« Présent » privé de subventions publiques en 2019

dans Zones occupées

« Présent » dérange vraiment à ce point ? De quoi l’exclusion de Présent du bénéfice de la subvention octroyée aux quotidiens d’opinion à faible ressources publicitaires est-elle le symptôme ? Cette question faussement naïve incite à s’interroger sur le contexte dans lequel pareille mesure inique s’inscrit, un contexte inquiétant de censure et de répression sans précédent dans la France contemporaine.


Rédaction NSP
Arnaud Raffard de Brienne

Internet sous surveillance de plus en plus fine et pointilleuse, fermeture arbitraire de dizaines de milliers de comptes sur les réseaux sociaux, amendes exorbitantes et même peine de prison pour les dissidents et militants les moins conformistes. Et puis ce sont les lois d’exception, les interdictions de manifester, les gardes à vue et les perquisitions intempestives, les violences excessives au nom du maintien de l’ordre. Les prétextes alambiqués avancés par l’administration et plus précisément par le Bureau du régime économique de la presse, direction générale des médias et des industries culturelles – pourquoi nommer simplement quand on peut compliquer – ne résistent pas un instant à l’analyse. Face au lent réveil des peuples, le régime aux abois semble prêt à tout pour briser la dissidence à laquelle Présent peut s’honorer d’appartenir depuis 1982.
En bref, Présent se voit supprimer la subvention auquel il a droit, au motif psychédélique que son prix de vente serait trop bas car inférieur à 80% du prix de vente moyen pondéré des quotidiens nationaux. Ceci, en omettant de préciser le montant de ce prix de vente pondéré et sans tenir le moindre compte de la pagination comparative entre le voltigeur Présent, concis et centré sur l’essentiel, et les pesantes publications de quelques majors de la presse écrite dont on se demande combien de lecteurs en viennent à bout quotidiennement.

Le difficile modèle économique de la presse écrite

Cette mesure, sortie d’un chapeau moins de deux mois avant l’échéance de fin 2019 et, comme par hasard, juste avant la campagne électorale pour les élections municipales qui promettent de tacler l’ensemble d’une classe politique démonétisée, ne doit visiblement rien au hasard. Ceci dit, de façon générale, la presse écrite, tous titres confondus, souffre d’un problème chronique de rentabilité. Il y a plusieurs décennies déjà, Henry Coston dénonçait l’inévitable dépendance des grands titres à la manne publicitaire dispensée par les grands groupes industriels, sorte de chaîne dorée incompatible avec la liberté de parole. Ce n’est évidemment pas un hasard si la quasi-totalité des grands médias se concentrent aujourd’hui dans les mains de quelques milliardaires fort peu soucieux de pluralisme. Sans ces budgets publicitaires, affirmait Henry Coston, il ne resterait aux éditeurs de journaux le choix qu’entre augmenter significativement le prix de vente et, par conséquent, dissuader l’essentiel de son lectorat ou disparaître. Le modèle économique reposant sur une subvention de l’État au titre du pluralisme semble nettement préférable à une mise sous tutelle par la haute finance et l’industrie, à condition bien sûr qu’elle soit attribuée avec équité, ce qui n’est pas le cas en l’occurrence.

Une manœuvre bassement politicienne

Sur un plan purement logique et en excluant toute velléité complotiste, étrange quand même que l’application des règles d’attribution de cette aide aux quotidiens à faible ressources publicitaires, au nom d’un nécessaire pluralisme, n’impacte au final, au risque de le faire disparaitre, qu’un seul des neuf quotidiens concernés, celui relevant précisément d’un évident pluralisme : Présent. Le seul aussi à perturber un ronron presque consensuel entre Le Figaro, Le Monde, Les Échos, Libération, L’Opinion – franchement, qui lit l’Opinion ? – La Croix et, gardons le meilleur pour la fin, l’Humanité. Une Humanité, journal emblématique du Parti communiste, grand défenseur comme chacun sait du pluralisme et de la liberté d’expression, détenant du titre pour ce qui est de l’aide financière, avec 0,46 € par numéro vendu. Suivi de Libération qui perçoit quand même 0,24 € par journal. Nonobstant les énormes subventions encaissées par la plupart des titres, comparativement, l’aide au numéro se limite à 0,056 € pour Le Figaro, par exemple, et à 0,02 € pour le Parisien. Quant au montant global des sommes perçues, Dieu seul sait quelle abracadabrante logique préside à leur répartition lorsque l’on sait que Le Figaro, à fort tirage, perçoit 5 700 00 €, l’Humanité, devenu confidentiel, 4 200 000 et Présent… 140 000 € seulement. Et c’est à supprimer cette obole, mais vitale, que l’administration du ministère de la Culture s’acharne.
Cette tentative d’assassinat, évidemment prémédité, du seul quotidien de droite, d’esprit patriote et catholique, le seul qui ose dénoncer jour après jour la politique suicidaire menée par le gouvernement actuel et ses prédécesseurs, marque un tournant décisif dans la censure et la répression. Il est impossible de se donner bonne conscience en détournant le regard et de laisser faire.


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