Les raisons de la foi par Saint-Thomas d’Aquin

dans Arts & Lettres & Chansons

Ce livre intitulé Les raisons de la foi, sous-titré « brève apologie de la religion catholique », est présenté et traduit par Stéphane Mercier. Ce dernier a commis La philosophie pour la vie que nous avons grandement apprécié et déjà chroniqué.


Rédaction NSP
Franck Abed

Il apparaît que la doctrine catholique, de prime abord, peut être perçue comme compliquée. L’auteur cite, dès les premières lignes, quelques questions que tout à chacun peut légitimement poser à l’endroit du catholicisme : « Comment expliquer que nous croyons en la Trinité divine, sans porter préjudice à l’unité de Dieu ? Quel sens revêt l’Incarnation rédemptrice ? Si Dieu est impassible et immuable, comment disons-nous que Jésus-Christ a souffert pour notre salut ? Comment comprendre la conversion du pain et du vin au Corps et au Sang de Notre-Seigneur dans le Saint Sacrifice de la messe ? » .
Ces interrogations sont, de manière objective, honnêtes et soulèvent des points très importants. Cependant, comme le remarque Mercier « le chrétien, trop souvent, ne sait que répondre à qui l’interroge sur ces matières ou sur d’autres fondements de sa foi ». L’auteur pense que « le silence est préférable aux explications embarrassées, capables seulement de jeter le discrédit sur une foi qui passe alors pour inepte ». Toutefois pour éviter les réponses compliquées, alambiquées, ou même fausses, il convient malgré tout de se former pour assurer la transmission de la vraie foi à qui désire l’entendre.
Le catholicisme sur le plan doctrinal et philosophique se veut exigeant. Il demande une réelle cohérence et une rigueur intellectuelles pour maîtriser ses fondements. Il nous importe d’étudier des livres, des traités et des sermons, de type apologétiques. Ces derniers nous permettent de saisir – entre autres – toute la beauté et la profondeur du catholicisme.

Néanmoins, certains objecteront que nous ne sommes pas tous appelés à être des intellectuels car la foi du charbonnier suffit. Mercier répond : « tous, assurément, n’ont pas vocation à parler en théologien de mystères plus dignes de notre adoration que de nos spéculations, mais quels témoins de Jésus-Christ sommes-nous, si nous négligeons paresseusement de cultiver l’intelligence de notre foi ? » Que les lecteurs comprennent bien notre propos : il n’est nullement question d’être orgueilleux ou vaniteux et de verser dans l’intellectualisme, bien souvent méprisant. L’auteur précise à raison « qu’il ne s’agit pas ici de faire étalage d’une vaine science – sous peine d’encourir le juste reproche de l’Imitation 1 -, mais de mieux connaître ce qu’on peut ainsi mieux aimer et faire aimer ».

Les catholiques ne doivent pas oublier, comme le rappelle le Docteur Angélique, « l’exhortation de saint Pierre d’être toujours prêts à satisfaire quiconque nous demande raison de l’espérance qui nous habite ». Nous devons nous former sur notre religion car « une meilleure connaissance des vérités de la foi est une oeuvre de charité » pour nous-mêmes mais aussi pour notre prochain.
Connaître sa foi demeure depuis l’avènement de Jésus-Christ un des fondements de la vie des chrétiens. Toutefois, cette nécessité de la formation dans le monde d’aujourd’hui est peut-être plus forte que par le passé. En effet, Mercier écrit que « nous vivons à présent dans une société détournée de l’héritage légué par des siècles de foi, une société qui est devenue hostile au christianisme, et plus profondément ignorante encore que mal disposée envers la religion ».

Il prend le soin d’ajouter, et nous approuvons son propos, que l’étude de la religion répond à une urgence vitale, d’autant plus « si l’on considère qu’outre les progrès du sécularisme, l’islam gagne partout du terrain, si bien qu’on ne doit plus être aujourd’hui chantre à Antioche, comme l’était le correspondant de l’Aquinate, pour réclamer le secours du saint Docteur afin de répondre aux objections des mahométants ». La conversion de notre prochain commence dès à présent dans notre vie de tous les jours. Nul besoin d’aller à l’autre bout du monde pour répondre à l’appel de Jésus-Christ : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (Matthieu 28,19) étant donné le nombre grandissant de non chrétiens dans les sociétés occidentales.
Prenons le temps de dire quelques mots sur ce traité : « vers 1260, Thomas répond à la requête d’un missionnaire au Proche-Orient, dont on ne sait que ce qu’en dit le titre de l’ouvrage : le personnage était Chantre à Antioche, vraisemblablement chanoine ou religieux de son état. Son identité nous est inconnue, tout autant que les motifs qui le décidèrent à faire appel à l’Aquinate, et nous ignorons s’ils se connaissaient personnellement ou si les dominicains en Terre sainte jouèrent les intermédiaires ».

