La véridique histoire des Oustachis, Christophe Dolbeau

dans Arts & Lettres & Chansons

Au XX ème siècle et en dehors de la France républicaine, il a existé un régime où la laïcité a existé. Ce régime est l’Etat indépendant de Croatie ou plus communément la Croatie oustachie. L’ouvrage de Christophe Dolbeau La véridique histoire des oustachis réserve à ce sujet bien des surprises. Partons ensemble pour la Croatie des années 40.


Rédaction NSP
Milos Arkan

Qui sont les oustachis ? Des nationalistes croates membre de l’organisation des révolutionnaires de l’Oustacha qui ont milité et combattu pour l’indépendance de la Croatie qui à l’époque de la création du mouvement en 1929 était intégrée au royaume de Yougoslavie. Ajoutons aussi que la Croatie a fait partie de l’Empire d’Autriche-Hongrie pendant la grande guerre jusqu’en 1918, année de la création de la première Yougoslavie. Le mouvement Oustacha a été fondé par l’avocat Ante Pavelic qui sera surnommé par ses partisans “Poglavnik” ce qui veut dire Guide ou Chef en croate. “Oustacha”, le nom de l’organisation signifie  “Insurrection” et “oustachi” signifie “insurgé”. Le symbole du groupe est un grand U avec une bombe au centre portant le blason du roi Tomislav. Le groupe utilisait les techniques de guérilla et la clandestinité pour menacer l’état yougoslave. Chaque membre devait prêter un serment devant un crucifix, un pistolet et une grenade. Sa célèbre devise est : Zadom spremni ! “Pour la Patrie, prêt !” Le mouvement recevra l’aide de pays comme l’Italie du Duce et la Hongrie du régent Horthy.
En Croatie, les oustachis sont vus comme des héros nationaux qui ont contribué à la cause croate. Certains croates préfèrent plutôt l’ancien régime nationaliste de Tudjman des années 90 qui était moins radical et surtout avait vécu à une époque moins compliquée. Afin de démontrer et de prouver la laïcité oustachie,  je vais me fonder sur les écrits du professeur Christophe Dolbeau, spécialiste de la Croatie et qui a longtemps fréquenté l’immigration croate. Son excellent ouvrage, Véridique histoire des oustachis nous en apprend beaucoup sur le sujet.

Les oustachis et l’Eglise catholique

La Croatie, comme la France est un pays de culture latine et majoritairement catholique. Le mouvement oustachi était également un mouvement à prédominance catholique. Parfois sur leurs symboles au lieu de mettre une bombe, les oustachis plaçaient une croix latine. Une fois au pouvoir en 1941, Pavelic et son mouvement proclament l’indépendance de la nation croate notamment grâce à l’invasion de la Yougoslavie par les forces de l’Axe. Dans une  nation, enfin devenue indépendante, il était grand temps de faire du changement. Contrairement à la république en France, l’état oustachi contribua à favoriser les entreprises et les institutions catholiques notamment en faisant respecter le repos dominical, la rémunération des prêtres ainsi que le respect des offices religieux alors qu’auparavant, d’après le livre de Christophe Dolbeau, la police yougoslave pouvait débarquer en plein office et procéder à des arrestations, voire à des coups de feu. En soutenant l’Eglise catholique, les oustachis ont pu attirer dans leurs rangs des membres du clergé et nombre d’entre eux ont  occupé des places importantes au sein du gouvernement. Mais malgré l’immense majorité de catholiques dans le mouvement, les oustachis n’étaient pas des cléricaux.
Selon Dolbeau, le mouvement se voulait une structure non confessionnelle et uniquement politique. Il écrira aussi que Pavelic lui-même, bien que catholique fervent, n’était pas un clérical. Comme la plupart des pères du nationalisme croate d’ailleurs. Dolbeau ajoutera également cette déclaration du franciscain Ivo Guberina :
Le mouvement oustachi n’est pas pro-catholique ; ce n’est pas un mouvement religieux et il ne cherche pas à influencer les croates dans ce domaine.” Cette affirmation du franciscain Guberina démonte la propagande anti-oustachi qui a voulu salir le mouvement en l’assimilant à un groupe intégriste et fanatique catholique.
Une autre déclaration mérite également d’être citée, celle de l’écrivain Rory Yeomans  : “
A la différence du mouvement catholique slovaque Hlinka, l’idéologie oustachie ne s’inspirait pas de la doctrine catholique et le mouvement n’était pas dirigé par des prêtres.” Certains voient encore cependant un lien très étroit entre les oustachis et le très controversé cardinal Alojzije Stepinac, qui bien que favorable à l’indépendance croate, n’avait pas hésité à critiquer publiquement certaines décisions du gouvernement, notamment sur les excès commis par certains oustachis contre les minorités religieuses et ethniques.
Comme tout mouvement, l’Oustacha avait eu aussi ses défauts et  commis des exactions. Ante Pavelic aura été obligé d’appliquer une circulaire punissant de mort les auteurs de violences à caractère religieux. Pour faire court, les oustachis étaient des catholiques fervents mais les éléments religieux du mouvement étaient moindres. Les relations entre oustachis et dignitaires de l’église étaient bonnes mais n’étaient pas parfaites. Néanmoins les oustachis ont pu contribuer au renforcement du catholicisme en Croatie.

