Traîtres et héros dans l’univers glauque de l’espionnage et du terrorisme

dans Zones occupées

Le 7 février dernier, dans le procès de l’auteur présumé de la tuerie du Musée juif de Bruxelles du 24 mai 2014, le franco-algérien Mehdi Nemmouche, la Cour d’assises de Bruxelles entendait deux ex-otages français de Daesh en Syrie, venus témoigner qu’ils avaient reconnu en Nemmouche leur geôlier à Alep de juillet à décembre 2013 et que celui-ci, particulièrement brutal et cruel, avait également tenu en leur présence des propos d’un antisémitisme virulent. Les avocats de la défense, qui nient les faits reprochés à leur client, dénoncent un procès dans le procès. L’affaire de la séquestration des journalistes à Alep fait l’objet d’une procédure judiciaire distincte en France, dans laquelle le jihadiste a été inculpé fin 2017.


Rédaction NSP
Spartacus

Les témoignages des quatre ex-otages avaient été réclamés par l’accusation et l’avocate Michèle Hirsch, avocate des organisations juives, qui estimait qu’ils étaient « extrêmement importants » pour que magistrats et jurés comprennent ce qui avait pu motiver le tueur présumé du Musée juif, à savoir son antisémitisme. Ce sophisme permettait en fait de faire coup double et d’adosser à une accusation infondée d’antisémitisme sa culpabilité dans la tuerie du Musée juif.
Pour le Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB), partie civile au procès, le caractère antisémite des assassinats reprochés à l’accusé ne fait aucun doute.
Deux seulement sur quatre des anciens otages français du groupe État islamique en Syrie qui avaient fait le déplacement ont témoigné avoir formellement reconnu en Mehdi Nemmouche leur geôlier et tortionnaire en Syrie, connu sous le nom d’Abou Omar.
Au soir de l’audience, Nicolas Hénin (otage en Syrie du 22/06/2013 au 18/05/2014) a affirmé que Nemmouche était antisémite, tout comme Mohamed Merah pour lequel “il avait une grande admiration” et qui avait assassiné trois enfants et un père de famille juifs en 2012. “Son grand fantasme était de tuer des enfants juifs”.
Pressé de s’expliquer, Hénin lança : “Eh bien, il me disait par exemple: Tiens, je suis en forme ce matin, je vais prendre ma kala et aller fumer [tuer avec une arme à feu] une petite israélite de 4 ans”.
Mais un avocat de Mehdi Nemmouche a affirmé que son client se «fichait » de Mohammed Merah, même si celui-ci a été présenté comme son idole, et qu’il n’avait aucune intention de devenir un martyr.
On n’avait pas cessé de corner dans les oreilles des Français toutes ces années que le conflit en Syrie était une guerre civile, et que les terroristes (même s’ils provenaient d’une soixantaine de pays différents) étaient en fait des “rebelles” combattant le tyran Assad. Or, voilà que soudain, l’ambition suprême d’un jihadiste de Daesh opérant en Syrie n’était plus de renverser le gouvernement en place, mais de “tuer des enfants juifs” et de “fumer les petites israélites”? Léger problème: où les trouver en Syrie? M. Nemmouche ne s’était-il pas trompé d’adresse?
Il est facile d’imaginer le parti que certains services pourraient vouloir tirer de la carte de l’antisémitisme pour faire avancer des agendas politiques. Du reste, dès leur remise en liberté, les quatre ex-séquestrés français avaient été “régulièrement consultés par les services secrets français de la DGSI et de la DGSE”.