Comme l’explique très bien l’auteur « un missionnaire en Orient, outre les dangers qu’il courait sur des terres qui allaient bientôt échapper à l’emprise des croisés – Antioche devait tomber aux mains des infidèles en 1268 -, devait exposer la doctrine chrétienne et fortifier l’assisse rationnelle de la foi des fidèles en répondant aux objections les plus communes, avancées contre elle par les représentants des autres religions : les mahométans surtout, arabes et turcs, mais également les chrétiens schismatiques, byzantins et arméniens ».

Pour ne pas commettre d’erreurs de jugement, nous devons appréhender cette oeuvre dans son contexte. Pour saint Thomas, cet opuscule ne doit pas être compris comme « un manuel pratique à destination des missionnaires », ou pour « polémiquer avec l’adversaire ». Ce traité doit permettre au contraire « de manifester à l’individu, qui soumet des questions doctrinales, la cohérence de la foi chrétienne en repoussant efficacement les erreurs contraires à ses principaux enseignements ». Le but avoué est d’enseigner « comment il faut présenter aux mahométants l’enseignement de la sainte Eglise touchant la Trinité et l’Incarnation » et « de reprendre plusieurs idées centrales développées dans le prologue de la Somme contre les Gentils, à propos du type de raisons permettant de défendre et d’illustrer la doctrine de la foi ».
Nous convenons que cet exercice intellectuel recouvre de nombreuses difficultés. Nonobstant la complexité des matières étudiées, la pédagogie de saint Thomas doit être qualifiée d’admirable tant il parvient à rendre accessible au plus grand nombre les mystères de la foi. Mercier stipule qu’il ne s’agit pas « de preuves à proprement parler, mais d’arguments rationnels capables de mettre en lumière la possibilité et la convenance des dogmes de la foi, tout en écartant les objections dirigées contre eux ». Cette présentation des éléments permet à Thomas d’éviter deux pièges majeurs : « celui du fidéisme préoccupé seulement de croire sans comprendre, et celui du rationalisme qui n’admet d’autres lumières que celle de la raison ».

Dès le premier chapitre, le Docteur Angélique initie le principe suivant : « la foi chrétienne consiste surtout dans la confession de la sainte Trinité ; et sa gloire réside en particulier dans la Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ ». Raison pour laquelle Thomas « développe successivement les questions de la génération du Fils et de la procession du Saint-Esprit, puis celles qui portent sur les motifs et la signification de l’Incarnation, et deux problèmes connexes touchant la Passion et la Sainte Eucharistie ». De même, Thomas défend « le libre arbitre, autre pierre d’achoppement » et prend parti contre  « le fatalisme de certains musulmans ».
Nous l’avons écrit plus haut : ce traité ne vise pas à répondre aux seules critiques des disciples de Mohammed. Il doit aussi aider pour la conversion des chrétiens égarés. Nous lisons : « l’existence du Purgatoire est rejetée par les chrétiens schismatiques d’Orient, l’Aquinate entreprend de confirmer la foi catholique en s’appuyant sur l’Ecriture sainte, dont l’autorité est reconnue par les hérétiques ».

Thomas livre quelques précisions sur « comment disputer contre les infidèles ». A ce sujet, il développe ce préalable : « l’intention du chrétien qui s’engage dans la dispute au sujet des articles de foi ne doit donc pas viser à prouver la foi, mais à la défendre ; c’est pour cela que saint Pierre ne dit pas que nous devons être toujours prêts à prouver, mais à satisfaire, c’est-à-dire à montrer par la raison que ce que confesse la foi catholique n’est pas faux ». Le raisonnement suit une saine logique : « ce qui provient de la Vérité suprême ne peut pas être faux ; et aucune raison nécessaire ne peut être avancée contre ce qui n’est pas faux ».
Comme le confesse très justement Mercier « pour ne pas risquer le découragement en abordant des oeuvres autrement considérables et intimidantes de saint Thomas, on entreprendra avec profit de lire ses opuscules, tel ce traité sur les raisons de la foi ». La lecture et l’étude approfondie de cet ouvrage contribueront sans aucun doute à une meilleure connaissance de la foi catholique.

Le dominicain, dans sa volonté ardente de satisfaire les individus désireux de vérité, déploie son talent avec pédagogie. Sa pertinence dans l’analyse atteint les sommets de la perfection. Thomas enseigne en s’appuyant sur des arguments rationnels pour défendre le dogme catholique et combattre les différentes objections afin de rendre « témoignage à la vérité » (Jean18,37).

  1. « A quoi sert de savoir discuter savamment sur la Trinité, si l’on n’a pas cette humilité dans laquelle on ne saurait plaire à la Trinité ? Ce n’est pas la profondeur des paroles qui rendra juste et saint aux yeux de Dieu, mais ce sont les vertus de l’homme qui le rendront cher au coeur de Dieu » in Imitation de Jésus-Christ qui est une œuvre anonyme de piété chrétienne, écrite en latin à la fin du XIVème siècle ou au début du XVème siècle. Elle est souvent attribuée à Thomas a Kempis, moine néerlandais (1380-1471).  

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