Nous sommes la Nature qui se défend, éloge de la permaculture

dans Arts & Lettres & Chansons

Conscient depuis plusieurs dizaines d’années de la richesse des Européens d’une part, mais en même temps très lucide quant à la fragilité de notre mode de pensée en ces temps de dogmes mondialistes et universalistes,  j’ai croisé, il y a peu de temps, l’ouvrage de Piero San Giorgo Survivre à l’effondrement économique. A une époque où les discours de catastrophisme se mêlent aux scénarios apocalyptiques sciemment entretenus par les médias du monde entier, ce livre me paraissait être dans l’air du temps …


 

Rédaction NSP
Markus Schrei (Vangarde).

Influencé par les critiques que j’avais pu en lire çà et là, mais aussi sensible au discours de l’auteur lui-même, je m’attendais à trouver classiquement dans cet ouvrage l’argumentaire éculé des survivalistes américains. Présenté en effet comme le fer de lance du mouvement survivaliste francophone, Piero San Giorgio se fait le chantre d’une certaine forme de survie à venir, dont la survenue semble inéluctable en regard des dangers actuels, qu’ils soient d’ordre économique, démographique, écologique ou culturel.
Y avait-il réellement besoin d’un livre pour aborder un constat dont nous sommes les premiers dénonciateurs? Certainement pas, mais l’objet de cet article n’est pas de débattre du bien-fondé ou non de la survie en zone rurale ou urbaine. Nous sommes en effet tous suffisamment éclairés quant aux contours qui se dessinent dans un avenir proche pour avoir pris nos dispositions vis à vis de nos familles et de nos biens.

Ce qui a particulièrement retenu mon attention dans ce très bon ouvrage de vulgarisation, ce sont au contraire les chapitres relatifs à l’autonomie alimentaire et aux moyens d’y remédier.
Quoi de plus naturel en effet dans nos sociétés consuméristes à outrance que de manger à sa faim, en tous lieux et à n’importe quel moment ; pourtant cet acte somme toute ordinaire aujourd’hui pourrait s’avérer plus que problématique demain dans un contexte de « Grande Dépression » tel que prédit par San Giorgio.
Que ferez-vous en effet lorsque les rayons des supermarchés seront vides et que vous aurez bu vos dernières bouteilles d’eau?
La problématique de la survie prend alors tout son sens, bien avant les notions -un peu trop conceptuelles et abstraites pour certains- de survie culturelle, identitaire ou raciale. En effet, comment prétendre assurer la survie de nos cultures et de nos traditions dès lors que nous ne serons pas même capables de nous nourrir, nous et nos semblables? Comment prétendre à la transmission d’un héritage si nous ne sommes pas en mesure d’assurer l’existence d’un environnement viable?
L’idée d’une agriculture raisonnée, localisée, centrée sur des productions de saison, avec un partage équitable des rétributions versées aux producteurs, est une idée ancienne et largement développée par l’aile gauche « dure » de l’échiquier politique. A ces notions dépassées de « droite » et de « gauche » auxquelles tous ceux qui ne croient ni aux valeurs ni à la pérennité du système parlementaire ne se réfèrent plus depuis bien longtemps, nous préférons opposer le terme « libertaire ». Force est de constater que ce côté là, notre courant de pensée a de sacrées leçons d’efficacité et de réflexion à prendre, tant le retard accumulé au fil des décennies est énorme.
Que vaut alors notre réflexion, dès lors qu’elle s’applique, sur le mode libertaire, à des domaines aussi brûlants et sensibles que la qualité de notre alimentation, la préservation de notre environnement immédiat, bref à notre avenir?
Il est à la fois amusant et consternant de voir à quel point nous nous retrouvons dans le constat fait par la frange libertaire, quant aux maux portés par nos sociétés occidentales. Même dénonciation de la marchandisation du monde (êtres humains y compris), même critique du néo-libéralisme forcené, même vision de la globalisation et de ses effets destructeurs sur les consciences et les identités locales, régionales, nationales. Le point de rupture se situe sur la question de l’ethnicité et de l’ethno-différencialisme, que nous reconnaissons et admettons, alors que le courant libertaire le rejette dans les affres de la réaction et du « néo-fascisme ».
Il nous importe peu de savoir qui a pillé les concepts de qui, tel n’est pas notre propos ici. L’objet de cet article est plutôt d’inciter chacun d’entre nous à adopter dès à présent une attitude nouvelle.
Il ne s’agit plus de se poser de façon systématique « contre », mais de dépasser cette posture négative et contre-productive, afin de puiser auprès de chacun, y compris dans le camp adverse, toutes les idées qui peuvent nous sembler utiles et novatrices. Agir ainsi ne change en rien l’intégrité et la sincérité de notre discours; l’ouverture à d’autres champs de réflexion donne au contraire, nous le croyons, une force nouvelle à notre discours, et lui confère une densité plus propice à convaincre.

