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Guerre d’Algérie : L’aumônier des parachutistes et la torture

dans Réflexions & Histoire

La torture pendant la guerre d’Algérie est la tarte à la crème de tout ce que la France compte d’ennemis. La guerre propre n’existe que dans les cerveaux de ceux qui ne la voient qu’au cinéma et la société sans violence n’a été inventée que pour miner celle que l’on veut détruire. La question est toujours d’actualité comme le montre la déclaration du président de la République, le 13 septembre 2018, reconnaissant la responsabilité de l’armée pour le cas du communiste Maurice Audin « torturé à mort par des militaires qui l’avaient arrêté ». Nous revenons sur cette question avec un document jamais présenté : Réflexions d’un prêtre sur le terrorisme urbain du Père Louis Delarue.


Rédaction NSP
Thierry de Cruzy

Si la guerre d’Algérie a mobilisé près de 500 000 soldats dans un conflit conventionnel, elle est d’abord une guerre révolutionnaire où l’opinion publique est l’enjeu principal.
Réflexions d’un prêtre sur le terrorisme urbain, le texte sur la torture mis en ligne ici est toujours cité, mais jamais présenté. Or il est indispensable de revenir aux sources avant d’émettre un jugement. Ce texte est publié le 29 mars 1957 en annexe d’une note de service diffusée par le général Massu, commandant la 10e Division parachutiste. Au début de janvier 1957, la mission de pacifier la ville d’Alger lui a été confiée, marquant l’ouverture de ce que l’on va appeler la bataille d’Alger et répondant à l’offensive du FLN dont le déclenchement devait être une grève générale annoncée pour le 28 février. Elle reste la seule victoire d’une armée conventionnelle contre le terrorisme. Elle est enseignée à West Point et son exemple a évité au continent sud-américain de subir des régimes marxistes, mais son nom ne figure sur aucun des drapeaux des régiments qui ont vaincu.
Le court texte introductif de Massu donne le contexte d’une « guerre révolutionnaire et subversive, menée par le communisme international et ses intermédiaires » et s’en prend à « une certaine presse métropolitaine ». L’Humanité, quotidien du PCF, Le Monde, quotidien et L’Express, le nouvel hebdo progressiste, mais aussi Témoignage chrétien interdit dans les casernes depuis 1955, sont les tribunes des “porteurs de valises” qui soutiennent et cautionnent les attentats contre les populations civiles. Ces publications sont appuyées par tous ceux qui veulent un affaiblissement de la France (URSS et pays de l’Est, pays arabes et Etats-Unis). A l’automne 1956, après le fiasco de l’opération de Suez – Le Caire soutient les indépendantistes –, aux yeux du monde la France a perdu son statut de grande puissance. De novembre 1954 à mai 1957, on dénombre 16 932 attentats contre des civils et 9134 contre les forces de l’ordre, causant la mort de 1035 européens et 6325 musulmans (sans compter ceux dont les corps n’ont pas été retrouvés). Plus spécialement dans Alger, on compte 150 attentats de juin à août 1956, ils montent à 122 en décembre. Encore à 112 en janvier, ils tombent à 29 en mars.

L’aumônier des parachutistes

Le Père Louis Delarue (1913-1998) est l’aumônier de la 10e DP. Il a été breveté en 1954 en Indochine. Il rédige son texte sur la torture au lendemain des attentats des deux stades dans la banlieue d’Alger (10 février 1957), faisant 12 morts et 45 blessés dans la foule qui assiste aux matchs. D’abord destiné à quelques officiers de la 10e DP, le texte est repris par Massu pour qu’il bénéficie à toute la division.
« Nous nous trouvons en face d’une guerre d’un type nouveau, d’une guerre révolutionnaire. Nos défenses habituelles : supériorité d’armement, courage et savoir-faire au combat, ont été tournées. Nous sommes en face du terrorisme dans toute sa lâcheté, dans toute son horreur […]. Entre deux maux, faire souffrir passagèrement un terroriste pris sur le fait, et qui d’ailleurs mérite la mort, en venant à bout de son obstination criminelle par le moyen d’un interrogatoire obstiné, harassant, et d’autre part, laisser massacrer des innocents que l’on sauverait si, par les révélations du criminel, on parvenait à anéantir le gang, il faut sans hésiter choisir le moindre : un interrogatoire sans sadisme, mais efficace […]. L’horreur de ces assassinats de femmes, d’enfants, d’hommes dont le seul crime fut d’avoir voulu, par un bel après-midi de février, voir un beau match de football, nous autorise à faire sans joie, mais aussi sans honte, par seul souci du devoir, cette rude besogne si contraire à nos habitudes de soldats, de civilisés. »
Le texte de l’aumônier des parachutistes répond à une offensive médiatique coordonnée des alliés des terroristes : le 15 février Témoignage chrétien publie des lettres de Jean Muller dénonçant la torture ; le 29 mars L’Express publie la lettre de soutien à son directeur, Jean-Jacques Servan-Schreiber, du général de Bollardière ; en mars Pierre-Henri Simon publie Contre la torture.
Inspiré par les théoriciens de la guerre révolutionnaire que sont Lacheroy, Trinquier, Hogard, le dispositif mis en place par les parachutistes prend le contrôle la casbah et neutralise les terroristes. De son côté, le texte de l’aumônier répond à la propagande médiatique alors que les autorités ecclésiastiques tardaient à fournir une position claire et que l’aumônerie militaire ira jusqu’à lui reprocher de ne pas avoir sollicité son avis, sans critiquer son texte sur le fond. Son engagement auprès des parachutistes lui vaudra le non renouvellement de son contrat et son rapatriement en métropole en janvier 1961.
Le colonel Trinquier explique dans La Guerre moderne (p. 20) : « À la lumière des événements actuels, nous pouvons sans difficulté prévoir dans les grandes lignes le déroulement d’une prochaine agression : quelques hommes de main organisés et bien entraînés feront régner la terreur dans les grandes villes ».

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