Piste des victimes agents du renseignement israélien ouverte

Au procès Nemmouche à Bruxelles, la défense a soutenu qu’il n’était «pas le tueur». Elle a plaidé «une exécution ciblée d’agents du Mossad» et demandé son acquittement. «Mehdi Nemmouche n’est pas la personne qui a appuyé sur la détente lors de l’exécution, il a été piégé», a en outre affirmé l’un de ses avocats. Il a été « sélectionné » pour commettre ce qu’il a qualifié de « pseudo-attentat » et il s’en expliquera. « Ça fait maintenant quelques années qu’il brûle de pouvoir dire sa vérité », a poursuivi l’avocat. La piste des victimes agents du renseignement israélien avait été ouverte par l’agence Reuters dès le 26 mai 2014. Traduction d’un extrait:  Une des victimes israéliennes, Emanuel Riva, avait antérieurement travaillé pour Nativ, une agence gouvernementale qui encourageait clandestinement l’immigration juive en provenance de l’ex-Union soviétique. Avec l’agence du renseignement extérieur, le Mossad, et son équivalent de la sécurité intérieure, le Shin Beth, l’agence Nativ se trouvait sous l’autorité du bureau du Premier ministre, pour lequel sa femme, Miriam Riva, travaillait également.
Des informations concordantes se retrouvent sur un site belge et un autre israélien, appartenant au journaliste Richard Silverstein, où il est dit que les Riva, les victimes israéliennes présentées par certains comme simple comptables”, auraient travaillé pour le gouvernement, et qu’en Israël l’expression est un euphémisme pour “espions”.
Le quotidien juif américain The Forward, évoquait lui aussi en 2014 l’hypothèse d’un assassinat cibléTraduction d’un extrait: “Les experts sont divisés sur le tueur du Musée juif: loup solitaire ou tueur à gages ? Certains spécialistes de la sécurité estiment que la manière dont l’assaillant a exécuté les meurtres suggère qu’il s’agissait d’un professionnel, au niveau de la planification comme de la mise en oeuvre”.
Pour Thierry Meyssan, géo-politologue spécialiste du Moyen-Orient et basé en Syrie, “L’attentat de Bruxelles n’est ni antisémite, ni terroriste. Les deux principales victimes étaient des agents de renseignement israélien et leur exécution a été perpétrée de sang-froid par un professionnelCe jeune homme est parti faire le jihad en Syrie à un moment où le Renseignement intérieur français encourageait cet exode et le facilitait. Plus intelligent que la moyenne, Mehdi Nemmouche a été remarqué par ses instructeurs et incorporé au sein d’un service secret. L’ÉIIL [Daesh] étant encadré par des officiers des États-unis, de la France et de l’Arabie saoudite, M. Nemmouche est devenu un agent pour l’un d’entre eux. S’il a assassiné deux « collègues » israéliens à Bruxelles, c’est pour le compte de l’un de ces trois États.
Si le cas de Nemmouche est à rapprocher de celui de Mohamed Merah, c’est non pas sur la base de l’antisémitisme primaire cité par M. Hénin, mais car tous deux étaient informateurs des services secrets.
Merah, poursuit Thierry Meyssan, “fut exécuté par un commando de la police, venu l’appréhender, sans avoir fait d’aveux, ni avoir été jugé. On découvrit ultérieurement qu’il travaillait pour les services de renseignement intérieur français sans parvenir à établir si ceux-ci étaient impliqués ou non dans ses crimes”.
Cette même thèse est reprise sur le site Oumma qui la tient du quotidien Il Foglio [créé par un ancien porte-parole du gouvernement Berlusconi, et qui se veut le quotidien de l’intelligentsia de la droite italienne]. Celui-ci affirme que Mohamed Merah était un informateur de la DGSE, en se basant sur des recoupements entre les déclarations des services de renseignements français, israéliens et pakistanais. Notamment, un article paru dans Ha’Aretz, citant des sources du service du renseignement israélien Shin Bet, semblait apporter du crédit à cette thèse. La France aurait facilité la liberté de mouvement pour Mohamed Merah à travers le Moyen-Orient et Israël en échange d’informations.
Et Meyssan de conclure : “La tuerie du Musée juif montre un danger plus grave encore que le simple terrorisme : l’incorporation de criminels avérés au sein de services secrets atlantistes, alors même que par définition les services secrets échappent aux lois”.

L’affaire Nemmouche n’a pas fini de dévoiler ses secrets. Toutefois, on peut retenir de la confrontation des divers éléments les points suivants :

