Sondage : seulement 18 % des Allemands se sentent libres d’exprimer leurs points de vue en public

dans Zones occupées

Pendant des années, nous avons observé les attaques incessantes contre la liberté d’expression en Europe, avec la multiplication des lois sur le discours de haine et la criminalisation générale du discours, y compris à l’échelle internationale. Aux États-Unis, certains voudraient suivre cette voie dangereuse (et les universités insistent pour réglementer le discours). Les implications de telles politiques anti-discours sont évidentes en Allemagne, où une enquête menée par l’Institut Allensbach für Demoskopie (et publiée dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung) a révélé que seuls 18 % des Allemands se sentent libres d’exprimer leurs opinions en public.


Rédaction NSP
Jonathan Turley est un avocat américain, juriste, écrivain, commentateur et analyste juridique dans les domaines du journalisme audiovisuel et de la presse écrite.

C’est l’exemple le plus frappant de la façon dont les Européens apprennent à vivre sans liberté d’expression. Sans se laisser décourager, Annegret Kramp-Karrenbauer, successeur d’Angela Merkel à la tête du parti de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), appelle maintenant à davantage de permissivité en matière de liberté de parole, en relation avec la campagne électorale – un concept qui serait normalement considéré comme inapproprié en fonction du nouveau modèle européen.
A relever que plus de 31 % des Allemands ne se sentaient même pas libres de s’exprimer en privé et entre amis. Seulement 17 % se sentaient libres de s’exprimer sur Internet et 35 % ont déclaré que la liberté de parole était confinée au plus restreint des cercles privés.
Même au plus fort de la Stasi, les citoyens n’étaient pas aussi contrôlés en Allemagne de l’Est. C’est l’ironie de notre époque. Le paradoxe, c’est que les gouvernements libéraux ont mieux réussi que les régimes autoritaires à faire en sorte que la population renonce à son droit à la liberté d’expression. Tout cela au nom de la lutte contre l’intolérance et en définissant l’intolérance à un discours de plus en plus étendu.
Au cours des 50 dernières années, les Français, les Anglais et les Allemands ont mené une guerre ouverte contre la liberté d’expression en criminalisant les propos présumés insultants, harcelants ou intimidants.
Nous avons déjà constaté un recul alarmant de la liberté de parole en Occident. De telles restrictions apparaissent aux États-Unis, en particulier sur les campus universitaires. Les médias ont notamment applaudi le discours du président français Emmanuel Macron devant le Congrès, où il avait appelé les États-Unis à suivre le modèle de l’Europe sur la répression du « discours de haine ».
J’admets volontiers suivre la vision libérale classique de la liberté d’expression. La solution au mauvais discours – même haineux – est d’y répliquer par un autre discours. C’est la liberté d’expression qui permet aux personnes de bonne foi de corriger les idées fausses voire haineuses de l’extrémiste. L’Allemagne a prouvé qu’il était fallacieux de changer les mentalités par la contrainte. Bien que je sympathise avec les Allemands qui cherchent à mettre fin au fléau du fascisme, j’ai longtemps critiqué les lois allemandes interdisant certains symboles et certains propos, mais je considère qu’il ne s’agit pas simplement d’une violation de la liberté d’expression, mais d’un effort futile pour combattre l’extrémisme en interdisant certains symboles. Au lieu de cela, les extrémistes se sont ralliés à une culture clandestine et ont adopté des symboles qui ressemblent beaucoup à ceux interdits par le gouvernement. Je ne vois pas en quoi l’arrestation d’un homme pour un salut hitlérien permet d’atteindre un niveau de dissuasion significatif, même si vous ignorez les conséquences que cela implique quant à la liberté d’expression.
Nous avons récemment observé comment l’Allemagne étend la vague de criminalisation sur Internet. L’Allemagne a imposé une loi autorisant des amendes allant jusqu’à 500 000 euros (522 000 dollars) sur les réseaux sociaux tels que Facebook, pour chaque jour où la plateforme laisse accessible une « fausse nouvelle » sans la supprimer. Les gouvernements ont enfin trouvé un moyen d’inciter les citoyens à l’autocensure en vue de « protéger » la diffusion de « vraies informations » voire même de la « vérité ». C’est la dernière contribution orwellienne de Merkel à l’érosion de la liberté d’expression en Occident.
Avec fatalisme, les Allemands se rendent compte qu’ils vivent sans liberté d’expression. Ce qui est le plus déconcertant, c’est qu’ils semblent s’être réconciliés sur ce thème en faisant l’impasse sur ce droit humain fondamental.


NDLR : Rappelons que le Comité des Droits de l’homme de l’ONU (siège à Genève) confirme ce point de vue : il a en effet adopté lors de sa 102e session
(juillet 2011), une Observation générale (No 34) sur la liberté d’opinion et d’expression. Cette Observation « réaffirme avec force que la liberté d’opinion et d’expression est au cœur de tous les droits de l’homme » et surtout que « les lois sur le devoir de mémoire, pénalisant l’expression d’opinions sur des faits historiques sont inacceptables » (alinéa 49). « 49. Les lois qui criminalisent l’expression d’opinions concernant des faits historiques sont incompatibles avec les obligations que le Pacte impose aux Etats parties en ce qui concerne le respect de la liberté d’opinion et de la liberté d’expression. Le Pacte ne permet pas les interdictions générales de l’expression d’une opinion erronée ou d’une interprétation incorrecte d’événements du passé. Des restrictions ne devraient jamais être imposées à la liberté d’opinion et, en ce qui concerne la liberté d’expression, les restrictions ne devraient pas aller au-delà de ce qui est permis par le paragraphe 3 ou exigé par l’article 20. »
Comme le constate Jonathan Turley, la chancelière Merkel peut se permettre de bafouer les Droits de l’homme parce que son mandat ne l’autorise pas à agir dans l’intérêt du peuple allemand, ainsi que l’a confirmé Wolfgang Schäuble, ancien ministre des Finances, lors d’une allocution au Congrès bancaire européen à Francfort le 18 novembre 2011 : « Nous autres, en Allemagne, nous ne jouissons plus de notre souveraineté pleine et entière depuis le 8 mai 1945. »


Source : https://jonathanturley.org/2019/05/28/poll-on-18-percent-of-german-feel-free-to-voice-views-in-public/

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