Herschel Grynszpan : anti héros manipulateur et assassin narcissique

dans Réflexions & Histoire

En cet anniversaire de la nuit de Cristal, il n’est pas inutile de se pencher sur la personnalité de celui qui en fut la cause  indirecte : le minable petit tueur Herschel Grynszpan que les biographies actuelles, sans cesse révisées, ont fortement tendance aujourd’hui à magnifier …


Personnage ambigu, introverti et narcissique, ce jeune homme n’est âgé que de dix sept ans lorsqu’il va faire parler de lui. Juif polonais d’origine, sa famille ayant émigrée en Allemagne, réside à Hanovre, et il commencera par se signaler dès sa toute petite enfance en se faisant renvoyer de l’école maternelle, exploit peu courant il faut bien en convenir !
Il poursuivra ensuite des études médiocres dans une école communale de Hanovre dont il sortira sans diplôme, puis il tentera d’apprendre l’hébreu dans la yeshiva Salomon Breuer à Francfort, pour apprendre l’hébreu. Il n’y restera qu’un an !
Après cette scolarité ratée, il songera vaguement à rejoindre les premiers sionistes, idée qu’il abandonnera très vite : comme on le verra, Grynspan est d’abord un velléitaire…Ses parents, vu le contexte politique, le font émigrer en Belgique auprès de parents à Bruxelles.
Pendant son séjour à Bruxelles, Herschel travaille comme magasinier aux 90/92 rue des Tanneurs à la quincaillerie familiale de fournitures en gros pour maroquiniers : ce sont des crépins…
Peu satisfait de son sort, Herschel souhaite partir en France : Esther Frysz, et sa sœur Rayzla Rosenthal-Frysz, acceptent de l’emmener à Paris en avril 1937. Elles prennent avec Herschel, le 4, le premier train du matin Gare du Midi à Bruxelles pour Valenciennes. De là Herschel traverse la frontière un matin avec les ouvriers frontaliers polonais des mines à Quiévrain et entre en France illégalement le 13 avril.
Il rejoint les deux tantes et ensemble, ils gagnent Paris, où Herschel va s’installer chez l’oncle Abraham, au 23 Bd Richard-Lenoir qui veut bien le faire travailler dans sa boutique d’habillement et lui apprendre le métier de tailleur.
Mais oisif de nature, peu enclin au travail, Herschel délaisse très vite son apprentissage, ce qui conduit son oncle à finir par le flanquer à la porte.
Il fréquente alors certains milieux qualifiés de douteux et vit quelques semaines d’expédients plus ou moins louches.
On est loin du tableau ahurissant brossé aujourd’hui par Wikipédia : « Pauvre et solitaire, sans qualifications particulières, il se retrouve dans une situation désespérée et dépend totalement de son oncle Abraham, qui est également très pauvre. Il refuse les possibilités d’emploi par peur d’une arrestation et cela accentue les tensions avec son oncle et sa tante. » (sic!)
« Le 11 août 1938, il reçoit un ordre d’expulsion dans les quatre jours. Il oblige son oncle à le cacher dans une chambre de bonne au 5e étage du 8, rue Martel. » (C’est la seule chose qui soit vraie !)
« Les rares personnes qui le fréquentent à cette époque le décrivent comme un adolescent timide et émotif, qui pleure souvent en évoquant le sort des Juifs dans le monde (idée qui l’obsède), en particulier celui de sa famille bien-aimée en Allemagne. Issu d’une famille très unie et aimante, Hirschel parle souvent de l’amour qu’il a pour ses proches et de sa souffrance à vivre éloignés d’eux. » (resic !)
En fait, le petit narcissique raté veut faire à tout prix parler de lui : il décide d’accomplir un « grand dessein » – ce que l’on découvrira écrit noir sur blanc dans ses carnets cryptés – pour devenir célèbre : commettre un crime pour faire parler de lui et, ensuite, se suicider!
Cette démarche psychologiquement n’est pas nouvelle : elle rappelle celle d’Erostrate ou celle du novice du temple, si bien évoqué par Mishima, incendiaire du Pavillon d’Or.
Mais ceux-là, au moins, ne voulaient tuer personne, juste faire parler d’eux.
Grynszpan, lui, va s’attaquer délibérément à un innocent sans défense: il achète un revolver et décide de tirer sur un diplomate allemand à l’ambassade du Reich à Paris pour «attirer l’attention du monde sur la condition des juifs déplacés» (sic!).

