Thierry Bouzard : “Lo Cicero a fait de la chanson un outil d’expression de ses convictions”

dans Arts & Lettres & Chansons

La courte carrière d’auteur-compositeur de Jean-Paul Lo Cicéro s’inscrit entre 1963 et fin 1968, entre sa sortie de prison et son grave accident. Authentique chansonnier engagé pour l’Algérie française, ses compositions méritaient de sortir de l’oubli dans lequel elles étaient injustement tombées. C’est chose faite avec “L’intégrale”. Auteur du livret du CD, Thierry Bouzard, historien de la musique, nous présente Lo Cicero.


Rédaction NSP
Recueillis par Clotaire de La Rue

Le site diffusa.fr vient d’éditer un album consacré à Lo Cicéro 1963-1968 L’intégrale. Pouvez-vous nous parler de ce personnage courageux qui s’est engagé aux côtés de l’OAS ?
Thierry Bouzard :
Jean-Paul Lo Cicéro est injustement oublié. C’est un militant engagé et surtout un chansonnier. Il en restait de son œuvre quelques vinyles émergeant sporadiquement sur les sites de ventes aux enchères. Des chansons simples, des textes fiers qui méritaient de revivre. Lo Cicéro, est né en 1940. C’est donc dans sa jeunesse qu’il s’engage pour l’Algérie française. Ses convictions lui valent une condamnation à quatre années d’incarcération. Elles vont stimuler son inspiration musicale.

Lo Cicero a été incarcéré à La Santé pour ses activités politiques. Et c’est là qu’il aurait  fabriqué sa guitare et composé des chansons subversives. Est-ce du domaine de la légende ?
TB : Il y a toujours une part de légende pour les événements qui sortent du commun, mais Lo Cicéro a réel un talent de chansonnier. Il a donc effectivement composé des chansons en prison, incontestablement inspiré par le souvenir des détenus de la sinistre Epuration (en France, elle fait plus de morts que toute la guerre). Quand il est transféré à Toul, il chante ses compositions pour ses codétenus.

Lo Cicero avait-il, d’après vous, compris que le chant, la musique peuvent être des armes ultimes ?
TB : Ultime, le terme est probablement trop fort, mais il a fait de la chanson un outil d’expression de ses convictions. D’autres à cette époque devenaient des compagnons de route (comme Montand), c’était plus rémunérateur en terme de carrière. Lo Cicéro a fait le choix de son pays, de ses racines. Il a refusé de suivre le troupeau des révolutionnaires. Il a été un authentique chanteur engagé et certainement pas dans le sens généralement attribué.
La chanson, comme la musique, entretient le lien communautaire. Mais essentiellement quand il s’agit de musique vivante, c’est-à-dire exécutée sur des instruments naturels pour un public présent. Ceux qui chantent, même des chansons très simples, perçoivent très bien la différence entre l’écoute (la consommation) et la pratique effective. Il faudra bien qu’un jour, un musicien reprenne ces compositions pour les faire revivre autrement que par l’enregistrement.

Lors de sa détention, comme tous les condamnés, il a changé de prison régulièrement. A Toul, il a composé des mélodies pour les Poèmes de Fresnes de Robert Brasillach. Que pensez-vous  de cette interprétation?
TB: Le souvenir du poète fusillé dont la mémoire est livrée à l’opprobre public a inspiré le jeune prisonnier mélomane. C’est la première mise en musique de ces poèmes. Il les enregistre pour la SERP à la même époque que Pierre Fresnay les récite, et pour le même éditeur. Le disque est présenté par François Brigneau, un véritable parrainage. L’interprétation est simple et émouvante. D’autant plus que l’inspiration du chansonnier vient des bâtiments, des couloirs, de la cellule même où le poète a écrit ses poèmes. Une sorte de filiation poétique et musicale semble les réunir dans un « duo du poète assassiné et du chanteur debout ».

En 1968 après l’enregistrement des Poèmes, Jean-Paul Lo Cicero a eu un grave accident qui l’a empêché de poursuivre sa carrière de barde nationaliste. Qu’est-il advenu de lui par la suite? A-t-il poursuivi son combat sous d’autres formes?
TB : Lo Cicéro a été gravement blessé au point de ne plus pouvoir jouer de musique. A peine commencée, sa jeune carrière est brisée définitivement, c’est incontestablement une perte et on en mesure l’ampleur à l’écoute des enregistrements qu’il nous laisse. Parti quelques temps sous d’autres cieux, il n’a jamais abandonné ses convictions et est toujours resté fidèle aux idéaux de ses engagements de jeunesse.

Sur cet album, quel est le titre qui résume le mieux le sens de son engagement et qui fait toujours écho aux combats de notre époque macédonienne?…
TB :  Difficile de ne retenir qu’un titre. S’il chante Brasillach avec talent, il dénonce les communistes écrasant le peuple hongrois avec Budapest, il chante l’Europe, ses camarades de l’OAS avec Delta et les légionnaires dans Les Képis blancs. Je ne veux pas est une chanson qui est aussi une déclaration d’intention que tout militant bien trempé peut faire sienne. Enfin cet enregistrement est émaillé de quelques poèmes qui soulignent bien les chansons.
Avec ses compositions, Lo Cicéro a gagné toute sa place dans la petite mais valeureuse cohorte des chansonniers réactionnaires oubliés avec Ange Pitou, Paul Féval, Paul Déroulède, Aristide Bruant, Théodore Botrel, René de Buxueil, Eugénie Buffet, mais aussi Pierre Dudan, sans évoquer ceux qui chantent encore aujourd’hui.

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