Laurent K. : « L’électro est un vecteur puissant auprès de la jeunesse radicale et dissidente »

dans Arts & Lettres & Chansons

Laurent K. est connu pour avoir été le leader de Bunker 84, groupe phare de la scène rock anticommuniste (RAC) française entre 1984 à 1989. Il nous revient avec un projet personnel électro Gévaudan (joli clin d’oeil à Saint-Loup) et un album Imperium sorti chez chez Martel En Tête.


Rédaction NSP
Par Gaston Alcide

Laurent K., vous êtes connu et reconnu pour avoir été le fondateur/leader d’un groupe de musique Oi, Bunker 84, qui a marqué et influencé de nombreuses personnes. Pourriez-vous rapidement nous parler de ce groupe, de cette période ?
Laurent K :  Ce groupe a vu le jour dans l’Oise en 1984 pour se séparer en 1989, après avoir sorti deux 45t, deux 33t et deux apparitions sur des compilations de « Rebelles Européens » qui était notre label d’alors. Une jeunesse quelque peu mouvementée dans une période qui l’était tout autant.

Vous avez sorti en 2016, un projet baptisé BKR42 – Renaissance qui consistait en une reprise de plusieurs des titres de BUNKER 84 en version électro-indus. Pourriez-vous nous dire ce qui a motivé la réalisation de ce projet ?
L.K. : Je touchais à l’électro depuis déjà plusieurs années avec un Kamarade dans un projet commun du style de VNV Nation pour ceux qui connaissent et un jour lors d’une répète, il me fit écouter une reprise de Bunker 84, « Dure Réalité » pour être exact. Je fus conquis par l’expérience et nous avons décidé d’en faire d’autres. Je retravaillais également les textes pour coller à mon évolution propre, à ma vision du monde actuel.

Prochainement chez Martel En Tête (label et distributeur non-conforme), sortira l’album IMPERIUM de GEVAUDAN, projet 100% électro. Pourriez-vous nous en dire plus ? Quelle est la genèse de ce projet ? Etes-vous seul à la barre ? Doit-on s’attendre à des reprises, des collaborations ?
L.K. : J’avais composé depuis un moment une dizaine de titres dans une veine électro trance matinée d’influences Industrielles mais que j’avais laissés de côté depuis quelques temps et au début de l’année je les ai redécouverts et me suis donc décidé  à retravailler tout ça dans un projet instrumental à base de samples vocaux et cinématiques, un peu comme l’album de Kaiserbund sorti il y a déjà plus d’une quinzaine d’années.
Effectivement, je suis le seul maître à bord tant dans les compositions, les programmations que la thématique développée. C’est un projet personnel et je tiens à ce qu’il le reste, pas de démocratie participative chez Gévaudan, rien qu’une autocratie décomplexée et assumée.
Non, je ne pense pas qu’il y ait de reprises, quoique dernièrement en écoutant l’album de JJ Burnel, le bassiste de Stranglers, « Euroman Cometh » de 1979, je me suis fait la réflexion de la possibilité de recycler, Industriellement parlant j’entends, le titre « Euroman »
J’ai collaboré, Ouh ! Le vilain mot, sur un morceau avec le collectif Theusz, collectif de musiciens d’indus martial (Lire l’interview réalisée par NSP, ndlr).

Avec GEVAUDAN, vous semblez changer complètement d’univers musical, est-ce un adieu à la scène Oi / RAC ou juste une escapade ?
L.K. :  La scène Oi-Rac, il y a longtemps que j’en suis parti, début 1990 pour être exact. J’y ai fait seulement deux petites apparitions avec Bifrost en 1993 et 1994 et quelques autres de manières sporadiques ensuite. Depuis les années 90, j’ai joué dans diverses formations allant du Métal au Hardcore pour l’essentiel qui n’ont pas eu l’impact qu’elles auraient mérité… En fait depuis la reformation scénique de Bunker 84, l’escapade se situe plutôt vers la scène Rac. Quant à l’électro/Indus, j’en suis friand depuis la fin des années 80 avec des combos comme Laibach, Front 242, DAF, Nitzer Ebb.

