Les Juifs « innocentés » de la mort de Jésus ?

dans Réflexions & Histoire

Nous connaissons tous la nouvelle offensive antichrétienne, mais singulièrement anticatholique des israélites, et particulièrement des Usraéliens, (Israélien et Américains, juifs comme protestants évangéliques) pour « laver le judaïsme » de toute les accusations considérées à tort ou à raison comme portées par le christianisme depuis deux mille ans, et principalement par le catholicisme romain qui a montré sa faiblesse avec le Concile Vatican II et la déclaration Nostra Aetate dont les juifs extrapolent les termes ad nauseam avec – il faut hélas le reconnaître – la complicité de nombre de prêtres et de prélats catholiques d’aujourd’hui.


Rédaction NSP
Claude Timmerman

Loin pourtant de dénoncer « les juifs »  dans leur ensemble, les Evangiles relatent clairement, avec les enseignements du Christ, les provocations, et les affrontements, toujours renouvelés, avec les pharisiens, – ces adeptes de la supposée loi orale – qui se sont de fait détournés de la loi de Moïse, ce que le Christ ne manque pas de leur rappeler…
Ce sont ces pharisiens, ancêtres historiques revendiqués des actuels talmudistes et des rabbins qui vont prendre le relais des prêtres après les massacres de la guerre civile juive de la fin du premier siècle qui vit la disparition du clergé: alors qu’il n’est encore qu’en gestation, et à peine écrit par bribes, le talmudisme supplante le judaïsme mosaïque et va s’en éloigner de plus en plus au fil des siècles.
Aujourd’hui dans les yeshivot, on n’enseigne d’ailleurs pas la Torah, mais le « talmud-torah » où la Torah, l’antique loi mosaïque, connue sous le nom de Pentateuque chez les Chrétiens, prend de moins en moins de place, écrasée par la logorrhée talmudique…
Vouloir rapprocher talmudisme et catholicité dans le « judéo-christianisme » est un oxymore que nous avons déjà largement dénoncé.
L’idée de « transformer » le christianisme selon les vues israélites (car certains ne doutent de rien décidément !) est une démarche postconciliaire nouvelle, une posture consécutive à « Nostra Aetate », reprise et instrumentalisée dans le monde sioniste qui ne manque pourtant jamais une occasion de vilipender le christianisme en général et le catholicisme en particulier, il suffit de lire la presse israélienne !
L’idée prédominante, pour évacuer totalement le « passif déicide » – et pour ouvrir la voie à la « noachisation 1 » du monde chrétien, déjà largement implantée par la mouvance évangélique – est de changer de paradigme sur la question du procès et de l’exécution du Christ …
Puisque les juifs ne doivent pas être responsables de la mort du Christ et que l’Histoire le rapporte d’après les Evangiles, il suffit de changer l’Histoire… et donc les évangiles !
C’est ce à quoi s’emploient très sérieusement un certain nombre de biblistes juifs, notamment israéliens, qui apologisent aujourd’hui…les pharisiens !
Le journal Haaretz du 28 septembre dernier, dans sa version anglaise, sans une très longue interview, expose les thèses d’un bibliste israélien, sioniste militant : Israël Knohl. Nous en reproduisons ici, après traduction, seulement les points les plus significatifs que nous commentons éventuellement, avec le bandeau titre quelque peu fracassant montrant toute la suffisance que l‘on peut en attendre de la part de gens qui masquent leur ignorance et/ou leurs falsifications en jouant, comme d’habitude, les donneurs de leçons.


