Tout est donc permis, même réviser l’histoire.Venons-en à l’hommage aux martyrs de la Commune de Paris. Le G.O.D.F. , entre deux agapes fraternelles, galvanisé par la poudre rouge, veut « reprendre le combat » comme ses malheureux « frères et soeurs  qui ont payé de leur vie leur engagement ». Et de citer des noms illustres de francs-maçons tombés au combat : Louis Blanc, Félix Pyat, Louise Koppe et Gustave Lefrançais.

Rendons à César ce qui est à César. Aucun de ses frères et sœurs n’est tombé devant le mur des Fédérés où le G.O.D.F. s’autocongratule chaque année au nom des grands principes.

Louis Blanc, député socialiste, à l’instar d’autres dignitaires de la maçonnerie, avait à l’Assemblée de Versailles publiquement désavoué la Commune. Celui-ci était partisan d’un « socialisme autoritaire » concrétisé dans sa célèbre formule «  A chacun selon ses besoins, à chacun selon ses facultés ». Planqué à l’étranger pendant le Second empire, il ne revint en France que pour siéger à l’Assemblée en 1876.

Félix Pyat, belliciste forcené, auteur du fameux cri « la guerre à outrance ! » et qui dans Le Combat affirme qu’il ne peut être question de capituler devant le roi de Prusse, se cacha courageusement à Londres pendant la semaine sanglante et ne revint qu’une fois prononcée l’amnistie des communards en 1880.

Louise Koppe, dont la seule et très respectable action politique fut la fondation de la Maison maternelle qui accueillait les enfants déshérités, n’a pour seul rapport avec la Commune que d’avoir été initiée au Droit Humain, seule obédience de cette époque à daigner accueillir les femmes. La chère sœur est morte de sa belle mort en 1906. Paix à son âme.

Gustave Lefrançais, quant à lui, a pris la poudre d’escampette en Suisse lors des événements et n’est rentré en France qu’après l’amnistie de 1880.

Courageux mais pas téméraires, nos héros se sont carapatés comme de vulgaires rongeurs face à Raminagrobis.

La maçonnerie aimerait bien avoir des héros morts au champ d’honneur mais voilà, on ne meurt pas au champ d’honneur de la bourgeoisie et pour le Veau d’or. Le Français meurt pour Dieu et son Roi. Le maçon court encore.

La franc-maçonnerie s’invente un glorieux passé héroïque, oubliant au passage que si les Vénérables Maîtres et Respectables Frères, environ 6 000 membres de 55 loges, ont fait les malins en défilant le cordon en sautoir et la bannière déployée pour soutenir la Commune, la plupart des membres des loges de France , ne manifestant aucune solidarité maçonnique et prévoyant la fin grotesque de cette lamentable aventure révolutionnaire appliquèrent la tactique du « chacun pour soi » et désavouèrent leurs frères, jugeant que tout cela ne les concernait point.

L’historien maçon Albert Antoine le rappelle lorsqu’il nous dit que les dignitaires du Grand Orient «  les désavouèrent même- en quoi ils agirent sagement, d’abord par obéissance à leurs principes et par prudence. »

De la prudence à la lâcheté, il n’y a qu’un pas

Bien sûr, lors des procès de la Commune, la maçonnerie fut mise en cause et tous les chefs communards ne s’en tirèrent pas à si bon compte. Les moins malins furent condamnés à mort mais virent leur peine commuée en travaux forcés. Il leur suffit d’attendre l’amnistie et de revenir prendre les places que la république leur avait réservées, à l’instar du fuyant Félix Pyat qui finit sénateur et député de la République.

Et de nous citer, toujours dans le discours du 1er mai 2018, les « 30 000 morts tombés sous les balles des Versaillais. » Corrigeons ce chiffre à l’aide de l’Histoire. Clio n’aime pas qu’on la viole. Les morts furent au nombre de 20 000, ce qui est aussi considérable mais moins élevé que 30 000.

Après l’émeute du 18 mars 1871 et la fuite à Versailles du carbonaro Adolphe Thiers, Paris est abandonné. La fuite est une manie chez les membres des sociétés secrètes, carbonari ou francs-maçons. Les ouvriers parisiens révoltés vont offrir une bonne fois pour toute à la bourgeoisie financière l’occasion de se débarrasser de l’encombrante question sociale.

Le petit peuple de Paris s’estime trahi par un gouvernement qui l’a vendu à l’ennemi et se retrouve livré aux mains de nostalgiques de 1793 et d’affidés des loges, des socialistes et des utopistes qui voient là l’occasion de renouveler le Grand Soir et qui, en le poussant au combat, seront responsables des dizaines de milliers de morts.
Comme l’écrivait le journal Le Figaro dans son édition du 20 mars 1871 en publiant l’avertissement du gouvernement au peuple : « gare aux hommes mal-intentionnés, qui sous prétexte de résister aux Prussiens qui ne sont plus dans vos murs, se sont constitués les maîtres d’une partie de la ville. »

Qui d’autres que les francs-maçons, fomentateurs de révolte, désignait cette phrase ?

