Keir Starmer à la tête du Labor anglais une revanche des mondialistes ?

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Au Royaume-Uni, lors des élections générales de 2019 et à la suite de sa position controversée au sujet du Brexit et des accusations d’antisémitisme au sein de son parti, Jeremy Corbin, leader contesté du Labor Party – le Parti Travailliste, équivalent du Parti Socialiste en France –  était défait très largement par  conservateur Boris Johnson, actuel premier ministre anglais. Depuis, le camp travailliste s’est beaucoup agité afin de lui trouver un successeur: Keir Starmer, élu à la tête du parti le 4 avril 2020. L’élection de Keir Starmer avait-elle pour but d’augmenter les scores d’un parti à la dérive ?


Rédaction NSP
JEAN-LOUIS DUTERTRE

Rappelons-nous que si le Conservateur Boris Johnson a été élu avec un écart tout à fait significatif, c’est parce qu’il a le premier depuis l’adoption du thatchérisme eu l’audace de chasser sur les terres de la gauche britannique, s’imposant dans des régions ouvrières traditionnellement acquises au Labor party, notamment en promettant une hausse du SMIC de 6%, bien dérisoire pourtant mais rendue possible, selon lui, par le Brexit. Johnson a donc été élu grâce à un programme populiste et parce qu’il s’est affranchi, en paroles seulement certes, de la doxa hyper-urbaine et mondialiste. Alors pourquoi le Labor voudrait-il évincer Jérémy Corbin au nom d’un centrisme ringard qui donne d’une main aux travailleurs ce qu’elle quémande timidement à la haute finance de l’autre ? Un récent reportage du Financial Times  nous apporte une réponse étonnante, et ce dans un film de 30 minutes qui ressemble à un biopic-panégyrique de Lady Margaret Hodge, née Oppenheimer, et qui se présente elle-même spontanément comme la seule « Jewish woman » restante parmi les parlementaires du parti.
Elle explique à sa manière l’isolement de Corbyn, candidat malheureux à sa réélection car il aurait laissé souffler un air d’antisémitisme sur le parti . C’est bien ce qui lui était reproché par la presse britannique, unanime dans sa condamnation du leader travailliste.  Elle ajoute que selon elle: « la vision du monde hostile aux Etats-Unis et à l’Otan mène à l’antisémitisme ». N’étant point des goujats et ne voulant point embarrasser une dame de son acabit, qui a roulé sa bosse dans le gouvernement de l’insipide Tony Blair, nous la croyons bien volontiers sur parole ! Le recadrage  du parti vers des thèmes libéraux-libertaires et la « mondialisation heureuse » seraient donc un rempart à la haine, avant d’être un argument électoral.
Lors d’une réunion du Jewish Labor Movement à la synagogue de Middle Street, regroupant près de 700 personnes et à laquelle participait le maire de Londres Sadiq Khan,  Lady Hodge a affirmé vouloir  « éradiquer l’antisémitisme de l’âme du parti » et a ajouté  « je ne vais pas abandonner,  jusqu’à ce que Jeremy Corbyn cesse d’être le chef du Parti Travailliste ».
Et Mme Hodge de faire la leçon à un jeune gauchiste visiblement un peu trop épris d’idéal car, d’après elle, l’essentiel est  d’ « arriver au pouvoir », quitte à abandonner l’électorat prolétaire au bord de la route et à saborder le parti. Achevant l’entretien, elle assure que de nouvelles années avec Corbyn à la tête du parti eussent rendu la situation des citoyens juifs en interne très compliquée.
L’élection de Keir Starmer, un « homme de gauche » mondialo-compatible n’a pu que la réjouir.