Les juifs ne sont pas à blâmer pour la mort de Jésus, affirme un érudit biblique

Si le professeur Israel Knohl a raison, les livres d’histoire devront être réécrits et les sermons d’église du monde entier devront être repensés. Knohl, âgé de 67 ans est un universitaire, érudit bibliste, spécialisé dans la recherche d’explications non conventionnelles à des problèmes cruciaux et n’a aucun scrupule à mettre ses collègues en colère.  Le sujet est de la plus haute importance cette fois-ci : le procès et la crucifixion de Jésus 2.
Dans «La controverse sur le Messie: qui attendent les Juifs?» (écrit en Hébreu), Knohl jette une lumière nouvelle sur le procès de Jésus, condamné à mort par un tribunal juif et exécuté par les Romains en 30 après JC.
Après avoir appris pendant des siècles que les Juifs étaient responsables de la mort de Jésus, Knohl entreprit de réexaminer cette convention.
«L’idée que Jésus a été mis à mort par le« peuple juif »est fondamentalement fausse. La grande majorité du peuple juif n’a pas accepté Jésus comme le Messie, mais a adopté une vision messianique fondamentalement similaire à la sienne « , a-t-il déclaré, ajoutant qu’aujourd’hui, » après des siècles d’inimitié entre la chrétienté et le peuple juif, accusé de porter la culpabilité de la crucifixion de Jésus, le moment est venu de réexaminer les événements dans leur contexte historique, religieux et social. »
Pour comprendre la thèse de Knohl, nous devons comprendre que la torah a dégagé deux tendances :
– D’une part, une position anti-messianique, selon laquelle le fossé entre le divin et l’humain ne peut être comblé. Cette approche exclut la possibilité qu’un roi de chair et de sang atteigne un statut «quasi divin» et favorise une séparation nette entre les deux royaumes. En conséquence, Dieu ne peut possiblement pas avoir un fils et la vie éternelle ne peut être attribuée à un roi ou à un messie.
– D’autre part, certains livres prophétiques et certains psaumes individuels expriment une approche messianique, attribuent des qualités divines au roi (quel qu’il soit) et le décrivent comme le « fils de Dieu » – assis à côté de Dieu au ciel et possédant des noms «divins».

Knohl: « L’idée messianique, la croyance en l’existence d’un roi qui est un être élevé et exalté aux traits quasi divins, occupe déjà une place très importante dans la Bible. »
Il soutient que le procès et la crucifixion de Jésus constituent un «moment dramatique et décisif» dans l’histoire du peuple juif et de la culture occidentale dans son ensemble.  C’est le moment où les deux approches – l’anti-messianique et le messianique – se rencontrent dans une collision inévitable, dont l’impact se fait encore sentir aujourd’hui. …/…
Après avoir été arrêté, Jésus est jugé. Ses juges étaient des membres de la secte des prêtres Sadducéens, qui contrôlaient les tribunaux à l’époque. Lorsque Jésus s’est tenu devant eux, il a fait état, dans ses actes et ses paroles, de la position des prophètes et du psalmiste, qui attendaient l’arrivée d’un messie «quasi divin». Selon Knohl, cette image était partagée par la majorité des Juifs à cette période. Cependant, c’est le malheur de Jésus que ses juges, qui l’ont condamné à mort, ont exclu la possibilité de l’avènement d’un Messie de ce type. Les Sadducéens étaient anti-messianiques et s’opposaient au principe de l’idée messianique. De leur point de vue, l’idée que le Messie était le fils de Dieu, tel que Jésus le présentait, constituait une abomination du nom de Dieu, passible de la peine de mort.
Le procès de Jésus n’est pas un moment de collision entre le message juif et le message chrétien. C’est un conflit entre deux concepts clairement intra-juifs.  » Knohl souligne que les juges de Jésus ne représentaient pas fidèlement les sentiments du peuple.  « Selon toutes les sources, les Sadducéens, qui l’ont condamné à mort, ne représentaient qu’une minorité du peuple juif. »3
Comme Jésus et ses disciples, la plupart des gens croyaient en la résurrection des morts et à l’avènement d’un messie doté de qualités divines.
«Il est raisonnable de supposer que si Jésus avait été jugé par des pharisiens, il aurait été acquitté», dit Knohl. « Ce n’est pas le peuple juif qui l’a jugé, mais les dirigeants d’un groupe minoritaire. »
C’est bien ce que le Vatican Bergoglien essaye de professer aujourd’hui …
…/…
Quarante ans après la crucifixion, les Romains ont détruit Jérusalem et incendié le Temple. Beaucoup de Sadducéens ont péri. Ainsi, en l’an 70 de notre ère, parallèlement à la destruction du deuxième temple, les Sadducéens ont disparu de la scène historique. La direction du peuple juif tomba entre les mains des héritiers des pharisiens, les sages mishnaïques.