Les Jacobins ont toujours su utiliser le petit peuple de Paris pour se hisser au pouvoir. 1793, 1871, même combat.

Et la république fut. On connaît la suite.

Le discours du 1er mai se poursuit en ces termes : « la laïcité est la clef de voûte de nos institutions et la garante absolue de la liberté de conscience. », «  Comment peut-on sans risque pour la paix civile inviter des courants religieux à se transformer en parti politique ? La leçon de 2013 avec les affrontements lors du débat sur le mariage pour tous n’a-t-elle donc pas servi ? »

De nouveau, on modifie, on amalgame, on triture, on tripatouille. Refuser à un groupe de personnes de se rassembler en parti politique constitue, mon Très Cher Frère, un déni de démocratie et quant aux manifestations pacifiques – les « affrontements » ne furent que verbaux- contre le mariage pour tous, elles n’étaient que l’expression d’un million de français qui ont bien le droit, au nom des grands principes humanistes, de s’exprimer librement.

Mais, en maçonnerie, il n’existe qu’une pensée, la républicaine, portée au rang de dogme et inattaquable. Sous d’autres latitudes, on appelle cela une religion. Les termes du discours nous le confirment : «  nous pensions qu’au dessus des lois divines, il y avait les lois de la république. » Qui peut se placer au dessus de Dieu, si n’est un autre Dieu ?

Et voilà que le discours s’en prend au minusculissime Macron, celui-là même qui ne fait que servir le système tant aimé de nos humanistes, en ouvrant les frontières et en clamant le vivre-ensemble.

Tant d’hypocrisie nous laissent pantois mais ce n’est rien à côté de la diatribe suivante sur la « pression » qui s’exercerait sur les « non-croyants » et « agnostiques  qui pourraient à bon droit se sentir désormais citoyens de seconde zone. » Nous voilà confondus par le malheur qui s’abat sur les non-croyants, sur les francs-maçons « qui ne veulent pas être en photos avec les cardinaux, les rabbins, les pasteurs, les imams et les bonzes. » L ‘auteur du discours, peu soucieux d’oecuménisme a oublié dans sa liste les sorciers vaudou, les prêtresses wicca ,les druides et les vestales. Qu’on le rassure, personne n’a envie d’être sur la photo avec les francs-maçons.

Et d’enfoncer le clou en affirmant que « la majorité de nos concitoyens sont non croyants », alors que 70% de la population française est baptisée.

Le discours n’a pas manqué d’évoquer également « les heures les plus sombres de notre histoire » en rappelant que les francs-maçons « ont été persécutés par l’Etat français de Philippe Pétain ». En effet, le 14 juin 1940, les Allemands prennent possession des locaux du Grand Orient rue Cadet à Paris et saisissent le matériel des loges.

Le 7 août 1940, le frère Groussier, Grand Maître du G.O.D.F. adresse au Maréchal Pétain une lettre pour signaler la cessation d’activité de l’obédience. La fuite est un art chez les francs-maçons. Le 11 août 1941, la loi sur les sociétés secrètes aboutira au fichage des frères, de la même façon que de 1900 à 1904, la maçonnerie et le G.O.D.F. avaient organisé le fichage politique et religieux des officiers catholiques de l’armée française afin de bloquer leur avancement lors de la célèbre « affaire des fiches » … le tout initié par le ministre de la guerre le Frère Louis André, afin de privilégier l’avancement des républicains. Bis repetita et retour à l’envoyeur. A persécuteur, persécuteur et demi.

Mentir par omission, c’est toujours mentir.

Finissons-en avec la plus grand marque d’hypocrisie du G.O.D.F. qui lorsqu’il revendique, l’égalité, le refus du différentialisme oublie de mentionner que bon nombre de ses loges refusent toujours l’accès à la gente féminine et que la mixité instaurée au sein de l’obédience n’est qu’une façade puisqu’au 31 décembre 2016, sur 55 590 membres, on ne compte que 2935 sœurs soit 5,6% du total. La première proposition pour la mixité datait de 1869 et il aura fallu attendre 2010 pour en voir un semblant s’instaurer.

Guère brillant pour des humanistes

« Les francs-maçons ne demandent rien pour eux-mêmes » mais exigent du gouvernement des avancées, des conquêtes, des remises en cause, des lois et j’en passe. Posons-nous la question : quelle est la légitimité d’un groupe de 55 590 membres d’une société secrète, qui se réunissent en douce à la tombée de la nuit et se cachent le plus possible pour revendiquer quoi que ce soit dans un état de droit ?

Cette discrète société a bien des intérêts quelque part  … mais ceci est une autre histoire … La suite au prochain épisode.

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