“Métamorphose de la ville”, de Romulus à Le Corbusier

dans Arts & Lettres & Chansons

Nous avons déjà évoqué la personnalité de Pierre Le Vigan à propos de ses commentaires philosophiques. La réédition de son ouvrage Métamorphose de la ville, paru initialement en 2017, vient fort à propos en ces temps de pandémie …


Rédaction NSP
Claude Timmerman

Pierre Le Vigan, philosophe et urbaniste, nous entraîne ici dans un voyage à travers l’histoire de la ville et ses perspectives. Un voyage qui va nous conduire des villes antiques aux mégapoles modernes, et qui impose un constat alarmant : les villes s’accroissant sont devenues des vecteurs de la déshumanisation, l’homme s’y trouvant est « autodomestiqué » et y perd tous les repères de son cadre naturel,  comme sa capacité à y évoluer.
Chacun pourra constater, par exemple chez les enfants élevés en milieu urbain, l’accroissement considérable des allergies et intolérances (comme au gluten) qui n’a qu’une cause : ce milieu de vie devenu artificiel qui, nous le constatons aujourd’hui devient singulièrement vulnérable aux menaces extérieures.
Par ailleurs une certaine standardisation urbaine, conduite par des impératifs purement économiques et technologiques, en fait le meilleur facteur de déculturation et le meilleur vecteur de la mondialisation.
C’est ce constat alarmant et ses désastreuses conséquences pour l’avenir de l’humanité – déjà réduite à l’urbanisme pour plus de 55% de sa population et qui prévoit à l’horizon 2050  que 2 hommes sur 3 vivront en milieu urbain – que dénonce l’auteur : « Partout, des villes hypertrophiées connaissent une croissance qui parait sans fin, qui est prédatrice de la terre, et fait vivre les hommes dans l’anonymat.
L’artificialisation des sols se développe sans autre terme que d’arriver à la totalité des terres devenues artificielles. Cette croissance sans limite mène à des catastrophes. »
Il est certain que la question pandémique, aujourd’hui mise au cœur de l’actualité avec le Covid 19, illustre pleinement l’acuité et la justesse de son propos quant à la nécessité – sanitaire aussi – de « rendre de l’espace aux hommes » et de mettre un frein à la densification humaine dont l’urbanisme est le premier facteur.
Et l’auteur poursuit :
« Il y a pourtant d’autres solutions.
La lutte contre le gigantisme et l’obésité urbaine est possible.
Les villes moyennes et denses sont un avenir souhaitable.
Il faut démondialiser et démétropoliser.
S’il faut développer des liens de solidarité entre habitants et des systèmes d’échanges locaux, il est temps, par contre, de cesser de « développer » les grandes villes, c’est-à-dire de les rendre de plus en plus invivables.
Sortir du culte de la croissance concerne aussi les villes. Toujours plus, ou moins et mieux ?
Cela implique de rompre avec le libre-échange mondial et la marchandisation à outrance.
Il faut ralentir et changer de cap. »
Des considérations de simple bon sens dirons certains, mais qui se heurteront aux tenants de la doctrine de la croissance et, derrière Jacques Attali, de la fameuse « loi du marché ».
Mais « ralentir et changer de cap », même s’il est évident pour tout le monde que le processus actuel de croissance ne peut se poursuivre indéfiniment, sous-tend de faire preuve d’un courage politique, philosophique et même religieux que peu de responsables osent encore manifester.
Pourtant les récentes photos aériennes de Wuhan montrant un ciel pratiquement vide de toute pollution sont éloquentes et les premières photos de Rome après 3 jours de ralentissement forcé de l’activité et de l’économie sont déjà tout aussi démonstratives. La première menace du devenir de l’homme, c’est aujourd’hui devenu l’homme lui-même.
Mais nombre de responsables politiques, et surtout religieux, s’opposent avec véhémence à une vision du monde qui pourrait laisser suggérer, par la démondialisation, la décroissance économique, car même si elle est inéluctable à terme, elle sera forcément associée alors à une décroissance démographique, avec ses corollaires : contrôle des naissances et contraception. C’est ce contre quoi ils luttent déjà avec la dernière énergie au nom de principes, originellement bibliques, aujourd’hui surannés sinon mal compris (ou surtout mal traduits), car la terre reste une petite planète dont aucun Dieu n’a jamais songé à modifier les dimensions…
Alors Pierre le Vigan pose clairement la question de notre futur par l’analyse de son volet urbain.
Tous ceux qui connaissent Mexico, Le Caire, Lagos, Karachi, Manille ou Djakarta (liste non limitative)  comprendront l’urgence de la question et des réponses à y apporter.
Son ouvrage nous donne des clefs de compréhension pour faire de bons choix pour un avenir vivable, sinon avec certitude durable.
« Mégalopoles, ou cités humaines dans un monde habitable ? »
Un ouvrage qui ne peut que nous aider à y réfléchir et à se poser les bonnes questions.


Métamorphoses de la ville. De Romulus à Le Corbusier: Postface de Nicolas Bonnal.

    

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