Knohl: « On peut supposer avec certitude que ces sages, et notamment Rabbi Akiva, n’auraient pas condamné Jésus à mort pour ses vues messianiques, qui n’étaient pas si éloignées de leur propre approche. » Pourtant, les circonstances tragiques de l’histoire avaient fait vivre Jésus pendant la période où les Sadducéens contrôlaient le Temple et devenaient ses juges.
«Ce serait une grave erreur de rejeter la responsabilité collective de la mort de Jésus sur le peuple juif».
En outre, il affirme que le judaïsme rabbinique, qui s’est développé sous la direction des sages après la destruction du Temple, a également accepté la croyance en la résurrection des morts et l’avènement d’un messie surhumain.

L’auteur oublie à dessein 4de souligner que le talmudisme aujourd’hui, par le biais de la kabbale, croit surtout en la réincarnation ! Ce que les rabbins n’évoquent que très discrètement …
En ce sens, dit-il, « un accord fondamental existe entre les conceptions messianiques de Jésus et le concept historique juif. » …/…
Le professeur Aviad Kleinberg, directeur de l’École d’études historiques de l’Université de Tel-Aviv et expert en histoire du christianisme et de la théologie chrétienne, est en désaccord avec Knohl. « Prof. Knohl veut exonérer le peuple juif de culpabilité dans la mort de Jésus. Mais Knohl est arrivé sur les lieux avec 54 ans de retard », explique Kleinberg.
« Il fait référence à la déclaration du Conseil du Vatican de 1965, «Nostra Aetate», qui énonce qu’il est « en partie vrai », que les autorités juives et ceux qui ont suivi leur exemple ont réclamé la mort du Christ; cependant, ce qui est arrivé dans sa passion ne peut être imputé à tous les Juifs d’alors sans distinction, ni à tous les Juifs. »
Selon Kleinberg, depuis cette déclaration historique, «l’Église catholique s’est désolidarisée à plusieurs reprises de toute accusation du peuple juif concernant la mort de Jésus. L’Église a condamné l’antisémitisme et exprimé sa contrition pour sa part prise dans la persécution des Juifs dans le passé. » De même, l’espoir exprimé par Knohl que la figure de Jésus soit réexaminée dans son contexte juif et que la ressemblance entre ses vues et celles des pharisiens seraient reconnues, a déjà été réalisée, affirme Kleinberg : « La nouvelle tendance dans la recherche – y compris la recherche catholique – est de présenter Jésus comme un Juif sous tous ses aspects, qui ne cherchait pas à fonder une nouvelle religion et ne souhaitait certainement pas tourner le dos à ses frères juifs »
Pour Knohl, Jésus devrait être considéré comme un dirigeant national du peuple juif.
Si une tradition juive existait déjà, selon laquelle un Messie souffre, meurt et ressuscite, nous pouvons comprendre que «Jésus voulait être capturé par les Romains et tué par eux, car il pensait ainsi apporter la rédemption à Israël », a déclaré Knohl dans une interview de 2009. « Et quand je parle de rédemption, je parle de rédemption nationale … [Jésus] voulait être le roi des Juifs, car il croyait qu’après que son sang ait été versé, Dieu viendrait du ciel, tuer les ennemis – les Romains – et racheter Israël ».
Jésus était « un Juif très militant et nationaliste qui voulait sacrifier sa vie pour racheter son peuple » comme il l’a dit au Times.
Dans son ouvrage «D’où venons-nous? Le code génétique de la Bible », Knohl a proposé une nouvelle lecture des textes anciens : il explique que le peuple juif est issu de différents groupes qui ont apporté diverses croyances et rituels – une vision qui contredit ce que l’on enseigne à la plupart de ceux qui passent par le système scolaire israélien. Le livre a été largement discuté, et pas seulement dans les cercles académiques.
