La Loi secret des affaires, un danger mortel pour nos libertés

dans Résister

Comment en est-on arrivé là ?

Sait-on que près de 10 000 organisations ayant pignon sur rue sont officiellement inscrites à Bruxelles sur le registre des lobbys de l’Union européenne ? Des milliers de lobbyistes, souvent grassement rémunérés par des entreprises multinationales ou des ONG, écumant les cénacles où l’on décide du sort du vulgum pecus, les meilleures tables de la capitale belge et des boudoirs plus feutrés, tournicotent en permanence dans ce haut lieu de décision, tentant par tous moyens de convaincre les décideurs européens, cette « élite » jamais élue à quelque mandat que ce soit par le moindre électeur, du bienfondé de leurs positions. Ces petits télégraphistes des trusts de l’agrochimie, de la pharmacie, du pétrole ou des banques prêchent sans relâche pour les intérêts de leurs commanditaires. Avec la législation sur le secret des affaires, toute cette clique a réussi à faire adopter des mesures qui interdiront à jamais aux citoyens lambdas mais aussi aux journalistes, aux scientifiques indépendants des grands intérêts et aux lanceurs d’alerte d’accéder aux dossiers scientifiques exigés par la réglementation pour la mise sur le marché et la commercialisation de produits de consommation ou de médicaments. C’en sera fini des scandales sanitaires, environnementaux ou financiers et le bon peuple sera soumis à la l’implacable loi du profit des grands groupes mondiaux, enfin débarrassés des pesantes opinions publiques et des empêcheurs de s’enrichir sans limites, ni frontières.

Pour exemple, le seul groupe Total rémunère à temps plein six lobbyistes accrédités par le Parlement européen et consacre chaque année une enveloppe de plus de 2,5 millions à ces opérations d’influence. EDF et Engie nourrissent chacun une quinzaine d’agents lobbyistes pour une enveloppe à peu près identique chacun. Peut-on imaginer un seul instant que ces investissements soient effectués à fonds perdus ou en vue de contribuer au bien commun ?

Tant qu’il y aura des hommes

Ceci dit, le bon peuple mérite-t-il meilleur traitement si l’on considère sa passivité pathologique face à la submersion migratoire, à la violation quotidienne de ses frontières, à la braderie accélérée de son patrimoine ethnique, culturel, religieux, à la dénaturation de sa langue et de ses coutumes et mœurs, à la dissolution de son génie propre dans un cosmopolitisme avilissant ; mérite-t-il mieux que la dictature des grands groupes transnationaux ? À débattre.

Malgré tout, gageons et espérons que se lèveront toujours, à chaque génération, quelques hommes pour lesquels indépendance et courage ne sont pas de vains mots, même si le sort des lanceurs d’alerte n’apparait vraiment pas des plus enviables. Entre exclusion professionnelle et sociale, ruine financière, procès à rallonges et suicides suspects, leur statut parait tout sauf attractif. Qu’il s’agisse d’Edward Snowden, l’ancien informaticien de la NSA, l’agence nationale de sécurité américaine, aujourd’hui exilé en Russie pour avoir révélé la surveillance mondiale à laquelle se livre les services américains, de Julian Assange, fondateur de Wikileaks, traqué sans répit, d’Antoine Deltour, lanceur d’alerte français à l’origine de l’affaire LuxLeaks, d’André Cicolella, licencié pour avoir dénoncé les dangers, aujourd’hui reconnus pas tous, des éthers de glycol, d’Irène Fachon, à l’origine du scandale du Mediator, d’Hervé Falciani et de sa liste d’évadés fiscaux, de Stéphanie Gibaud, licenciée de la banque UBS pour avoir mis les pieds dans le plat bien garni de l’évasion fiscale et de blanchiment de fraude fiscale en bande organisée qu’organisait fort adroitement son employeur avec UBS Suisse et de tant d’autres, leurs parcours ne peut s’expliquer que par une passion dévorante pour la vérité et l’irrépressible besoin d’alerter leurs concitoyens.

 

 

Pages ( 4 sur 4 ): « Précédent123 4

Derniers articles Résister

Haut De Page