Les oustachis et l’islam

Depuis la proclamation de l’indépendance croate en 1941, la Croatie et la Bosnie-Herzégovine formaient un seul état. Musulmane depuis la conquête ottomane, la Bosnie-Herzégovine est l’un des rares pays musulmans d’Europe avec l’Albanie et le pseudo-pays islamo-mafieux qui porte le nom de Kosovo ( ancienne terre serbe ). Originaire d’Herzégovine, Ante Pavelic était aussi familier et proche de la culture islamique.
Certaine photos d’époque sur lesquelles il portait un fez rouge et se trouvait parfois en compagnie d’imams le rappelleront.  Ce qui est assez remarquable c’est que cette union de la Croatie et de la Bosnie-Herzégovine a pu en quelque sorte unifier un certain temps catholiques et musulmans contre le communisme. Une fois au pouvoir, Pavelic favorisera la communauté musulmane par affinité mais aussi par un certain opportunisme politique et surtout pour éviter une sécession de la Bosnie-Herzégovine. Afin de faire en sorte que les musulmans croates ne se sentent pas exclus dans le nouvel état, Pavelic fit ériger une grande mosquée ornée de quatre minarets sur le Pavillon d’art de Zagreb. Les communistes détruiront ces minarets après leurs prise de pouvoir et transformeront également la mosquée en musée de la révolution.
En effet, les rouges l’avaient fait avec les églises, pourquoi  pas avec les mosquées ? Dans son livre l’écrivain Christophe Dolbeau notera les déclaration de Pavelic en faveur de la communauté musulmane:  “Les musulmans croates sont la moelle épinière du peuple croate.” (7 août 1941);  “Le sang de nos musulmans est un sang croate. La foi musulmane est une foi croate.” (28 février 1942) Et c’est bien un nationaliste qui s’exprime ici.
Au sein du gouvernement, un certain nombre de musulmans vont rejoindre l’Oustacha et vont occuper des places importantes comme Hakija Hadzic qui rejoindra la haute administration de l’état ou encore un certain Ibrahim Pjanic au sein de l’armée. Dolbeau  commente les rapports entre la Croatie et l’islam : “Sur le plan religieux, l’ostracisme dont souffrait l’islam prend fin : le Poglavnik prend la peine de consulter le Rei-el-Uléma ( chef des ulémas ou le doyen des théologiens musulmans de Bosnie-Herzégovine ), les tribunaux de la Charia retrouvent un statut officiel ( décret du 30 juin 1941 ), le salaire des imams est pris en charge par l’état ( décret du 25 mai 1944 ) et le gouvernement s’engage à subventionner plusieurs institutions emblématiques comme le conseil des ulémas ( uléma madzlis ), les écoles primaires et les écoles coraniques.”
Finalement, il a bien exister une réconciliation nationale mais elle a eu lieu en Croatie oustachi et non en France.
Evidement ces musulmans oustachis avaient un sens du patriotisme dont ne font absolument pas preuve la plupart des musulmans de nos banlieues, issus en grande majorité de l’immigration extra-européenne et  ces musulmans oustachis étaient des croates  ou des bosniaques de souche, qu’il étaient chez eux  et ne se sentaient pas l’âme d’un intrus profiteur . L’influence européenne ne semble néanmoins pas étrangère à cet islam oustachi.
L’une des personnalités musulmane de l’Oustacha fut sans conteste Dzafer Kulenovic qui symbolise le ralliement des musulmans avec les catholiques. Il sera vice-président du gouvernement jusqu’à la fin de l’état croate. Il se réfugiera en Syrie pour échapper aux persécutions communistes et mourra à Damas. Cette amitié entre catholiques et musulmans s’est illustrée même après la chute de l’Etat indépendant de Croatie.
Alors que les communistes du Maréchal Tito installaient leur dictature et que bon nombre d’opposants, à savoir oustachis, croato-bosniaques, tchétniks serbes, nationalistes slovènes, monténégrins, macédoniens ou encore communistes staliniens ( suite à la rupture Tito-Staline ) étaient emprisonnées ou exécutés, la résistance s’organisa pour lutter contre la dictature rouge. Parmi ces groupes de guérilla existait la
Grande Fraternité des Croisés de Croatie créée en 1945 et menée par un ancien cadre oustachi , Vjkoslav Luburic. La branche bosniaque du mouvement était menée par Hassan Biber. Les méthodes de combat de ce genre de groupe était le maquis, le sabotage et les attaques de convois militaires.