Incarcéré à Fresnes

Le geste est prémédité, mais l’accomplissement n’est pas, là non plus, à la hauteur des espérances de son auteur: entré dans l’ambassade d’Allemagne le lundi 7 novembre 1938, armé d’un révolver 6,35, au prétexte de « remettre un dossier », Grynszpan n’est reçu ni par l’ambassadeur Johannes von Welczeck, ni par son secrétaire Ernst Achenbach alors absent, ni par un des conseilles d’ambassade, mais par un simple attaché Ernst von Rath sur lequel (superbe exploit!) il va tirer cinq fois dans le dos et à bout portant… sans même parvenir à le tuer!
Grièvement blessé, von Rath est aussitôt emmené à la clinique de l’Alma, rue de l’Université, où il sera opéré par les meilleurs chirurgiens français dépêchés par le gouvernement, assistant le propre médecin d’Hitler envoyé tout exprès sur place par le führer…mais en vain : il succombera le surlendemain, le 9 novembre à 16h 30.
C’est l’annonce de sa mort aussitôt transmise à Berlin, qui va déclencher la fameuse « nuit de Cristal », la nuit du 9 au 10 novembre 1938 : 30 000 juifs seront arrêtés, 267 synagogues brûlées et 75 000 magasins juifs détruits, mais majoritairement sans être pillés!
Il est intéressant de souligner alors, pour bien montrer la mentalité du temps, que ces “exploits” – dont l’initiative gouvernementale national-socialiste n’est pas douteuse, malgré le caractère “spontané” qui lui est donnée – entraînèrent la colère des dirigeants du Reich constatant que « ces magasins détruits allaient devoir être indemnisés par des assurances allemandes! » (sic!) Et ce fut effectivement le cas !
Il est important de le souligner pour bien montrer, s’il en était encore besoin, que la question politique essentielle n’était pas, à ce moment-là, pour les nazis d’éliminer ou de détrousser des juifs, mais bien de les extirper de la sphère géopolitique  allemande.
Le Reich, surtout par l’intermédiaire de Goebbels, comprit tout le parti que la propagande (nous dirions aujourd’hui la communication) pouvait tirer de «cette lâche tentative d’assassinat d’un jeune fonctionnaire allemand commise par un petit juif apatride».
Hitler avait fait, à titre posthume, de von Rath le “troisième conseiller d’ambassade” pour donner plus de consistance au personnage: cet assassinat, loin de plaider pour la cause juive, servira donc la propagande nazie.
Beau résultat!
Grynszpan, aussitôt arrêté sans aucune résistance, sera incarcéré à Fresnes. Il ne s’est pas du tout suicidé après son exploit et il attend tranquillement son jugement en prison!
C’est alors que le Congrès Mondial Juif se mobilise aux Etats Unis et lance par l’intermédiaire d’une journaliste américaine, Dorothy Thomson, une grande campagne de soutien à ce “héros juif de la résistance antinazie” (sic !).
Ce soutien prend aussitôt la forme d’une souscription qui réunira des sommes énormes  permettant, entre autre, de fournir à Grynszpan parmi les meilleurs avocats, maître Vincent de Moro-Giafferi, le grand ténor du barreau, célèbre pour son inoubliable plaidoirie dans l’affaire Landru…
La partie civile nomme Friedrich Grimm auxiliaire des services de Joseph Goebbels. Les avocats français Maîtres Maurice Garçon et Maurice Loncle sont choisis pour représenter le Reich…
On rêvera de ce qu’auraient pu être les joutes oratoires entre Vincent de Moro-Giafferi et Maurice Garçon ! Mais, comme on va le voir, ce procès n’eut finalement jamais lieu….
Grynszpan, conscient et satisfait de son importance toute nouvelle, ne doute vraiment de rien : il va harceler Maître Moro-Giafferi pendant plus de dix huit mois en exigeant des visites toujours plus nombreuses et surtout sa mise en liberté provisoire. Il aura même le culot fin août 1939 d’écrire au Garde des Sceaux pour lui demander l’autorisation de s’engager dans l’armée française!
Herschel Grynszpan fera ainsi près de deux ans de prison préventive: les Allemands faisant repousser la date du procès au gré des événements politiques et militaires: invasion de la Tchécoslovaquie, déclaration de guerre, etc.