La permaculture, si l’on se tient à une définition encyclopédique « est un ensemble de pratiques et de modes de pensée visant à créer une production agricole soutenable, très économe en énergie (travail manuel et mécanique, carburant…) et respectueuse des êtres vivants et de leurs relations réciproques. Elle vise à créer un écosystème productif en nourriture ainsi qu’en d’autres ressources utiles, tout en laissant à la nature “sauvage” le plus de place possible. »

Déconstruire les schémas modernes d’hyper-production

En clair, la permaculture entend déconstruire les schémas modernes d’hyper-production et d’hyper-spécialisation, pour se recentrer sur des dimensions plus restreintes, mais aussi plus humaines, en adoptant une vision holistique de la production. On ne cultive ainsi plus un nombre restreint d’espèces sur des espaces immenses, en utilisant fertilisants et pesticides, mais on maximise au contraire sur un espace restreint les productions, en faisant cohabiter entre elles des variétés amies capables de se potentialiser.
La pratique permaculturelle entend aussi adopter une position raisonnée vis à vis de l’empreinte carbone, en utilisant une quantité limitée d’énergies fossiles, mais aussi en réutilisant des objets du quotidien et en les recyclant en objets utiles au jardin. Il existe ainsi un nombre impressionnant de techniques simples et efficaces permettant de transformer vos bouteilles plastique en pièges à limaces, ou vos pneus de voiture en structures permettant de niveler votre terrain pour réaliser des cultures en terrasse.
Fondée sur des connaissances poussées des écosystèmes et des espèces, la permaculture garde néanmoins une base empirique; chaque personne se doit de faire ses propres expériences, afin de tirer les bénéfices des échecs rencontrés. Il appartient donc à chacun de faire ses propres expérimentations, que l’on soit en ville ou à la campagne, que l’on ait un vaste terrain ou quelques pots sur un balcon, il est de notre devoir de ne pas oublier des pratiques millénaires, afin de limiter une érosion de nos connaissances en la matière. D’une part parce que demain avoir des denrées fraîches et cultivées par soi sera toujours mieux que de ne rien avoir du tout, mais aussi et surtout parce que jardiner, cultiver, produire ses propres fruits et légumes, c’est un vrai plaisir. Quoi de plus sain, de plus simple et de plus naturel en effet que de faire partager cela à vos enfants et à vos proches? Il en va selon nous de l’éducation des nôtres et de ce que nous leur laisserons.
Au delà de la seule pratique de la culture vivrière, le « raisonnement permaculturel » entend aborder tous les domaines clés qui permettent de tendre vers une culture durable. Nous en appelons à une refonte de nos modes de pensée individuels, avant d’étendre ce raisonnement aux communautés qui sont les nôtres. Adopter un mode de pensée alternatif concret, c’est penser autrement les notions d’habitat, les technologies, l’éducation, l’économie, la santé.

 

Révolution comportementale

Changer nos comportements pour collecter l’eau et la réutiliser, militer pour des habitations énergétiquement passives, défendre la valorisation énergétique des déchets organiques, reconnaître l’efficacité des médecines naturelles, faire vivre des marchés de producteurs et des AMAPs, se grouper en coopératives de petits producteurs afin d’échanger semences et victuailles, autant d’attitudes que notre courant de pensée n’a pas su mettre en avant. Certains visionnaires parmi nous l’ont compris et ont fait le choix -pas toujours facile- du retour à la terre, à la vie participative et communautaire, avec à la clé de très beaux succès en dépit des échecs du début. Certains de nos auteurs ont également montré la voie, comme a pu le faire en son temps Robert Dun.
Une chose est sûre en tout cas: à l’heure où des lobbies tentent d’influencer le Congrès américain et européen à Bruxelles en tentant de faire interdire les semences « non alignées » sur le seul argument d’une prétendu risque sanitaire, il appartient à chacun d’entre nous de prendre la mesure de toutes les implications posées par de tels enjeux.

Au delà de la seule polémique, il en va de notre alimentation, de sa qualité mais aussi de sa pérennité. Rien ne sert de défendre des valeurs culturelles, traditionnelles, ethniques, linguistiques, dès lors que l’on ne préoccupe pas en première intention du milieu dans lequel ces valeurs peuvent prendre corps et continuer d’exister.
Il y a près de vingt ans, les tercéristes français avaient envisagé de fonder un courant d’écologie radicale, alors que nos militants en étaient encore à coller des affichettes dans les rues. Dans le même temps, les activistes radicaux britanniques d’Earth First s’enchaînaient pendant des semaines dans les arbres afin d’empêcher les déforestations en vue de constructions d’autoroutes… Cet exemple en dit long sur notre aptitude à l’action et sur son efficacité à changer les choses. Et les conclusions sont sans appel, car elles expliquent la globalité de notre inaction concrète depuis près de 70 ans.
Pour conclure, il nous semble que l’hypothèse d’un nouveau départ est possible, mais encore faut-il que ceux qui se reconnaissent en nous et dans notre discours soient capables de faire leur propre révolution, qu’ils soient disposés à changer leur mode d’appréhension du monde qui les entoure. Nous ne pourrons pas continuer à vivre de façon déraisonnable comme cela très longtemps, et si nous croyons sincèrement à la venue imminente de changements profonds dans nos sociétés occidentales, il nous appartient de modifier dès à présent nos comportements individuels afin, comme le conseillait Robert Dun, de « prêcher par l’exemple et de devenir des missionnaires »
Il est temps de cesser les dénonciations d’un système dont nous connaissons tous les failles et les limites; l’heure est désormais à l’action concrète et durable, l’action saine et salvatrice pour vous et les vôtres. Indépendamment des orientations idéologiques de vos interlocuteurs, allez à la rencontre de ceux qui pratiquent près de chez vous la permaculture (et il y en a!), achetez des fruits et légumes aux producteurs de vos localités, impliquez vous dans des projets de culture vivrière communautaire, noyautez les associations visant à la transition énergétique, formez-vous, prenez y du plaisir et formez les autres, ceux qui vous ressemblent et à qui vous ressemblez. Adoptez une attitude positive, constructive, dynamique, durable et saine avec tous ceux qui refusent le Système et proposent des actions concrètes pour en changer.
Il est en effet temps de revenir aux fondamentaux …

Soutenez NSP :
>/div>