Le professeur Yaacov Shavit, ancien chef du département d’histoire juive à l’Université de Tel Aviv, a critiqué l’ouvrage dans un article paru dans Haaretz évoquant « des bases fragiles et des liens supposés » dus à une imagination fertile génératrice de « tas de conjectures, de châteaux en Espagne et de décombres de théories sans fondement. »
Le livre de Knohl de 2018 «Comment la Bible est née» (publié en hébreu) ​​est également devenu un best-seller local. L’auteur y effectue une recherche laborieuse du noyau historique qui sous-tend les récits bibliques sur les origines du peuple juif.
Il conclut que la Bible n’est pas un livre d’histoire, mais contient des «graines» de la mémoire historique.
Il ne fait là que reprendre les conclusions de très nombreux travaux, réactualisés notamment par Thomas Romer, l’Ecole Biblique de Jérusalem, Mario Livari, Richard Friedmann, etc. Sans parler de tous les travaux archéologiques de l’école sioniste dont Finkelstein est le chef de file.
« Knohl estime que les histoires sur les origines du peuple juif ne constituent pas des vérités historiques, mais une compilation littéraire de mythes, de traditions et de récits partiellement ancrés dans l’histoire et qui ont été transmis oralement pendant des centaines d’années : Contrairement à l’opinion de nombreux érudits, ma position est que l’histoire de la Torah n’est pas sans valeur historique et sans contexte historique, écrit-il. «La Torah n’est pas destinée à nous apprendre l’histoire, et ne devrait donc pas être jugée comme un livre d’histoire. La question importante n’est pas de savoir si l’histoire concernée s’est déroulée ou non, mais quelle est sa signification spirituelle et religieuse. L’histoire de la Torah nous fournit une « mythologie israélite des débuts de la nation ». »
Knohl se réfère ensuite à Menachem Mendel Schneerson, le Rabbi de Loubavitch, figure messianique contemporaine. En 1992, à près de 90 ans, il a été victime d’un grave accident vasculaire cérébral. Bien que ne pouvant plus s’exprimer, il a repris ses apparitions publiques. (D’où son surnom de rabbin muet).
Ses fidèles ont dansé devant lui en chantant: «Longue vie à notre maître, à notre professeur et à notre rabbin, le Messie, pour toujours à jamais».
Knohl: «Le rabbin muet encourageait fréquemment le chant avec des gestes de la tête et de la main. La ferveur messianique de ses disciples devint de plus en plus intense. » 5
Ainsi, selon Ofer Aderet – auteur de l’article, correspondant de Haaretz – pour Knohl, l’état et la souffrance du Rabbi, ont été interprétés dans un contexte messianique.  » Ses disciples ont lu ses agonies comme un signe de sa messianité.  »
Un autre maillon a donc été ajouté à la chaîne d’images du Messie souffrant.
Pourtant, la messianité n’est pas seulement une affaire religieuse, affirme Knohl :  » Le sionisme, qui était un mouvement laïc, a néanmoins été fondé sur la base de l’attente messianique qui existait depuis des milliers d’années dans le peuple juif, cela ne peut être compris sans le fond de l’attente messianique. »

D’où la conclusion étonnante d’Ofer Aderet : Donc, si nous le voulons, nous pouvons ajouter un autre Messie souffrant à la chaîne: Theodor Herzl.6.
(Il fallait l’oser ! Aderet l’a écrit !)
Voilà le type de discours auxquels adhèrent les « judéo-chrétiens » qui ont toute l’oreille du Vatican aujourd’hui !
D’ici à ce qu’on voit remplacer, dans la crèche, l’enfant Jésus par un Poupon Hertzl, il n’y a plus si loin !