En juin 40, devant l’invasion allemande, les prisons françaises sont évacuées vers la zone libre. Grynszpan est dirigé sur la maison d’arrêt d’Orléans, mais le convoi est attaqué en route…
Grynszpan, se retrouvant libre par hasard, n’a rien de plus pressé…que de rallier de lui même la maison d’arrêts de Bourges où il se présente le 17 juin 40!
Le 18 juin au matin, à la demande expresse du préfet du Cher averti par la prison –  peu soucieux de gérer un tel personnage noté évadé lors de son transfert de Fresnes à Orléans – Grynszpan n’est pas mentionné sur les registres d’entrées et est conduit, libéré, sur la route de Châteauroux.
Il se rend alors de son plein gré…à la prison de Châteauroux – cela devient une manie – qui le renvoie aussitôt…
Il se dirige alors vers Toulouse où il se rend devinez où ? A la prison!
On voudra bien de lui à la centrale !
C’est de là qu’il sera livré aux Allemands et transféré à Berlin comme l’atteste Otto Abetz.
Il y sera interrogé avec tous les égards, pour ne pas apparaître physiquement diminué avant son procès – propagande oblige – puis il est envoyé au camp de Sachsenhausen où il bénéficiera d’un régime préférentiel, partageant même sa captivité avec l’ancien chancelier d’Autriche von Schuschnigg!
Le procès initialement prévu pour le 18 février 1942, mais c’est l’époque du procès de Riom où certains des témoins du procès Grynszpan sont aussi amenés à témoigner. Il sera finalement reporté au 11 mai 1942.
Ne pouvant légalement juger sur le sol allemand un apatride, mineur de surcroît, convaincu de meurtre à l’étranger, le Reich tourne la difficulté en instruisant un procès pour haute trahison, ce qui permet pratiquement tout en temps de guerre.
C’est alors que Grynszpan tente un coup de bluff: il prétend avoir eu des relations homosexuelles avec von Rath!
Certains laissent entendre que cette idée lui aurait été soufflée à Fresnes par maître Moro-Giafferi…
On se demande bien pourquoi alors Herschel Grynszpan aurait attendu deux ans pour en parler car il savait fort bien que tout son procès allait se dérouler dans un unique but de propagande pour laquelle il n’était pas imaginable qu’un fonctionnaire du Reich soit publiquement convaincu d’homosexualité!
Et ce fut bien le cas: le procès de Grynszpan n’eut jamais lieu !
Grynszpan restera à Sachsenhausen où il sera totalement oublié
Ses codétenus reconnurent en 45, à la libération du camp, que Grynszpan leur avait avoué avoir tout inventé… Celui-ci a disparu sans laisser de traces, probablement au nombre des morts anonymes du camp…
Pourtant en  2016, Christa Prokisch, archiviste en chef au Musée juif de Vienne, et Armin Fuhrer, spécialiste de Grynszpan, estiment qu’on reconnaît « avec une quasi-certitude » Grynszpan photographié le 3 juillet 1946 dans un camp pour personnes déplacées à Bamberg alors qu’il participait à une manifestation de survivants de la Shoah protestant contre le refus des autorités britanniques de les laisser émigrer en Palestine.
Comme explications possibles de la discrétion de Grynszpan après la guerre, Prokisch envisage qu’il ait collaboré avec les nazis, ce qui expliquerait leur mansuétude envers lui !
Ce qui expliquerait aussi qu’il ait été interrogé par Adolf Eichmann. Prokisch rappelle que Grynszpan était mal vu par certains Juifs qui lui reprochaient à juste raison d’avoir déclenché les pires des représailles contre leur communauté. ” Ce petit raté, paresseux, lâche, sournois, manipulateur et mythomane, anti héros narcissique à l’ego surdimensionné, et apparemment collabo à ses heures, nous a laissé aussi des écrits: des carnets cryptés où il avouait toutes ses inventions, en particulier le stratagème de sa « pseudo homosexualité ».
Comme aujourd’hui c’est très tendance, on se doit d’en parler!


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