Musique et asservissement

dans Arts & Lettres & Chansons

On croit souvent que la musique est une affaire de goût. C’est généralement faux, on écoute ce que les médias imposent, la répétition créant la dépendance.


Rédaction NSP
Thierry de Cruzy

Depuis la généralisation de l’enregistrement, la musique est devenue l’outil du contrôle des foules. La mise en place se fait en 1962 avec la relégation de notre plus longue mémoire musicale européenne (le grégorien) et l’arrivée du rock en Europe. Cette simultanéité n’est pas fortuite. C’est aussi la période de commercialisation du microsillon, technique qui permet la diffusion à bas prix de musiques mortes, c’est-à-dire enregistrées. Jusque là, la musique était un outil vivant d’entretien des liens collectifs, pour les communautés comme pour les peuples. Il faut des musiciens et des chanteurs. Dans sa jeunesse Edith Piaf a chanté dans les rues.

La musique tient en échec les révolutionnaires

Pourquoi ce rôle particulier de la musique ? C’est le seul art qui tienne en échec les révolutionnaires. Vous n’entendrez jamais de musique dite contemporaine à la FIAC (foire internationale d’art contemporain) alors que l’on y trouve les pires négations des principes esthétiques. La “musique” contemporaine ne sort pas de l’IRCAM, structure créée en 1977 sous Pompidou et installée dans les sous-sols de Beaubourg (modèle de dévoiement des règles architecturales au cœur de Paris). Pour de mystérieuses raisons liées aux règles de l’harmonie, certaines notes s’accordent entre elles et d’autres pas. Que l’on connaisse ou non le solfège, n’importe quelle oreille distingue un accord juste d’une fausse note. La musique est un formidable outil de convivialité, l’enregistrement et l’amplification l’ont transformée en instrument insidieux d’oppression. La commercialisation du microsillon a fracturé la cellule familiale. La famille a cessé de chanter et perdu progressivement tous ses répertoires collectifs (berceuses, chansons d’enfants, de marche, de travail, de festivité, de prière, …). On s’est mis à consommer des musiques mortes. L’écoute individuelle procurant une incontestable jouissance n’est en réalité que de l’onanisme sociétal. Elle corrode les liens collectifs pour entretenir des communautés virtuelles nuisibles à la collectivité.

Musique et finance

Cet asservissement culturel est aussi rarement dénoncé qu’il est soigneusement entretenu. L’enregistrement met la musique dans les mains des industriels et des financiers. Ce n’est pas pour sa rentabilité financière et encore moins par philanthropie qu’en mars 2017 Mathieu Pigasse (banque Lazard, Le Monde) s’offre le festival Rock en Seine (110 000 spectateurs et 5e en France). Promouvoir des valeurs d’ouverture et d’inclusion …

Ouverture d’un front culturel

On conçoit que les répertoires ayant tenté de résister à ce tsunami culturel soient rares. La pratique du grégorien survit aux marges de l’Eglise, la programmation de la salle Pleyel est réservée aux variétés et le classique est relégué à La Villette, à côté de la Porte de la Chapelle, plaque tournante du Grand Remplacement. Le Musée des arts et traditions populaires du Bois de Boulogne a fermé en même temps qu’était inauguré celui du quai Branly dédié aux cultures africaines, et ses collections de musiques traditionnelles françaises dispersées dans l’indifférence générale. Ce n’est donc pas un hasard si Le Pen fonde une société d’éditions sonores en 1963. Il diffuse des répertoires dissidents (religieux, traditionnels, militaires et politiques) mais ne peut que rarement permettre à des musiciens de se produire sur scène (BBR avec Pierre Dudan et Jean-Pax Méfret). Une de ses réussites les plus remarquables est la promotion du chœur Montjoie-Saint-Denis avec le réensemencement des mémoires par la chanson traditionnelle.

Rock et réaction

La dénonciation initiale du rock par les chrétiens s’inscrit dans ce contexte de guerre culturelle et d’influence subversive. Pour s’en convaincre, il suffit de considérer que le premier courant réactionnaire issu du rock est lancé par les skinheads. Un genre systématiquement décrié et méprisé pour sa violence (incontestable) et ses provocations (avérées). Sauf que l’histoire du rock n’est qu’une surenchère aux provocations et aux transgressions. Ses idoles se vautrent dans le sexe, la drogue et l’argent facile. La liberté illimitée conduisant au chaos, il est incarné par les idoles du punk dont l’archétype est Sid Vicious écumant les plateaux TV avec un T-Shirt arborant un svastika sans offusquer les ligues de vertu. Par contre, les skins rejetant les drogués et les crasseux sont immédiatement ostracisés, interdits d’antenne. En France, le courant skin surgit en 1984, exactement en même temps que la percée électorale du Front national. Sauf qu’il n’y aura aucun rapprochement entre les deux, il est trop tôt. Néanmoins l’hégémonie culturelle de la gauche a été remise en cause auprès de la jeunesse, sa chasse-gardée.

Jouer pour la jeunesse

Le concert de lancement de SOS Racisme sur la place de la Concorde a lieu en 1985. Pour masquer l’échec de la politique du Programme commun, peut-être aussi pour répondre à ce nouveau courant musical apparu au sein de la jeunesse blanche des banlieues. Aux commandes : Jacques Attali, le conseiller des Présidents, qui a publié en 1977 un essai sur l’économie politique de la musique (Bruits, Fayard). Si le courant n’est pas passé avec les skins, les connexions se font dix ans plus tard avec le RIF (rock identitaire français). Pour la première fois en France, un courant musical soutient un mouvement politique dissident. Reflex, matrice des antifas, lui a consacré un livre de dénonciation. Il faut bien distinguer les musiques dissidentes des musiques alternatives, puisque ces dernières ne sont que les pendants des antifas en politique, un moyen de neutraliser les révoltés contre le système.

Deux petits livres récemment parus chez Diffusia reviennent sur ces courants musicaux en France, leur histoire et leur rôle politico-culturel. Un pan méconnu de ces musiques rarement médiatisées est ainsi mis à jour. Il donne un aperçu anticonformiste sur ces musiques dissidentes, engagées sur un front culturel négligé.

Thierry Bouzard, Les musiques skins, Diffusia, 76 pages.

Le rock identitaire français, Diffusia, Diffusia, 80 pages.