Italie : la famille Bennetton mêlée au scandale du pont Morandi

dans Tour d'horizon

Le drame survenu chez nos voisins transalpins le 14 août dernier aura au moins eu le mérite d’imposer une prise de conscience et quelques enseignements recevables au-delà des frontières italiennes. En effet, l’effondrement du viaduc Morandi, reliant l’est à l’ouest de Gênes, causant au moins 38 morts identifiés, une quinzaine de blessés et cinq disparus selon les dernières estimations s’avère être l’accident routier le plus meurtrier d’Europe depuis 2001. Comme dans un scénario catastrophe, des dizaines de voitures et camions ont chuté de 45 mètres de hauteur au milieu d’un chaos de milliers de tonnes béton et d’acier. Des signaux d’alertes et rapports avaient pourtant alerté de longue date les pouvoirs publics et les gestionnaires privés de ce tronçon d’autoroute apparemment plus soucieux de rentabilité que de sécurité.

Rédaction NSP
Arnaud Raffard de Brienne

La famille Benetton, bien connue pour ses collections de pulls colorés et surtout ses campagnes publicitaires provocatrices et décalées, son obsessionnelle incitation à une société multiraciale et métissée, inlassablement martelée par le slogan « United colors of Benetton » se retrouve bien malgré elle au cœur du scandale que, cette fois, elle subit bien malgré elle.

En effet, le clan Benetton détient un véritable empire débordant largement l’univers du prêt-à-porter avec des activités dans les télécoms, la restauration, l’immobilier, l’agriculture, la finance, et il réalise la part la plus importante de son chiffre d’affaires dans les infrastructures et transports. Il détient notamment 30% d’Atlantia, le groupe propriétaire d’Autostrade per Italia qui gère le tronçon de l’autoroute A10 et par conséquent le pont Morandi de Gênes. Les deux vice-premiers ministres n’ont pas manqué de fustiger la rapacité des acteurs privés plus enclins à s’enrichir qu’à maintenir en bon état les concessions dont ils ont la charge. Ils ont rappelé cette évidence que le montant des péages devrait être réinvesti dans l’entretien des autoroutes et ouvrages d’art plutôt que d’enrichir d’insatiables actionnaires. Une procédure de révocation d’Autostrade per Italia a d’ailleurs aussitôt été engagée par le gouvernement mais, aussi vrai que l’argent appelle l’argent, en cas de rupture du contrat de concession, l’État italien devra compenser le manque à gagner pour le groupe à hauteur de 15 à 20 milliards d’euros. C’est donc au final le contribuable italien qui paiera.

Voilà qui distraira en tout cas un certain temps la famille cosmopolite Benetton de ses lubies métisseuses, elle qui, en juillet dernier, moins d’un mois avant la catastrophe, avait lancé une campagne publicitaire fustigeant ouvertement la fermeté anti-migrants du gouvernement. Impressionnante et fascinante, soit dit en passant, cette passion des milliardaires pour l’immigration.

En France, 840 ponts présentent un risque réel d’effondrement

Depuis ce drame, la France fait plutôt profil bas et, pour le moment, seule la gestion étatique du réseau routier a été jetée en pâture aux media, à l’exclusion des concessions privées d’autoroutes. Un rapport accablant, commandé par le gouvernement et édité par les sociétés spécialisés Nibuxs et IMDM qualifie crûment le réseau routier géré par l’État de « vieillissant et dégradé ». Sur les 12 000 ponts français du réseau non concédé à des opérateurs privés, 4 000, soit un sur trois, nécessitent des réparations et 7%, soit 840 ponts, présentent « un risque réel d’effondrement ».

Selon Elisabeth Borne, ministre des Transports œuvrant plus ou moins incognito jusqu’à ce jour et brusquement placée, bien malgré elle, sur le devant de la scène « 50% des surfaces de chaussées sont à renouveler alors que près d’un pont sur dix est en très mauvais état ». Pareil aveu dans le pays champion du monde des prélèvement fiscaux interroge forcément jusqu’au moins suspicieux des citoyens sur l’utilisation des finances publiques.

Le rapport précise que 17% des routes nationales étaient « très endommagées » en 2016 contre 14% en 2006, ce qui constitue l’un des marqueurs fiables d’un pays en voie de paupérisation. Il évalue à 1,3 milliard d’euros par an les dépenses à prévoir pour l’entretien et la remise en état du réseau alors que le budget n’est que de 800 millions pour l’année 2018 (700 en 2017). Sans surprise, les financements manquent …

Pour ne pas déroger aux traditions nationales et comme il semble urgent sinon d’agir tout au moins de commettre des textes, la machine à légiférer devrait accoucher d’un projet de loi de programmation des infrastructures qui sera présenté à la rentrée.

Cet article a été initialement diffusé dans le journal Présent.

 

 

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