Nous avons pu (merci à votre producteur) écouter quelques titres d’IMPERIUM. La force qui vous animait dans BUNKER 84 semble intacte. Pensez-vous que la musique électronique puisse être un vecteur d’idées, d’émotions aussi puissant que le rock (la musique) ?
L.K. : Parfaitement, la musique électro qui est d’ailleurs essentiellement Européenne dans son essence même peut être un puissant vecteur de notre Weltanschauung auprès de la jeunesse radicale et dissidente. Je pense et j’ai toujours pensé qu’il faut diversifier les styles musicaux pour toucher une plus grande partie de notre peuple et non pas ressasser sans cesse les mêmes accords, encore et encore.
Même si souvent le pessimisme m’enveloppe de sa robe pernicieuse et la misanthropie latente de mon caractère refait fréquemment surface, un souffle intérieur me pousse à avancer, à aller de l’avant. « Il n’est pas besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. » Guillaume d’Orange

Contrairement au rock, la musique électronique n’est pas connue pour être une musique de rebelles, de contestataires, à quelques exceptions près. Avec des titres comme Der Werhwolf et Un cœur rebelle, nous sentons bien votre volonté de ne pas être neutres, d’avoir un message à faire passer et pas juste de proposer de la musique pour se divertir, est-ce exact ?
L.K. :  Je te laisse ton jugement sur la musique électro car je pense que l’EBM ou l’Industriel en son temps ont été bien plus rebelles que le rock… Exactement, Gévaudan n’est pas neutre politiquement parlant, il n’y a qu’à voir la pochette et le titre de l’album pour de suite s’en rendre compte, pour savoir où l’on va, vers des terres peu démocratiquement correct. L’objectivité dans l’art ou ailleurs n’existe pas, je n’y crois absolument pas, tout est subjectif. Gévaudan c’est la bête immonde dont le ventre pestilentiel est encore fécond… On peut y entendre Robert Dun, Pierre Vial, Pierre Krebs ou encore Dominique Venner. On y parle d’Empire, de sacrifice, de « démocrature » orwellienne, de verticalité, de révolution, de pensées corsaires pour paraphraser Adinolfi et d’acceptation nietzschéenne de son destin. Tu vois on est en plein dedans, on patauge dans la fange la plus nauséabonde qui soit.

Musique et politique, ne font pas toujours bon ménage. Qu’en pensez-vous ?
L.K. :  Pas nécessairement. Cela dépend ce que l’on en fait et dans notre époque d’immédiateté, une chanson vaut mieux qu’un long discours.

Les titres que nous avons pu entendre sonnent très années 90, tant dans les sonorités que dans les arrangements. Il s’en dégage quelque chose de très hypnotique. Est-ce volontaire de votre part ?
L.K. :  Tu n’es pas le premier à me faire remarquer le côté hypnotique d’Imperium. Ce n’est pas une volonté première mais cela réside dans le style trance des compositions et je trouve que cela va très bien au côté orwellien de la thématique abordée par moment.

Qu’écoutez-vous comme musique ? Quelles ont été vos influences musicales pour la conception d’IMPERIUM ? (s’il y en a eu).
L.K. :  j’écoute le plus souvent des musiques à « guitares », du Hardcore, du Punk, du Métal et du Rock. Je ne pense pas qu’une influence précise ait joué dans l’élaboration d’Imperium mais plutôt, pour utiliser un anglicisme, un background personnel, un héritage musical intérieur.

Pourriez-vous nous dire quel(s) livre(s) vous avez lus pendant la composition d’Imperium et si celui-ci ou ceux-ci ont eu une influence et si oui laquelle ?
L.K. : Déjà dans le nom même du projet, il y a une référence littéraire. Il est tiré d’un personnage de Saint-Loup dans sa fameuse trilogie sur la seconde guerre civile Européenne. Et dans le titre « Destination Spéciale », on peut voir un clin d’œil à la fameuse ou fumeuse, c’est selon, compagnie à destination spéciale de Le Fauconnier.
L’abécédaire d’Adinolfi, « Pensées Corsaires », « Orwell Educateur » de Michéa, « Vladimir Poutine et l’Eurasie » de Parvulesco ainsi que « L’empereur Julien » de Benoist-Méchin ont eu, à mon avis, un lien direct avec la thématique de l’album.
Mais pendant cette période de presque huit mois, j’ai lu aussi, de mémoire, « Les Œuvres Choisies » de Mao, « Les Carnets du Sous-sol » de Dostoïevski, « Bêtes, Hommes et Dieux » d’Ossendowski, « La Culture du Narcissisme » de Lash et me suis replongé dans « Celse Contre les Chrétiens » de Louis Rougier. Et la série de biographies « Le Rêve le plus long de l’histoire » de Benoist-Méchin et sans doute quelques autres mais ma mémoire flanche.

Le mot de la fin ?
L.K. : Comme il est écrit à l’intérieur du digipack d’Imperium, le port du casque à boulons est vivement déconseillé pour une écoute saine et décomplexée.
“Toute société, pour se maintenir et vivre, a besoin absolument de respecter quelqu’un et quelque chose.” Fiodor Dostoïevski

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