Ramadan : manifestation de la pratique religieuse

dans Zones occupées

En ce jour de l’Aïd el fitr (fin du ramadan) il n’est pas inutile de s’interroger sur la perception qu’ont les chrétiens – et singulièrement les catholiques – des pratiques musulmanes.

Rédaction NSP
Claude Timmerman

Dans un article de France Catholique ancien, du 1 août 2011, Dominique Decherf s’interrogeait déjà sur la place médiatique du ramadan :
J’y relève notamment la phrase suivante :
« La question de la compatibilité de l’Islam et de nos sociétés occidentales chrétiennes sécularisées réside largement dans la visibilité des pratiques religieuses sociales de l’Islam. »
Cela se conçoit fort bien, mais à condition évidemment de savoir séparer ce qui est du domaine proprement religieux de ce qui est du domaine des usages locaux de certaines populations musulmanes
Notons, une fois de plus, que la burqa n’est pas un usage religieux : c’est une pratique sociétale fréquente dans le monde oriental qui fut un jour islamisé.
Si la religion prévoit le port du foulard pour les musulmanes, foulard également porté d’ailleurs par les juives (orthodoxes), le niqab est un usage régional moyen-oriental, ce qui explique que l’on voit aussi en Israël – au grand dam des sionistes laïcistes les plus virulents – des juives ultra-orthodoxes qui portent la fameuse « frumka » !

Decherf, dans cet article, évoque pêle-mêle, la prière publique, la confrontation des touristes avec les nationaux dans les pays musulmans et tous les poncifs de l’islamophobie, pour finir par évoquer « les sociétés chrétiennes sécularisées »…
Le tout débouchant bien sûr sur le fameux « choc des civilisations »…
Notons d’abord cet extraordinaire oxymoron : « sociétés chrétiennes sécularisées ».
Ensuite et surtout pourquoi un pluriel ?
Il serait bon de ne pas oublier ce que signifie « religion » : étymologiquement, c’est « ce qui relie » (les hommes, entre eux, à Dieu) du latin religere …
Nous pouvons être désorientés par le ramadan en ce que sa partie la plus signifiante est le jeûne qui est associé dans le christianisme à la pénitence, voire aux pratiques d’ascèse …
Or ce n’est pas le cas dans l’islam et cela en déroute certains …

Vatican II

La plus grande « avancée » de Vatican II – ou plutôt des interprétations qui ont été faites de ses textes – a été la destruction de l’universalité de l’Eglise dans la pratique religieuse : la disparition donc du concept de catholicité (qui signifie « universel » on l’oublie trop !) noyée dans une pluralité de rites et de langues …
Une folie dont l’Eglise n’a pas fini de payer les conséquences, si elle s’en relève, et dans laquelle aucune des grandes religions n’a eu l’imprudence de se lancer, védhisme, bouddhisme, judaïsme et bien entendu islam … Car la première des choses qui relie les hommes dans la religion est bien évidemment l’universalité de la langue qui se manifeste dans la pratique de la prière, la constance des rites et l’implication dans l’existence quotidienne à travers la célébration des fêtes …
La catholicité « laïcisée » est en train d’en perdre jusqu’au souvenir …
Un franc maçon de ma connaissance, vénérable du GODF, m’a dit un jour : « la société doit être FONDAMENTALEMENT laïque, la religion est du domaine privé » (sic !)

Bien sûr que non !

Si la foi est effectivement d’un domaine infiniment intime, un ressenti personnel, la religion en est l’expression commune, donc par nature fondamentalement sociale, donc publique, et au fil du temps moteur civilisationnel.
Noël, Pâques, les communions dites solennelles, les processions, les pèlerinages étaient, au delà de l’aspect religieux, des fêtes populaires qui exprimaient ce lien fondamentalement public des participants …
Cela se perd complètement aujourd’hui dans la société occidentale où de surcroît la pluralité des langues vernaculaires interdit pratiquement aujourd’hui aux catholiques de prier d’une même voix d’un pays à l’autre, si tant est qu’ils s’y retrouvent dans la pluralité des fameuses « innovations liturgiques » !
On s’étonnera donc que des gens, immigrés plus ou moins de fraîche date, créent des liens et les renforcent dans une certaine cohésion communautaire à partir du seul dénominateur commun dont ils disposent : leur religion qui a su conserver l’universalité de sa langue et de sa pratique.
Il n’y a pas de « choc de civilisation » en France illustré par le ramadan !
Il n’y a qu’un constat : celui de l’abandon des pratiques religieuses ancestrales populaires catholiques en Occident que souligne l’arrivée récente de pratiques musulmanes qui en étonnent et en inquiètent plus d’un.
Le ramadan, c’est d’abord une période de fête, celle du partage et de la convivialité durant un mois lunaire, qui évidemment se déplace au fil des années si l’on suit officiellement le calendrier grégorien qui n’a conservé de la pratique calendaire lunaire romaine que l’épacte, et le comput ecclésiastique qui fixe les fêtes mobiles dont Pâques…
Un mois de liesses vespérales voire nocturnes (ce qui a conduit au vocable « ramdam » pour exprimer le tapage !) où se retrouvent familles, amis et voisins.
Les chrétiens n’agissaient pas autrement quand à Noël ou à Pâques des places étaient prévues aux repas dans les familles, laissées vides pour accueillir les éventuels voyageurs, étrangers ou indigents qui pouvaient se présenter…
Ils l’ont bien oublié aujourd’hui …
Et l’arrivée de l’islamisation avec la population – primitivement maghrébine – immigrée n’y est absolument pour rien !
Les ex catholiques assistent ainsi – certains médusés, d’autres inquiets – au renouveau de la pratique religieuse dans leur propres pays …
Mais cette pratique là n’est plus la « leur » !
Et ils s’étonnent de ce que les médias donnent un certain relief à des manifestations publiques sociétales que la catholicité a abandonnées.
Le vrai choc civilisationnel auquel nous assistons, ce n’est pas celui d’une « confrontation avec l’islam », c’est celui de la réaction de l’occident désemparé, par une religion qui marque sa place, face au vide abyssal dû à la déchristianisation !

La seule réponse occidentale à ce jour est la constitution d’origine anglo-saxonne d’ « églises sans dieu » qui, connaît un succès certain, telle la Sunday Assembly depuis 2013 !

Ce que souligne la FSSPX : De quoi se poser d’autres questions …  

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