Les oustachis et l’orthodoxie

Si il y a bien un sujet qui diabolise les oustachis c’est leur relation avec l’orthodoxie. Les oustachis avaient effectivement de mauvaises relations avec les orthodoxes serbes  mais ce serait faire preuve d’ignorance de dire que le mouvement oustachi était purement anti-orthodoxe. La réalité n’était pas aussi directe.  Ante Pavelic, contrairement à ce que la propagande anti-oustachi affirme, n’était pas anti-orthodoxe.
Dans son livre
Véridique histoire des oustachis, Christophe Dolbeau ne manque de rappeler que les oustachis ont contribué à fonder une église orthodoxe de Croatie qui était indépendante de l’église de Serbie. Cependant, du temps de la monarchie yougoslave, l’église orthodoxe était césaropapiste et nationaliste et était la seule  reconnue par le pouvoir. Ce qui voulait dire que les orthodoxes qu’ils soient croates, bosniaques ou encore monténégrins étaient considéraient comme des “serbes” et étaient obligés de suivre les offices en serbe. Les oustachis avaient des problèmes avec les orthodoxes serbes mais pas avec les orthodoxes en général. Pour revenir à cette église orthodoxe de Croatie, celle-ci était sous la juridiction de Mgr Germogen, un russe d’une ascendance cosaque, ancien évêque des cosaques du Don et de l’armée blanche à Lemnos lors de la guerre civile russe. Celui-ci s’installa en Yougoslavie en 1922 et sera assassiné par les rouges en 1945 avec un autre dignitaire de l’église orthodoxe croate, Spiridon Mifka, âgé de 84 ans. Les orthodoxes, comme les musulmans étaient présents au sein du gouvernement et de l’armée. Par exemple, le Premier ministre Savo Besarovic était de confession orthodoxe. Dans l’armée, le colonel Delko Bogdanik était lui-même orthodoxe. Il faut dire que le mouvement oustachi était issu du Parti croate du droit fondée au XIX ième siècle par l’un des pères du nationalisme croate Anté Startsévic et qu’un bon nombres d’orthodoxes y avaientt milité pour l’indépendance de la Croatie alors annexée à l’empire d’Autriche-Hongrie.
A ses débuts dans les années 30, l’Oustacha avait collaboré avec un mouvement nationaliste macédonien dont la plupart des membres étaient orthodoxes :  L’Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne, aussi hostile au royaume de Yougoslavie. Par ailleurs le groupe militait pour le rattachement de la Macédoine au Royaume de Bulgarie et un de ses membres, Vlado  Tchernozemski, un bulgare qui avait pris le nom de code de Petrus Kalemen assassina le roi de Yougoslavie Alexandre 1er et l’avocat Louis Barthou le 9 octobre 1934 à Marseille. Pour conclure, les oustachis n’étaient pas anti-orthodoxes au sens théologique mais tout simplement hostile à l’église orthodoxe serbe au niveau national. Si les oustachis avaient vraiment été anti-orthodoxes, il n’y aurait pas eu autant d’orthodoxes dans leurs rangs et ils n’auraient pas fondé l’ église orthodoxe de Croatie ni même collaboré avec les révolutionnaires macédoniens. En tant que mouvement laïque, l’Oustacha n’avait aucun intérêt de persécuté des orthodoxes croates étant donné que l’objectif commun était l’indépendance nationale et non la conversion des croates non-catholiques.

