Le Foul soudanais de la repentance

dans Le foyer parfait

Catastrophe ! Votre belle-sœur gauchiste, toujours à la pointe de l’exotisme, vient de se mettre en ménage avec un réfugié soudanais et vous l’amène à dîner. Que servir à ce joyeux clandestin ?


Rédaction NSP
Albertine Glouton

L’avantage avec la cuisine soudanaise, c’est qu’il y a peu d’ingrédients et donc peu de complications. Envisageons un plat traditionnel car il est bien sûr hors de question de servir à l’allogène la blanquette de veau de grand-mère. Votre belle-sœur ne se remettrait pas d’une telle manifestation de domination occidentale colonialiste. Et comme elle dit toujours : « c’est à nous de nous adapter après tout ce qu’on leur a fait.»

Foul ou Fasouliya

Le Foul est traditionnellement à base de fèves mais on ne va pas pousser la repentance jusqu’à se tuer les doigts à éplucher deux kilos de fèves. On utilisera donc la version aux fayots.

Ingrédients :

  • 1 kilo de haricots blancs
  • 1 tête d’ail
  • 2 citrons
  • De l’eau, du sel, poivre
  • Huile d’olive

Avant toute chose, relisez l’intégrale d’Aimé Césaire et adoptez une attitude bienveillante envers la négritude. Le plat que vous allez préparer fait partie d’un patrimoine wakandais formidable que vos ancêtres ont honteusement exploité.
Pendant que les haricots trempent toute la nuit, passez vous en boucle l’intégrale de la série Racines sur l’esclavage. Cela vous permettra d’être au sommet de la repentance avec le beau-frère allogène.
Si la série vous fait rire, flagellez-vous copieusement avec le chasse-mouches que votre grand-père a ramené du Togo du temps où il était dans la coloniale. Si la flagellation vous donne des idées, brûlez le chasse-mouche en invoquant les mânes de Martin Luther King. Si ça ne suffit toujours pas, envoyez un don à la LDNA au nom de vos pitoyables ancêtres qui ont construit les routes, les hôpitaux et les écoles en Subsaharie.
Une fois les haricots bien trempés, faites-les cuire à l’eau bouillante salée jusqu’à ce qu’ils soient aussi mous que votre voisin  lorsqu’il se lève à 14h pour aller toucher les allocs, à pied, au rythme d’un escargot anémique.
Egouttez les haricots et écrasez-les avec l’ail et le jus de citron. Si la pâte est trop consistante, ajoutez un peu d’eau et d’huile d’olive.
Accueillez le distingué africain avec le sourire en évitant de faire trop couleur locale avec un boubou ou des tresses. Votre belle-sœur risquerait de considérer que vous faites de l’appropriation culturelle ce qui est pour le moins désobligeant. Habillez-vous comme d’habitude en veste kaki et casque colonial.
Servez le machin africain en vous extasiant sur la merveilleuse originalité de la bouillie de haricots et veillez à rester polie lorsque Mamadou et votre belle-sœur la mangeront avec les doigts, assis en tailleur sur votre joli tapis persan.
Repentez-vous à la fin du repas de tout le mal qu’a fait l’Occident en offrant à votre belle-sœur et à son coquin un billet aller simple vers le Soudan car, tout de même, il serait temps qu’elle aille au bout de ses idées et découvre le Soudan autrement que dans un plumard.
Les voyages forment les vieilles peaux.

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