« Vouloir développer l’Afrique selon un modèle consumériste européen est un leurre »

dans Entretiens

NSP : Quelle est votre analyse au sujet de la politique pratiquée par le gouvernement chinois en Afrique ?

CT :  Il y a quarante ans que la Chine cherche à s’implanter en Afrique et les débuts furent difficiles.

A l’époque, la Chine communiste, dogmatique, recherchait des marchés et n’avait à proposer que des produits industriels de qualité médiocre. L’Afrique à l’inverse n’avait aucun pouvoir d’achat ! Ce fut donc un échec.

Depuis, la Chine a effectué une conversion libérale en matière économique et a fait un bond considérable en matière de technologies.

Les Chinois ont compris que la question qui importait était moins le marché africain que la capacité de fabrication africaine où la main d’œuvre pouvait être un atout considérable à condition d’être convenablement formée et surtout continuellement encadrée. Cela n’avait jamais pu être mené à bien de façon rentable par les occidentaux, compte tenu du coût exorbitant des techniciens expatriés.

Le niveau des salaires chinois étant bien moindre cet encadrement expatrié devient rentable et, par ailleurs, l’immensité du marché chinois assure des débouchés certains à ces productions délocalisées.

Aujourd’hui de nombreuses entreprises chinoises se sont installées en Afrique de l’est, notamment dans le domaine textile, où les machines sont importées de Chine, entretenues par des techniciens chinois et servies par une main d’œuvre africaine formée et encadrée par des Chinois. La production est essentiellement exportée en Chine et la main d’œuvre africaine employée dispose enfin localement d’un certain pouvoir d’achat salarial. Un système qui garantit l’emploi et les salaires et qui va permettre graduellement d’ici dix ans d’assurer la formation d’une main d’œuvre pérenne, et d’un encadrement technique de qualité, ce qu’un siècle de colonisation européenne n’est pas parvenu à faire !

C’est l’adaptation bien analysée du milieu industriel au contexte africain qui a permis cette indéniable réussite.

Par ailleurs la grande technicité chinoise, associée à un coût humain expatrié nettement plus compétitif que celui des européens, va conduire les entreprises chinoises à se positionner en leaders sur de nombreux marchés et de nombreux appels d’offres.

C’est bien ce qui vient d’arriver avec la boucle ferroviaire d’Afrique de l’Ouest qui va finalement échapper à Bolloré qui était le maître d’œuvre majoritaire au profit de… la China Railway Construction Corporation (CRCC) !

Les Chinois ont donc su prendre la mesure de l’Afrique et s’y investir tant techniquement qu’humainement !

La pénétration chinoise en Afrique est aujourd’hui devenue une réussite tant économique que technique.

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