La Loi secret des affaires, un danger mortel pour nos libertés

dans Résister

Une législation sur mesure pour bâillonner les lanceurs d’alerte

La loi sur le secret des affaires s’inscrit dans la logique libérale imposée par Bruxelles, sommant régulièrement la France de déverrouiller l’économie nationale en accélérant les réformes et dérégulant tout ce qui peut l’être. Qui ne se souvient des débats sur l’élargissement du travail dominical et des attaques à l’encontre des professions libérales dont les praticiens ne constitueraient qu’un ramassis de rentiers ? C’est le mauvais vieux temps de la Commission pour la libération de la croissance française, dénommée par facilité Commission Attali.

Créée en 2007 à la demande de l’inconsistant Nicolas, Sarkozy, alors président de la république, ladite commission, véritable annexe tout à la fois des loges et du club Le Siècle, concentrait le gratin de ploutocratie, de la technocratie et de la presse servile. Depuis la calamiteuse Anne Lauvergeon qui présida avec tout l’heur que l’on sait aux destinées d’Areva, jusqu’à Claude Bebear, pilier inamovible des officines mondialistes, en passant par Hervé Le Bras, le démographe officiel du système qui aura le mieux œuvré en faveur du grand remplacement, le directeur de l’INSEE (Institut National des Sous-Estimations Enjointes), des avocats et journalistes dociles. Un aréopage de quarante-deux spécialistes cooptés, enrôlés au service d’une libéralisation accrue de l’économie française alors que, vraisemblablement, aucun d’entre eux n’aurait jamais été capable d’assurer durablement une gestion fructueuse de la moindre épicerie ou boulangerie de quartier. Que tout ce beau monde ait œuvré sous la houlette d’un Jacques Attali, graphomane impénitent et visionnaire en chambre, jamais en retard d’une billevesée hors-sol, en dit long sur la déconnexion des milieux politiques du réel.

Cette loi adoptée en urgence et à marche forcée afin d’éviter tout débat public et contestation, sans la moindre étude d’impact, signe un remarquable chèque en blanc au monde des affaires, laissant groggy la vingtaine de sociétés de journalistes, la cinquantaine de lanceurs d’alerte et de syndicats, dont le Syndicat national des journalistes (SNJ), et d’associations opposées à cette aggravation évidente de la censure. Même les partenaires sociaux n’ont eu aucun accès au chapitre alors qu’une concertation avec la Direction générale du travail s’impose théoriquement à chaque transposition d’une directive européenne.

Dorénavant, la transmission, diffusion ou publication d’informations relatives aux entreprises et à leur stratégie, au sens large, deviennent hautement périlleuses. L’entreprise pourra, dès intégration de ce texte dans la loi française, avant l’été 2018, assigner en justice et accabler de dommages et intérêts toute personne ayant évoqué un élément présumé secret sans que soit bien établi préalablement l’aspect confidentiel de l’information en question. Par exemple, un salarié témoin d’agissement frauduleux ou contraires à l’éthique dans son entreprise, pourra subir un licenciement et une amende de plusieurs centaines de milliers d’euros pour avoir transmis ces informations aux représentants du personnel de l’entreprise. Près de trois décennies après la signature du traité de Maastricht, en 1992, voici que le vieux slogan des milieux nationalistes et identitaires dénonçant une « Europe des multinationales et des banques » retrouve toute sa verdeur et commence, espérons-le, à sonner un peu plus juste aux oreilles des plus candides de nos contemporains.

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