 

Notes

 

  1. Les lois noahides ou noachiques sont l’exemple le plus célèbre et le plus ancien d’invention rabbinique consécutive à la contrefaçon apocryphe de textes réputés bibliques d’époque post christique (ici il s’agit de la fin du premier siècle ap. JC). Ces « lois » sont supposées issues du « Livre des Jubilées », un texte écrit visiblement au IIeme siècle av JC en hébreu et/ou en araméen. Nous n’avons bien entendu aucune trace de sa rédaction initiale. Selon Robert Henry Charles, bibliste réputé du XIXeme siècle, spécialiste de ce livre, le texte hébreu d’origine serait l’œuvre d’un pharisien favorable aux Hasmonéens. Il aurait été composé entre l’accession de Jean Hyrcan à la charge de grand-prêtre en 135 av. J.-C. et sa rupture officielle avec les pharisiens, peu avant sa mort en 106 av. J.-C. De l’hébreu, ce livre a été traduit en grec. Seuls quelques fragments du texte hébreu et quelques citations du texte grec ont été conservés. À partir du grec, il a été traduit en latin et en guèze (ancien éthiopien liturgique).
    C’est dans ces deux dernières langues que la majorité du texte a été conservée. Les seules copies complètes proviennent d’Éthiopie, ramenées en Europe au XIXeme siècle : la liturgie guèze a admis comme partie du corpus biblique ce « livre des Jubilés » pourtant reconnu comme apocryphe, et systématiquement banni du corpus biblique des Eglises chrétiennes. Le « Livre des Jubilés » met l’accent sur le racialisme : la nécessité pour les Juifs pratiquants de se séparer des Gentils, ceux « dont la fréquentation rend impur ». L’adoption des lois noachiques confèrera au gentil l’état de « Vertueux » et lui assurera sa place dans le monde à venir. Les adhérents à ces lois appelés B’nei Noah (Enfants de Noé) ou « Noahides », sont admis dans certaines synagogues. En bref, le gentil « noachisé » devient un juif « au rabais »… La tradition rabbinique à l’origine de cette fable noachique est en fait une « baraïta » (terme générique désignant une tradition orale juive pas même incorporée dans la Mishna), qui date clairement du premier siècle… après J.C. 
  2. Ce négationnisme sur la respponsabilité du martyre du Christ a commencé, de fait, avec les derniers travaux du fanatique Raphaël DraÏ ! Jésus. Lecture de l’Évangile selon Luc, Paris, Hermann, 2014 (2 tomes). INRI, Le procès de Jésus, Paris Hermann, 2014. (Théâtre) dont le CRIF fit une recension évidemment dithyrambique : http://www.crif.org/fr/alireavoiraecouter/inri-le-procès-de-jésus-par-raphaël-draï/53228
  3. Cette affirmation (bien sûr non sourcée !) est totalement infondée et traduit une volonté de désinformation évidente pour faire la part belle aux pharisiens qui sont les plus grands ennemis du Christ, et tenants à travers le rabbinisme de la fameuse loi « orale »… Or les Sadducéens sont opposés à cette loi orale et ne reconnaissent que la loi écrit (la Torah). Primitivement proches du pouvoir Hasmonéen (dynastie implantée par les Maccabées à la suite de leur révolte), c’est à leur famille qu’appartient le clergé. Le temple de Jérusalem étant (re)devenu l’unique temple depuis la destruction du temple rival, aujourd’hui bien oublié, du mont Garizim (en – 106) par le roi prêtre de Jérusalem, Jean Hyrcan I. Socialement, les Sadducéens constituent les gros bataillons de l’administration juive du royaume et de la bourgeoisie. Cela conduira, à la fin du premier siècle, à leur rejet au profit des Zélotes, extrémistes nationalistes juifs qui feront cause commune avec les pharisiens. Ils imposeront le rabbinisme et la loi orale (qui deviendra l’armature du talmud).
