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Observatoire de la christianophobie : « Les actes antichrétiens sont expédiés en une ligne par le ministère de l’intérieur »

dans Entretiens/Résister

Depuis 2010, L’Observatoire de la Christianophobie répertorie les actes de christianophobie en France et dans le monde.  Un travail ardu d’autant plus que les autorités sont loin de jouer le jeu de la transparence. Rencontre avec Daniel Hamiche,  rédacteur en chef du site.


Klara Von Kustniz
Par Klara Von Kustniz

Quand et pourquoi avez-vous créé l’Observatoire de la christianophobie ? Et quels sont vos objectifs ?
Daniel Hamiche : L’Observatoire de la christianophobie a été lancé en mai 2010 pour tenter de rendre compte d’un phénomène qui commençait alors à devenir préoccupant à nos yeux : la religion chrétienne, toutes confessions confondues, était devenue la religion la plus persécutée au monde. Les années qui ont suivi ont hélas confirmé un phénomène qui n’a fait que s’amplifier pour atteindre aujourd’hui des chiffres invraisemblables : près de 250 millions de chrétiens souffrent de persécution dans le monde ! Pratiquement 1 sur 9… Le christianisme est la religion la plus persécutée au monde. Point barre. Rendre compte donc, autant qu’il est possible, de la christianophobie dans le monde mais tout particulièrement en France où l’antichristianisme, marque de naissance du régime, n’était pas surveillé de manière systématique – alors que toutes les autres “phobies” l’étaient – par les chrétiens français ou leurs “institutions représentatives”.

Comment récupérez-vous les informations et comment les vérifiez-vous ?
D.H. :
Pour ce qui est de la France, et afin de limiter le “champ opératoire”, les sources d’information sont variées. En premier lieu elles viennent de la presse régionale et locale dont les brèves nous arrivent soit par les moteurs de recherche que nous utilisons, soit directement par des signalements de lecteurs. Ce dernier point est important. Après neuf années d’existence, notre blog est devenu la source de référence sur la christianophobie en France et le nombre de ses lecteurs ne cesse de progresser (environ 15 millions de pages lues depuis la création). Plusieurs fois par semaine, nous recevons des signalements de lecteurs sur des actes qu’ils ont constatés ou qu’un organe d’information local a signalés (bulletin paroissial ou municipal, etc.). L’Observatoire est devenu aussi un “média participatif” qui s’enrichit des contributions de ses lecteurs. Il arrive parfois qu’un média local ou régional reprenne les informations exclusives que nous tenons de nos lecteurs… Le travail de vérification des informations se fait selon les méthodes habituelles de recoupement et d’enquêtes complémentaires. Cela prend beaucoup de temps pour des résultats qui ne sont pas toujours à la hauteur du temps passé. Il arrive qu’un fait signalé n’ayant pas pu être confirmé – faute de temps et de moyens – ne soit pas traité. Il me faut reconnaître, avec une tristesse mêlée d’incompréhension, que les diocèses et les paroisses ne sont pas toujours très “coopératifs”…

Pouvez-vous nous donner un ordre d’idées sur le nombre d’actes malveillants commis en France ces dernières années ?
D.H. :
Ce que je viens d’expliquer devrait constituer une mise en garde. L’Observatoire ne saurait en aucun cas prétendre à l’exhaustivité. Tous les faits que nous signalons sont attestés et documentés, mais nous n’avons pas connaissance de tous les faits qui surviennent en France. Nous ne traitons, en quelque sorte, que de la partie visible de l’iceberg. Nous statistiques ne sont donc qu’indicatives. La tendance est à la hausse d’une année sur l’autre : nous avions enregistré 256 cas graves en 2017, et nous en comptons 317 en 2018 ! Je précise que sont exclus de nos statistiques mensuelles et annuelles, tous les actes de christianophobie relevés dans les médias, la publicité, les spectacles, les expositions, etc. Il est tout à fait impossible de suivre ces faits au jour le jour : il faudrait dix personnes travaillant à temps plein ! Il nous arrive d’en traiter sur le blog mais nous ne les reprenons pas dans nos statistiques. Nous ne traitons que des actes graves commis contre les lieux de cultes ou de mémoire, et des agressions contre les personnes (prêtres, religieux…). Pour les deux premiers mois de cette année 2019, nous en sommes à une soixantaine d’actes dont 44 pour le seul mois de février !

