« Profanation » et rappel de la tradition de l’Eglise : De Licques à Bruxelles

dans Zones occupées

« S’il est une chose que toutes les religions, depuis la nuit des temps, partagent, c’est bien la distinction sacré / profane ; pur/impur.
Il est évident à l’historien des religions que le pur et l’impur ne revêtent pas la même signification d’un système religieux à l’autre. En revanche, la distinction profane sacré, elle traverse le temps et les cultures, ou bien elle disparaît, ce qui tend à être le cas en Occident dans l’Eglise catholique. Souvent, du reste, gommer la distinction du pur et de l’impur conduit à la profanation du sacré, au sens le plus étymologique du terme.
Rendre sacré, c’est sortir de l’usage ordinaire un objet, un lieu, voire une personne, pour le réserver au monde divin. Ainsi quand la foudre tombe sur un arbre, c’est le signe que Zeus souhaite se réserver cet arbre qui sort du monde ordinaire pour être consacré au divin. »

Rédaction NSP
Claude Timmerman

C’est par ces mots que commence l’article que Cyril Brun, rédacteur en chef d’Info-Catho, a consacré à la tenue, en décembre dernier, dans l’abbatiale de Licques, du banquet annuel des confréries gastronomiques rurales du bourg, traditionnellement réunies depuis soixante-dix ans, lors de la « fête de la dinde ».

Certes, un banquet dans une église, cela apparaît choquant, pourtant Cyril Brun insiste bien sur le fait que ce n’était pas un choix délibéré, mais une option prise dans l’urgence, compte tenu des conditions climatiques exceptionnelles (vent, neige et verglas) qui rendaient impossible l’utilisation du chapiteau prévu à cet effet : un cas de force majeure. Ce qui nous renvoie très loin…

Face à une situation préjudiciable à toutes les forces vives d’un village, cela a conduit le curé à ouvrir les portes de l’abbatiale pour accueillir exceptionnellement cette manifestation.

Que dire de cela ?

Nous laisserons d’abord à l’auteur la responsabilité de son interprétation pour le moins (très) contestable de la « sacralisation des arbres par la foudre » dans la Grèce Antique…
Mais un minimum de connaissances historiques l’aurait pourtant éclairé sur la tradition d’utilisation « profane » des lieux du culte!
Mais c’est vrai que l’ignorance est toujours confortable pour servir d’alibi à l’indignation!
Jusqu’au XIVeme siècle il était courant d’aller chercher refuge dans les églises et surtout les cathédrales, indépendamment du droit d’asile, en cas de guerre, d’épidémie, de fléaux divers, de risques, de cas de force majeur… On y priait certes, mais surtout on s’y protégeait et on s’y soignait…

La maison de Dieu était le refuge et le ciment de la communauté des hommes …

On vivait, on mangeait, on dormait, des jours ou parfois des semaines durant, dans les cathédrales et les abbatiales des monastères, où pour protection et par nécessité, on rentrait absolument tout à l’abri, notamment le bétail, avec le foin et la paille, etc.
C’est l’une des raisons qui font que depuis le début de l’époque romane jusqu’à la fin de l’époque gothique, toutes les cathédrales, et la plupart des églises, disposaient en fond ou en transept, d’une porte permettant un accès de plain-pied ou au pire par deux ou trois marches, pour les animaux! (Entrée pas seulement prévue, comme certains le croient encore, pour permettre aux nobles autorisés d’user de leur privilège d’accéder à l’intérieur à cheval!)

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