« Profanation » et rappel de la tradition de l’Eglise : De Licques à Bruxelles

dans Zones occupées

Et les grandes stations des pèlerinages, notamment situées sur le Chemin de Saint Jacques, ont longtemps été utilisées pour l’accueil et le repos des pèlerins avant que des hostelleries attenantes soient aménagées …
Personne n’aurait imaginé alors parler de « profanation » en quoi que cela soit!
Dans ce cas là non plus d’ailleurs!
Même si l’on pourrait reprocher aux organisateurs d’avoir laissé se dérouler une farandole à la fin du repas, ce qui n’était certainement effectivement pas nécessaire dans le contexte !
Il n’y a eu aucune « profanation », aucune atteinte ni aux objets du culte ni aux concepts divins.
On n’a pas fait parler un rabbin ou un chaman ; on n’a pas invité des femen pour faire une partouze ou pour procéder à un rituel satanique!

On n’a pas introduit de statue de Luther dans l’abbatiale …

Cela a seulement été l’utilisation temporaire, pour une manifestation conviviale locale, de la nef (le chœur n’a pas été investi, il suffit de voir les photos) à l’occasion d’une situation d’urgence …
C’est finalement l’application, certes inattendue là, de la continuité de la tradition d’accueil et de refuge de l’Eglise. On pourra seulement déplorer, comme seul caractère profane, que cette manifestation soit initiée par une société commerciale agro-alimentaire locale.
Mais la vie de combien des habitants de Licques en dépend ?
Cyril Brun est-il un allé la nuit au Saint Sépulcre?
Visiblement pas … Il serait sûrement horrifié …
J’ai eu l’immense chance, qui n’était nullement un privilège car tout le monde peut le faire, de passer une nuit dans la basilique.
C’était il y a cinquante ans, avant l’occupation de Jérusalem, et je n’imaginais pas ce qui m’attendait …

Visiblement rien n’y avait changé depuis des siècles …

J’ai vu la fermeture des portes et la sortie des clefs, remises aux musulmans …
J’ai vu les centaines de personnes qui se trouvaient enfermées là, en petits groupes, parfois accompagnés de prêtres voire d’évêques aux costumes les plus divers, sortir des sacs de couchage et s’installer, sortir leurs provisions et manger … ou se chauffer du café …
De petits groupes qui chantaient ensuite, en des langues qui m’étaient inconnues, devant certaines statues, ou devant le grand iconostase, quand d’autres priaient autour de l’Edicule, puis tous allaient grignoter, boire un coup et/ou piquer un somme … Et ils recommençaien t…
J’ai fini d’ailleurs vers deux heures du matin par m’endormir un petit moment (je n’avais pas prévu de sandwich ni de café et j’arrivais à pied de Jéricho) avant d’être réveillé à 3h par le chant du psalmiste copte qui débutait le premier office du matin selon l’ordre immuable du statu quo …

Et les sept paires de chandeliers allaient tourner au fil des offices devant l’entrée de l’édicule du tombeau du Christ au long des cinq heures suivantes…

On vit la nuit au Saint Sépulcre : certes on y prie, mais on y mange et on y dort c’est bien l’illustration de cette tradition millénaire d’accueil et de refuge ou « le profane se mêle au sacré ».
Ce qui s’est passé à l’abbatiale de Licques n’avait rien d’une « profanation » même si on peut ne pas forcément s’en réjouir.

En revanche ce qui s’est passé à Bruxelles ne relevait d’aucun impératif, d’aucune urgence, d’aucune nécessité sociale.
On a sciemment prémédité en l’église Saint-Jean-Baptiste-au-Béguinage de Bruxelles un repas de rupture du jeûne du ramadan en y associant de surcroît des Israélites qui n’avaient absolument rien à faire là  à aucun titre !

La présence de chants soufis montre le souci proprement mystique et religieux qui a voulu être souligné là par la communauté musulmane.
Là encore on ne saurait parler réellement de profanation : on n’a pas vu comme à Notre dame de Paris un rabbin convié à prêcher une conférence de carême !
On a seulement associé des choses qui, n’ont rien à faire ensemble : le jeune du ramadan n’est pas en soi un acte de prière, le repas de rupture n’a pas sa place dans un lieu de culte !

Convier, à cette occasion, chrétiens et musulmans autour d’une même table se comprend tout à fait et correspond à l’esprit de partage promu par l’Islam au cours du ramadan.

Mais installer a priori cela dans une église est proprement scandaleux et ouvre la porte à une banalisation des lieux qui vont ainsi insensiblement passer du sacré des offices au profane de la salle de réunion…

Le curé des lieux devrait y songer : il porte là une lourde responsabilité !

Sachons ne pas mélanger les genres !

 

 

 

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