Mais oui, mais c’est bien sûr, il faut les tuer!

dans Réflexions & Histoire
Monsieur Attali (né en 1943) dit : « Dès qu’il dépasse 60-65 ans l’homme vit plus longtemps qu’il ne produit et coûte cher à la société (…) je suis pour ma part en tant que socialiste contre l’allongement de la vie. L’euthanasie sera l’instrument essentiel de nos sociétés futures. » (on frémit à l’idée que M. Attali, par aberration, n’eût point été socialiste). Et Monsieur Minc (né en 1949) : « Moins d’accidents sur la route, moins de queue aux supermarchés, plus de logements libres (…). Il ne s’agit pas de rendre l’euthanasie obligatoire à-partir d’un certain âge (…) mais contraindre les vieux à s’éteindre de misère avant l’arrivée d’un Alzheimer mental (…), dénoncer les grabataires et les incontinents contre rémunération (…). Il faut tuer les vieux »  (source Mediapart).  (Ceci, je le prends comme vous, cela va de soi, au cinquième degré, car je n’imagine pas M. Minc apôtre de la dénonciation et encore moins de génocide). 

Rédaction NSP
Jean-Pierre Cousteau

Une fois de plus la preuve nous en est donnée : les grands esprits finissent toujours par se rencontrer.

Nos deux penseurs ont donc eu l’idée géniale (d’eux, on n’en attendait pas moins) de supprimer, tout simplement, les retraités. Moi je suis d’accord.
D’abord parce que je n’aime pas les vieux, ils radotent, ils racontent leurs guerres – où leurs années d’Internat – ils sont lents, ils trainent leurs charentaises, ils oublient tout, ils sont cons et en plus ils sont sales, plein de taches et sentent mauvais. Et pas aimables avec ça (sauf les petites vieilles : en consultation médicale, les seuls patients toujours gentils toujours à l’heure toujours confiants toujours reconnaissants, ce sont les petites vieilles). Ensuite parce qu’ils ne travaillent pas et que malgré ça, chaque fin de mois, ils empochent du pognon. Pas normal. Enfin parce qu’ils sont (presque toujours) proprios. Et moi, les proprios, j’peux pas les sentir. Et au volant, vous les avez vus au volant? Parce qu’en plus ils conduisent.
Et la sécu! C’est qui le trou de la sécu? La soustraction est vite faite : vous retirez les dépenses de santé des retraités et fini, terminé, ciao le trou! Bienvenue aux  grossesses devenues, depuis mes questions d’Internat (combien de fois nos conférenciers nous ont-ils seriné « la grossesse n’est pas une maladie! ») pathologiques (2018 : grossesse patho = pléonasme), aux arrêts de travail répétitifs, aux vaccins des seize enfants de l’imam du coin, les médicaments et hospitalisations des terroristes extradés mais non extradés, aux«docteur je viens vous voir pour une ordonnance d’IRM. »
 En un mot comme en mille : messieurs Attali et Minc, Bravo!. Enfoncé Make room, make room (le roman de Harry Harrison dont fut tiré le film Soleil Vert), là, les vieux n’étaient qu’encouragés, non obligés, à se rendre au moritorium. Avec vous, messieurs, pas d’états d’âme : circulez, y’a rien à voir!)
 Je défendais avec enthousiasme et brio cette thèse la semaine dernière dans une réunion publique (assez bien remplie, je dois le dire sans me vanter). Quelques remous pendant mon allocution, des vieux, pensai-je, perdent rien pour attendre, leur réglerai leur compte pendant la discussion. Pas du tout. Lors de la discussion ce sont les « jeunes », les travailleurs, quoi, qui me sont tombés dessus. Et pas qu’avec le dos de la cuillère! Moi je suis commerçant, moi je suis gérontologue, moi je suis croisiériste, moi je suis libraire, moi je suis restaurateur, moi je suis au chômage et si y’avait pas papa-maman, moi je travaille et mes enfants sortent de l’école à 16 heures, moi je suis agent immobilier spécialiste du viager, moi je suis pharmacien, moi je suis hôtelier, moi je suis putain, moi comment je distribue la soupe aux pauvres sans les bénévoles?, moi je suis à la SNCF et quand j’suis pas en grève, qui c’est qui s’occupe des mômes?, moi je suis fabricant de fauteuils roulants, et nous, où qu’on passe nos vacances d’été si y’a plus la résidence secondaire des grand-parents? moi je suis pilote à Air France et y’a quand même des jours où je pilote, alors, les gniards?, moi je vends du Canigou, moi je pose des prothèses de hanche, et moi je vends des lunettes, moi je suis instit et j’vais quand même pas faire la bonne d’enfants pendant mes quatre mois de congés, déjà que j’me tape ceux des autres le restant de  l’année, moi je fabrique des couces-culotte, moi je donne des cours particuliers d’informatique, moi je suis infirmière dans une EPHAD, moi je suis aide à domicile, etc etc…
J’étais submergé. Le coup de grâce me fut asséné par une dame à laquelle j’avais jusque là trouvé une mine plutôt sympathique, d’autant qu’elle était une des seules à ne pas avoir participé à l’hallali : « et moi, qu’elle a dit, je suis le fisc ». Là, elle a mis tout le monde d’accord qui était déjà d’accord, alors tout le monde s’est levé, tout le monde est parti sans un regard vers moi et je me suis retrouvé tout seul. Un peu secoué, je l’avoue. Mais ce matin j’ai retrouvé le moral : j’ai reçu un courriel signé de l’ensemble des participants me demandant adresses et codes d’accès des domiciles, bureaux et résidences secondaires, téléphones, courriels, marques et immatriculations des tutures de messieurs Attali et Minc.
Preuve que mon message est passé. Je les ai convaincus.
Cela dit et sans méchanceté, nous médecins, attendons tous que ces deux grands penseurs arrivent à l’âge de la retraite et de l’euthanasie (en fait ils y sont déjà mais ne le savent pas) car, nous n’en doutons pas, ils auront fait don, comme on dit, de leur corps à la science, qui accueillera avec reconnaissance les quatre cornées, quatre reins et deux foies. Et peut-être, peut-être, progrès de la médecine aidant, deux cerveaux. Parce qu’ils le valent bien.

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