  • Le scénario de l’antisémitisme ne tient pas la route. Mais il sert sans doute certaines visées politiques.
  • Nemmouche n’avait pas le profil d’un combattant engagé, n’ayant absolument pas d’idéal religieux, juste un égo démesuré, comme le reconnait Nicolas Hénin.
  • Cela faisait de lui une recrue idéale pour les services, qui pouvaient le manipuler par le ressort de la vanité. Il avait probablement déjà été utilisé par eux en Syrie, à une époque où les gouvernements occidentaux finançaient et entraînaient les “rebelles modérés” venus de chez eux pour déstabiliser le President Assad et amener un “changement de régime”. Ce qui expliquerait que les violences et « tortures » visaient surtout les prisonniers syriens et irakiens.
  • Nemmouche a probablement été piégé quand on a voulu lui faire endosser la tuerie de Bruxelles. C’est ce que dit du reste son avocat, annonçant que les circonstances seraient précisées ultérieurement. Il n’en était pas le commanditaire et peut-être pas même l’exécutant. Son conseil au procès a déclaré de manière ambiguë que ce n’était pas son client qui avait appuyé sur la détente. L’inculpé était resté muet au cours des quatre années écoulées, se contentant de nier en bloc toute culpabilité. Il avait promis de livrer des explications devant les assises. Mais au 15 janvier, il s’y était refusé au motif que la Cour aurait«expurgé» des témoins à décharge de la liste des personnes auditionnées à la barre. Attendait-il un coup de pouce qui n’est pas arrivé ?
  • Les journalistes français devaient être plus ou moins dans le coup, d’où l’insistance de M. Hénin sur l’ »antisémitisme” de Nemmouche, et celui de “son idole” Mohamed Merah.
  • Nicolas Hénin, qui dit avoir immédiatement reconnu son geôlier dans le tueur présumé de Bruxelles, n’avait cependant fait de declaration formelle que 3 mois plus tard, en septembre Pourquoi? Pour épargner ses compagnons de captivité Fowley et Sotloff? Ils étaient pourtant officiellement morts décapités le 20 août.
  • Hénin le journaliste donnait tout l’air de travailler aussi à la déstabilisation du “régime” syrien, par la plume de la désinformation si ce n’était par les armes. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter cet entretien video avec Democracy Now où il décrit son ressenti face à la scène de “décapitation” de l’otage Foley, pendant que la journaliste Amy Goodman fait défiler sous ses yeux un faux James Foley au cou de taureau, agenouillé et vêtu de la tunique orange des condamnés, que l’on peut comparer au vrai à l’ossature sensiblement plus fine, juste après. (min 0:37 à 1:47). Voir aussi ici.
  • Au vu de son casier loin d’être vierge, il était d’autant plus cynique de sa part de jouer les moralistes et les censeurs vis à vis de Patrick Jardin, père d’une vraie victime du Bataclan, pour ces tweets jugés outranciers. Il aurait pu simplement les ignorer, ils ne lui étaient même pas adressés .
  • Honteux qu’un journaliste @N_Henin, enlevé par #Daesh en 2014 avec pour geôlier Mehdi #Nemmouche et qui a côtoyé ces criminels islamonazis, s’en prenne à Patrick Jardin de la sorte… Se serait-il converti sur place qu’il réagirait pareil. Collabo !#RendezNousPatrickJardin
  • Hénin est monté un cran de plus dans la délation. Il a dénoncé auprès de la justice le « cyber-harcèlement » engendré par sa fermeture ou son bloquage de nombreux comptes sur Twitter, ce qui a rendu son personnage encore plus détestable, tant est que cela soit possible. Qu’espère-t-il donc, traduire 18.000 internautes devant la justice française ? Avec son statut d’”Ancien Otage de Daesh” qu’il trimballe comme un badge d’honneur, s’imagine-t-il tenir en otage la France toute entière? “Je suis très remonté contre Twitter, j’ai fait des signalements et aucun n’a été accepté« , a-t-il pleurniché.

Alors que Patrick Jardin avait vécu une effroyable tragédie, ce n’était pas le cas de Nicolas Hénin dont la captivité s’était plutôt bien terminée : sa libération avait été achetée par le gouvernement français avec l’argent des contribuables, 18 millions de dollars pour les quatre otages, selon le sérieux hebdomadaire allemand Focus, citant des sources proches de l’Otan à Bruxelles. Les fonds avaient dû être “versés aux ravisseurs par l’intermédiaire des services secrets turcs”, ce qui en dit long sur l’affiliation réelle des pseudo-rebelles présentés comme étant des opposants au “régime”. Avec une désinvolture sidérante, Hénin s’était dit sûr d’être libéré contre rançon.
A la question de savoir s’il était assuré pour ses reportages en Syrie, il avait lancé : “j’ai tendance à penser que la France est un beau et grand pays où la capacité de mobilisation est suffisamment forte et qui a montré que lorsqu’un pigiste était dans le besoin, la princesse a toujours été généreuse et il y a toujours un avion spécial avec arrivée à Villacoublay, donc j’ai toujours fait l’économie d’une quelconque assurance supplémentaire”. [emphase rajoutée] On peut voir sur la photo ci-dessus le retour des otages. Accueil chaleureux de François Hollande et de Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères de l’époque qui trouvait qu’Al-Nosra, la branche syrienne d’al-Qaida, faisait du “bon boulot”.
Outre la suffisance, l’insincérité et le maniement de la délation pour faire taire ses opposants, Hénin peut également se targuer d’avoir l’affabulation parmi ses traits de caractère:” Voici ce que dit sa biographie Wikipedia : “En 2016, il publie “La France russe, enquête sur les réseaux Poutine”. Selon Tigrane Yégavian, plusieurs passages du livre, comme la description de la première entrevue entre Poutine et Sarkozy seraient de l’ordre du « farfelu». L’échange entre Nicolas Sarkozy et Vladimir Poutine que Hénin rapporte, sans en avoir été témoin, furent démentis par Jean-David Levitte, conseiller du président de la République et témoin direct de l’entretien.   “Je m’étonne que l’on puisse colporter avec tant d’assurance des propos” [tenus à huis clos].
A une époque de cynisme généralisé où tout est marchandisé, y compris la vie et la souffrance humaines, où les valeurs sont inversées, faut-il s’étonner que des pseudo-captivités et de faux attentats soient froidement orchestrés pour livrer de vraies guerres et faire de vraies victimes  ou que de faux héros mais vrais traîtres s’érigent en censeurs et dénonciateurs de ceux qui ont le mauvais goût de leur mettre leurs turpitudes sous le nez ?

Derniers articles Zones occupées

Le cœur et la rage

Dans notre progressisme natif, nous avons du mal à accepter que les

Salvamos Franco !

Le gouvernement socialiste espagnol vient de décider de déterrer le Caudillo. Sa
Haut De Page