    A l’époque du procès du Christ, ce sont les pharisiens qui sont minoritaires mais ils prennent de plus en plus d’importance. Car les Sadducéens, soutiens initiaux de l’occupant grec, ont majoritairement lâché ensuite les Hasmonéens et sont devenus, par opportunisme, partisans du roi Hérode ultérieurement mis en place par l’occupant romain.
    Dans la composition du Sanhédrin, si le tiers sacerdotal reste fondamentalement sadducéen, le tiers ancien et le tiers scribe sont très largement investis par le courant pharisien et par les extrémistes zélotes. Le verdict du procès de Jésus traduit le basculement du sanhédrin où le courant pharisien devient majoritaire. A l’inverse de ce qui est soutenu ici, la condamnation du Christ marque leur responsabilité totale : la prise de pouvoir définitive sur le sanhédrin et la victoire politique et religieuse du pharisianisme sur les Sadducéens ! La chute du Temple au profit de la Synagogue n’est plus qu’une affaire de temps et de circonstances…Cela ne prendra que cinquante ans pour détruire définitivement la religion mosaïque! 
  4. L’auteur prend bien soin d’éviter de souligner que les Sadducéens, et notamment les prêtres, n’ont pas du tout été tués par les Romains, mais massacrés au cours de la guerre civile – qui a suivi le retour des légions romaines – essentiellement par les sicaires, tueurs zélotes, alliés aux pharisiens, qui ont alors totalement investi l’espace religieux malgré le refus des Esséniens et des Samaritains de renier la torah et de suivre la nouvelle loi dite orale dont les rabbins s’autoproclamaient détenteurs. Une traque sans merci va alors s’instaurer pour imposer le rabbinisme talmudique: elle durera près de deux mille ans au fur et à mesure de la diaspora : notamment en Lybie, puis en Espagne, enfin en Europe Centrale ! Les derniers juifs « thoraïques », héritiers des Karaïtes du IXeme siècle, seront exterminés par les rabbins au XVIIeme siècle en Pologne ! Il reste quelques dizaines de milliers de Samaritains en Israël aujourd’hui… La difficulté de Knohl est de tordre l’histoire pour faire passer les responsables de la mort de Jésus pour un courant minoritaire ! Les Sadduccéens sont les seuls qui ne voulaient pas initialement la mort du Christ, tel Anne, l’ancien Grand Prêtre chez qui on a d’abord emmené Jésus. Ce que Knohl oublie, c’est le fait que si Caïphe préside le sanhédrin, cela n’implique pas du tout que l’avis finalement formulé par ce tribunal reflète son opinion personnelle et celle de sa faction!  
  5. L’incarnation messianique est une constante de l’histoire juive moderne qui se trouve périodiquement un nouveau messie avant de le voir balayé par des « sages » en énonçant simplement que « Ce n’est finalement pas celui-là »…. Au XVIeme siècle, le « messie », a été Rabbi Isaac Ashkenazi Louria fondateur de l’école de kabbale de Safed. (La kabbale lourianique a eu une influence considérable sur les kabbalistes qui lui ont succédé : Nathan de Gaza, Moshe Chaim Luzzatto, Nahman de Bratslav, etc. ) Au XVIIeme ce sera Sabbataï Tsevi dont le mouvement messianique a été très influencé par la kabbale de Louria. Au XVIIIeme ce sera Jacob Frank qui influencera durablement la révolution française à travers son disciple Junius Frey. Au XIXeme certains évoqueront Napoléon qui a fondé la citoyenneté donnée aux juifs dans toute l’Europe impériale ! Au XXeme nous avons au moins le rabbi de /Loubavitch… On attend donc le suivant…
  6. Sur le cheminement historique du messianisme sioniste, voir l’argumentation développée par Youssef Hundi il y a déjà plus de trois ans : « Ocident et Islam – Tome I : Sources et genèse messianiques du sionisme » -Ed. Sigest 2015.

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