La première réaction de la presse britannique suite à l’éviction de Corbyn ne saurait être la surprise puisque la quasi totalité de cette presse lui était hostile, comme le déclare le journaliste et activiste de gauche Aaron Bastani  et le leader travailliste était déjà dans une situation fort précaire du fait de son antisionisme , très souvent assimilé à l’antisémitisme. Enfin, avec Keir Starmer,  la page sombre du parti est tournée, et tant pis pour la stratégie populiste de Corbyn qui, à terme, aurait pu permettre un réel rebond du Labour… Et voilà des accusations qui ne risquent pas de toucher son opposant Boris Johnson qui, bien que de confession anglicane,  a révélé ses origines maternelles israélites lors de son voyage officiel en Israel.
Petite leçon également pour nos amis « conventionnistes de droite » : à force de donner l’estocade à des moulins à vent (progressisme, gauche, etc.) sans se demander jamais pourquoi la chienlit médiatique les épargne, ne seraient-ils pas les heureux cocus de la mondialisation heureuse ? En l’occurrence, Corbyn, bien que de gauche, s’est attiré bien plus d’ennemis en s’en prenant à l’empire financier américain que son opposant supposément droitard.

Keir Starmer s’exprime !

Ce mois d’avril 2020 aura vu bien des nouvelles ! La gabegie gouvernementale, étalée sur tous les réseaux sociaux, les révélations en tous genres, notamment celle de l’existence du laboratoire P4 dans le Wuhan, inauguré par le mari d’Agnès Buzyn, Yves Lévy en 2018, et la guerre des lobbies pharmaceutiques (le Big Pharma) contre la courageuse initiative du professeur Raoult. Au milieu de tant d’agitation, un fait est passé totalement inaperçu: le 4 avril 2020,  Keir Starmer, successeur à la tête du Labor Party du controversé Jeremy Corbyn, s’exprimait en direct depuis sa résidence, confinement oblige, dans un discours dans lequel il ne manqua pas de remercier ses électeurs ainsi que son prédécesseur afin, peut-être, de se concilier la fraction gauchiste et antimondialiste du parti, prédécesseur qui avait pris la direction du camp travailliste en 2015, non sans provoquer de nombreuses polémiques tout au long de son mandat.  Défenseur d’une vision complètement antinomique au blairisme dominant parmi les parlementaires du parti, il vit même une fraction des députés (MPS) quitter le groupe parlementaire du parti !
Face à la politique sociale de Johnson, certes bien insuffisante pour redonner toute leur dignité à la classe moyenne anglaise grandement appauvrie et souffrant elle aussi des effets de la pression migratoire, le nouveau président travailliste se paye de mots. Prétendant penser aux travailleurs qui font tourner le pays malgré la crise, et dont il reconnaît la situation précaire, il n’apporte cependant aucun élément de réponse quant à l’opposition évidente entre sa vision mondialiste  asservie aux exigences de la finance mondiale, ennemie des identités et des nations, et le souci pour les pauvres de plus en plus conscients des enjeux sociaux et identitaires de la lutte pour leur émancipation.
Ne ralliant que les voix les plus autorisées de la bien-pensance médiatique et les cadres aliénés des centre-villes, dont se moque totalement  l’élite stato-financière sitôt qu’elle n’a plus besoin de leurs précieux votes, M. Starmer ne sera sans doute pas le candidat de la victoire du Labor Party, surtout face à un Johnson capitalisant sur un discours en apparence populiste.
Bien entendu, Keith Starmer n’a pas tardé à dénoncer l’antisémitisme passé du parti, une « tache » selon lui, et à se féliciter du retour des membres juifs au sein du parti. Le grand rabbin anglais assurait en effet en 2019 que « l’antisémitisme prenait racine » dans le parti , malgré les nombreuses palinodies de Corbyn qui affirmait qu’il «n’ y avait aucune place pour l’antisémitisme et le racisme dans le parti » avant de s’excuser platement  et publiquement face à la fièvre médiatique qui s’était emparée de la presse londonienne !
Mais l’opinion publique internationale est finalement rassurée car si, selon Margaret Hodge, la montée du l’antisémitisme avait été le corollaire d’une hostilité envers les Etats-Unis et l’Otan, une collusion qui nous semble, à nous bons démocrates, dangereusement complotiste et  nationaliste, Keith Starmer semble être le meilleur pour éradiquer à jamais le venin de la haine au sein du parti.  Et la clique blairiste du parti en déroute de se féliciter de cette révolution de velours.

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