Il semble que le ministère de l’Intérieur tarde à vous communiquer les chiffres pour l’année 2018. Comment l’expliquez-vous ?
D.H. :
Je ne suis pas le seul à qui le ministère de l’Intérieur refuse de communiquer des chiffres précis et une répartition par type. Le quotidien Libération s’en plaignait récemment… Je n’ai aucune explication à donner sinon… les explications fournies par les services de M. Castaner qui refusent de donner des chiffres « pour éviter qu’ils ne soient manipulés » ou qu’il n’y ait « risque de surenchère ». Ce que consent à confier le ministère, c’est qu’il y a « un peu plus de deux [bâtiments religieux et cimetières dégradés] par jour » : en fait, selon des calculs, on est plus près de 3 que de 2. Dans son communiqué du 12 février dernier, les actes antichrétiens sont expédiés en une ligne : il y en aurait eu 1 063 en 2018, nombre que le ministère considère comme « stable » (quand même 25 de plus qu’en 2017). Le comas est dépassé mais l’état du patient est “stable” : dormons sur nos deux oreilles !

Les médias aux ordres font grand cas de la moindre atteinte aux deux autres monothéismes présents en France, mais semblent beaucoup plus frileux face aux atteintes contre la chrétienté. Selon vous, pourquoi ce deux poids deux mesures et ne participe-t-il pas aussi à une certaine forme de christianophobie ?
D.H. :
Selon CheckNews de Libération, le ministère « rappelle que le nombre important de dégradations visant les lieux chrétiens s’explique en partie par le nombre supérieur d’églises par rapport aux lieux de cultes des deux autres religions ». J’aime beaucoup le « en partie » qui atténue l’effet de ce parfait sophisme si fréquemment repris dans la grande presse : puisqu’il y a plus d’églises en France que de mosquées ou de synagogues, c’est logique que les premières soient plus touchées que les secondes. Vous trouvez ça logique ? Prenez la situation au Pakistan où les églises chrétiennes sont fréquemment attaquées, vandalisées ou détruites, mais jamais des mosquées. Soutiendriez vous que puisqu’il y a moins d’églises au Pakistan que de mosquées, c’est logique que les premières soient plus affectées que les secondes ? Cette proposition est illogique comme l’est celle du ministère reprise par la presse. Le nombre d’églises en France n’a aucune relation logique avec le nombre d’actes antichrétiens commis sur notre territoire, nombre qui ne diminuerait pas si celui des églises était divisé par deux, par quatre ou par dix…

Quels sont vos moyens d’action pour diffuser l’information ?
D.H. :
Comme pour tout moyen d’information indépendant – nous le sommes vraiment : zéro subvention ; on survit avec ce que nous donnent nos lecteurs –, c’est le bouche à oreille qui aide à la diffusion de nos informations, et les réseaux sociaux puisque nous sommes présents sur Facebook et Twitter. Nos infos sont aussi parfois – je n’ose écrire souvent… – relayées par la grande presse à laquelle nous adressons nos synthèses mensuelles et nos rapports annuels. Après deux séries de publications “papier” (dont la dernière Christianophobie hebdo a compté 195 livraisons), nous venons de lancer en février, un magazine mensuel de 16 pages, Chrétiens Persécutés qui se veut « au service de nos frères persécutés » et qui est sans précédent en France. Mais, en matière de presse, nous comptons d’abord sur la presse militante. Ce qui me fournit l’occasion de remercier Nous sommes partout d’avoir donné la parole à l’Observatoire de la christianophobie !

Le site de l’Observatoire : www.christianophobie.fr


L’Observatoire publie une revue Chrétiens Persécutés.
N’hésitez pas à la lire et à vous abonner.

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