René Guénon : La Crise du monde moderne

dans Arts & Lettres & Chansons

Guénon, dans sa tentative d’auto justification personnelle, à savoir celle de l’abandon de la croyance de ses pères pour se convertir à l’Islam – on pourra d’ailleurs se demander si cette conversion n’est pas elle même une manifestation de décadence de la pensée occidentale: en fin de compte ne serait-ce pas un signe d’un certain relativisme occidental de sa part, relativisme où tout se vaut et où l’herbe est plus verte ailleurs ?- se permet de nombreuses libertés et on pourra le dire un certain nombre d’affirmations pour le moins arbitraires, c’est son droit, mais qui méritent d’être analysées.


Rédaction NSP
Athanase

Il considère par exemple que l’Orient est resté fidèle à l’esprit traditionnel alors que l’Occident non. Peut-être. Mais inclure dans l’Orient, et présenter comme traditionnel, l’Islam est franchement pour le moins risible. Il occulte consciemment tout ce que ce dernier à comme origines chrétiennes et juives, origines qui bien que porteuses d’une origine traditionnelle s’en sont éloignées et sont constitutives de la crise du monde moderne. Je ne vois d’ailleurs que peu de similitudes, bien que l’Islam ne soit pas aussi monolithique qu’on le croit, entre ce dernier et les doctrines hindouistes ou extrême-orientales. Par exemple, les sociétés traditionnelles sont marquées par une organisation de la société particulière: système des castes en Inde, Trifonctionnalité, voire quadri ? en Occident et dans l’hindouisme  qui n’est pas présente dans l’Islam.

De plus, nous serions, selon lui et selon la doctrine des cycles, dans le Kali-Yuga. Admettons, et comment lui donner tort ? Mais là où cela devient assez biaisé, c’est qu’il affirme que l’Orient conserve son lien avec la Tradition mais qu’en même temps, le cycle étant partagé par l’humanité toute entière, nous sommes dans une époque de décadence généralisée. Donc j’en viens à me demander, si l’ère du Kali-Yuga est généralisée, pourquoi aurait-elle épargnée l’Orient et atteint l’Occident de plein fouet ?

Il annonce aussi qu’il faut protéger l’Occident de lui-même et le considère comme intrinsèquement porteur d’un instinct de ruine et de destruction. Il avance aussi le fait que l’Orient, contrairement à l’Occident « ne demande rien de plus que son indépendance et sa tranquillité ». Bon. C’est sûr que l’Islam ne demande que tranquillité et n’est pas porteur en lui-même d’une volonté pour le moins conquérante; il oublie probablement la volonté expansionniste de l’Islam et ce depuis ses débuts.

Le chapitre sur l’individualisme demeure néanmoins pertinent, surtout dans son application envers le Protestantisme et son rapport au Catholicisme et, par là même, sur le rapport qu’entretient la société moderne au fait religieux comme isolé et non intégré à la vie elle-même. On pourrait alors combiner à ce chapitre la lecture du Génie du Paganisme de M. Augé avec sa description des sociétés dites païennes et de leur rapport au sacré.

Guénon 1se trouve être un grand critique de la modernité et du matérialisme et son chapitre sur le Chaos social en est un bon exemple, et qui plus un intellectuel de haut vol. On peut ne pas le suivre sur les réponses qu’il apporte à la crise du monde moderne, il demeure une personne ayant une culture solide et une plume sans fioritures ni pédanterie. Sa critique du règne de la quantité sur celui de la qualité est par exemple très intéressante, notamment concernant son application au domaine guerrier et même économique entraînant la croyance au mythe du Progrès et son expansionnisme à outrance, niant les particularités de civilisation. Il y consacrera d’ailleurs un ouvrage qu’il me faudra me procurer.

Ses conclusions sont pour le moins prophétiques, mais malheureusement pas dans le bon sens du terme. Il appelle l’Occident à retrouver un lien avec sa Tradition incarnée de deux manières différentes, manières qui se sont produites dans les deux cas, à savoir :

  • Une percée d’un certain nombre de doctrines orientales présentées comme traditionnelles, principalement  l’Islam,  en Occident afin de retrouver ce qui a été perdu. Cette percée a eu lieu à travers le prosélytisme islamique avec les résultats que malheureusement nous connaissons.
  • Un retour à la doctrine pure du Catholicisme avec sa vocation universaliste conduisant à un dialogue œcuménique, ce qui est, et l’actualité nous le montre, preuve du relativisme du monde moderne où tout se vaut et a entraîné l’Eglise à s’éloigner des problématiques de ses fidèles au profit d’un Autre fantasmé et idéalisé. On pensera à l’attitude du Vatican à l’égard des mouvements migratoires, attitude dangereuse et incompréhensible.

Ces deux pistes d’évolution se sont trouvées confirmées et constituent désormais un des aspects de la crise du monde moderne que l’auteur dénonce. Paradoxal n’est-ce pas ?

René Guénon, La Crise du monde moderne.


 

  1. L’auteur a également initié en Franc-Maçonnerie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Gu%C3%A9non