Les oustachis et les juifs

Si je vous disais que les oustachis n’étaient pas antisémites mais au contraire philosémites. Cela en étonnera peut-être plus d’un ou  cela en décevra d’autres et pourtant il y avait bel et bien des juifs au sein du mouvement oustachi , juifs particulièrement dévoués à la cause nationaliste croate. Ante Pavelic, lui-même avait épousé une femme  d’origine juive,  Marija Lovrencevic, dont la mère était juive et le père catholique. Marija sera cependant baptisée à l’église Saint-Marc de Zagbreb. Au sein du gouvernement de l’état indépendant de Croatie  des juifs ou des personnes ayant des liens familiaux avec eux  étaient parfaitement acceptés. Citons le cas de Slavko Kvaternik qui avait aussi une épouse d’origine juive, Olga Franc, mais convertie  au catholicisme  ou d’Alexandar Klein, juif membre du gouvernement ou encore de David Karlovic.
Alors ? Comment un mouvement qui avait des juifs en  son sein a-t-il pu mettre en œuvre des lois contre la communauté juive ?
Dans son ouvrage, Christophe Dolbeau explique de manière claire que si les oustachis ont établi des lois anti-juives, ce fut à cause de la pression du IIIème Reich. La Croatie à cette époque n’avait pas beaucoup de reconnaissance internationale et l’Allemagne faisait partie du peu de pays qui la reconnaissaient  même si au départ elle était favorable à une Yougoslavie pro-allemande. Pour assurer la pérennité de la Croatie, Pavelic n’avait pas d’autres choix que de se plier à certaines exigences du Reich. Les décisions de Pavélic sur la question juive peuvent être blâmables mais il faut rappeler que pendant la seconde guerre mondiale, beaucoup de pays ont dû s’aligner sur l’Allemagne non pas par sympathie pour le national-socialisme mais par réflexe de survie. D’une part ces pays on rejoint l’Axe pour se souder face à un bolchévisme destructeur qui  s’est révélé finalement aussi dangereux que le national-socialisme après la seconde guerre mondiale. Pour ce qui est de la Croatie de Pavelic c’était bien un réflexe de survie. Bien entendu cela n’a pas empêché des croates de rejoindre les armées de l’Axe et de se battre contre le bolchévisme car, pour eux, l’avenir de l’Europe et donc de la Croatie étaient en jeu.
Pavelic n’avait pas beaucoup de sympathie pour le national-socialisme d’une part parce que sa femme et ses enfants étaient d’origine juive et d’autre part parce que lors de sa période clandestine de guérilla, il fut un temps lâché par ses alliés italiens, hongrois et allemands qui avait accepté l’accord d’amitié avec le nouveau gouvernement yougoslave de Milan Stojadinovic. Dès lors, les camps d’entraînement oustachis avaient été fermés par le gouvernement de Mussolini en Italie et par le Régent Horthy en Hongrie. Vu la situation délicate avec ses alliés, Pavéeic fut obligé de livrer des juifs croates à la gendarmerie croato-allemande qui sillonnait le pays, gendarmerie que Pavelic n’aimait guère. Un éphémère parti national-socialiste croate verra le jour et sera dirigé par un certain Slavko Govedic. Ce parti sera rapidement interdit sous ordre de Pavelic car il entravait le décret faisant de l’Oustacha le seul parti politique du pays. Il est important également de mentionner les protestations de Pavelic contre la création de la 13ème division SS Handschar. En effet celle-ci était composée majoritairement de bosniaques  musulmans et Pavelic voyait une volonté de la part des allemands de fragmenter l’Etat indépendant de Croatie en encourageant un séparatisme bosniaque.
Finalement, pour protéger les juifs croates, Pavelic institua un statut d’aryen d’honneur afin que ces derniers puissent  cacher leurs origines aux autorités allemandes et à la gendarmerie croato-allemande. Non seulement les oustachis n’étaient pas antisémites mais  ils n’avaient guère de  sympathie pour le national-socialisme même si, par  certains aspects, le mouvement une fois au pouvoir avait pu avoir l’air de s’en inspirer.
Le mouvement oustachi était un mouvement patriote croate et c’est ce que l’on découvre à  la lecture de l’ouvrage de Christophe Dolbeau.


Bonus : Le serment oustachi

“Je jure par Dieu le Tout-Puissant et par tout ce qui m’est sacré que je serai fidèle aux principes oustachis et me soumettrai aux règlements, que j’exécuterai sans condition tous les ordres du Poglavnik, que je garderai de la façon la plus absolue tout secret qui me serait confié et n’en révélerai jamais rien à personne. Je jure que je lutterai dans les rangs oustachis sur terre, sur mer et dans les airs pour la conquête de l’indépendance de l’Etat croate, que je garderai et protégerai la liberté du peuple croate. Si je venais à trahir ce serment, conscient de ma responsabilité et pénétré du sens du devoir, je demande que la peine de mort me soit appliquée conformément aux règles oustachies. Que Dieu me vienne en aide ! Amen.”

Derniers articles Arts & Lettres & Chansons

Haut De Page